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lundi 30 janvier 2023

Slipknot - (2014) .5: The Gray Chapter


XIX, ouvre le bal masqué avec une mélodie marquante, toute l'énergie et les profondeurs du désespoirs. Cette excellente intro est marqué par une ambiance lourde et profondément déprimée. Les 9 ont, en six ans, affronté deux drames humains. Leur bassiste Paul Gray meurt d'une overdose de morphine. Le groupe n'a jamais caché les tensions explosives entre ses membres mais ont toujours revendiqué leur fraternité profonde. Le nouvel album sera entièrement dédié à Paul. De son côté, Joey Jordisson, la légende vivante, se voit forcé de quitter, mis à la porte pour toxicomanie. Le seul membre du groupe dont le talent n'était souillé d'aucune critique négative, même quand il en faisait trop. Il s'est avéré qu'il n'en était rien : il souffrait d'un lourd problème dorsal.
Sarcastrophe, bourrin, relance cette bonne vieille habitude d'un morceau d'ouverture bas de plafond, pied au plancher. Sans réelle structure, le groupe ne se gène pas pour montrer toute l'étendue de leur savoir faire acquis avec le temps. S'ensuit l'un des plus grand morceaux de Slipknot à ce jour : le nommé AOV. Un morceau intemporel synthétisant tout leurs acquis et leurs talents. Tout le monde y est bon. La prestation vocale de Taylor est sans faille : mélodies, registres, justesse. Les riffs, les breaks, les reprises... et ce pont. Le nouveau venu, Alessandro Venturella, n'est pas là pour faire le compte et fourni ses parties de basse avec brio. Jay Weinberg, qui a la lourde tâche de remplacer le monstre au masque Kabuki, derrière les futs et dans le cœur de fan (et surtout des moins fans) s'en sort  haut la main : moins technique, plus organique, moins démonstratif, plus en feeling.

Le tube Devil In I, à la mélodie simple mais aux arrangements riches avance un moment intense avant le bonbon dark popisant Killpop, entêtant, sombre et à fleur de peau. Un morceau étonnant, dans lequel ils arrivent à donner froid dans le dos sans violence. Un curieux et authentique succès. Quelle ouverture d'album ! Mais ce n'est pas tout : Skeptic tout entier dédié à Gray, cristallise la tristesse et la colère d'une perte, avec ce chant hurlé, ses riffs assassins et sa batterie puissante. C'est d'une violence aveugle, c'est tellement honnête et touchant.

S'enchaîne toute une série de très bonnes choses. Que ça soit Lech, belliqueux, sonnant tel la bande son d'une tranchées souterraines. Goodbye, touchant, plein de ressentit, et sa basse magique (ils ont du talents pour les balades). Les comparses Thomson et Root nous y servent, sur ce titre comme sur d'autres, quelques solos réussis bien ficelés. Ils ne sont jamais là pour peindre.
Le FM Nomadic et son mélange entre Duality et Before I Forget, plus un petit feeling à la Left Behind (et tout ça sans copier) aurait dû être un tube. Le montage savant de plans sur le cathartique Custer font mouche tandis que le miraculé The Negative One, à l'instar d'un Pulse Of The Maggots 10 ans plus tôt, richement fait de bric et de broc tient la route malgré tout par une sorcellerie inconue. 

Bref, vous l'aurez compris, tout est bon. Et quand bien même The One That Kill The Least est ronflant, il n'est pas indigent. Le clap de fin revient au "morceaux à ambiance" If Rain Is What You Want, type du groupe : variations dans le tempo, l'émotions, cette basse magique, le talent de Jones et Wilson.
Outre le voix de l’expérience technique, le groupe a développé un sens de la temporalité et de l'équilibre  dans cette violence (qui reste leur marque de fabrique) pour un résultat heureux, bien aidé par une production aux petits oignons. Tout ceci explique également la grande réussite de ce disque sous-estimé par le commun des mortels mais également par la fan base de la nonette. Pour ma part, le choix est fait. Un autre authentique best-of d'originaux.

A
(et désolé pour cette tartine mais il y avait tant de choses à dire)

vendredi 28 octobre 2022

sunn O))) - (2002) Flight Of The Behemoth


Quand on trouve une formule qui fonctionne, il reste trois options à exploiter : soit on la répète, soit on la diversifie, soit on la pousse jusqu'à son comble. sunn O))) applique les trois simultanément. Quand sonne Mocking Solemnity, on ne sait trop si un moteur démarre ou s'il s'agit du souffle d'une force païenne. Quand Wagner écrivait le souffle de vie en ouverture de L'Or Du Rhin, le duo de la cité émeraude écrit le souffle de mort. Cette longue pièce introductive à la suivante, ambiante et menaçante, à la texture gigantesque, marque l'envol pataud du behemoth.

S'enchaîne donc Death Becomes You, qui porte merveilleusement bien son nom en peignant d'un noir de jet épais le ciel de cet au-delà. La composition de ce paysage au fusain ressemble à s'y méprendre à quelques autres exquises de leur premier effort mais les couleurs se veulent ici encore plus profonde, le son encore plus intense, d'une densité encore plus lourde. Une sorte de paroxysme du savoir-faire des chevelus de Seattle pour un véritable tube drone.

La grande attraction de cet LP reste la participation de Masami Akita (aka Merzbow). La pop star du bruitisme nippon mixe et glisse sa patte sur deux titres (O))) BOW 1 et 2). Le premier ressemble un peu plus à son "Parent 1" à cordes, avec cette épaisse matière drone, tapissé de cet engrenage infernal, lancinant, ponctué de quelque notes de clavier maladives. Cette introduction ouvre les hostilités au second mouvement, qui porte les traits de son "Parent 2" japonais. Véritable Pulse Demon à la sauce sunn O))), il évoque par moment un certain Kevin Drumm : corrosif, industriel, noise, mécanique... avant que ce clavier ne reviennent nous hanter. Comme le marteau de Siegfried  imposait le tempo de l'orchestre (encore Wagner, une simple suite d'idées), les instruments se font machines, déclament leurs tortures sur cette bise saturée, au reliefs multiples, avec ses strates de sons, menaçantes, glaçantes.

En épilogue, une autre reprise, For Whom The Bell Tolls de Metallica. Un riff par ci, un accord par là, rincés, triturés à un point de non retour, aucune place n'est laissé au matériel d'origine. Cette étonnante boîte à rythme et ces vocaux d'outre-tombe (qui évoquent un futur Black One) finissent de faire de ce morceau plutôt différent une vraie réussite.

Cette nouvelle plaque démontre que le duo à fermement l'intention de s'accrocher à leur concept, poussé toujours plus loin, ils l'exploreront jusque dans les moindres recoins et ils ne manquent pas d'idée pour y parvenir. Une nouvelle bande son pour L'Enfer glaciale d'Aligheri. 

A
(vrouuuuuuuu-tchip-tchip-crack-boum-ouuuuuuuuum)

dimanche 23 octobre 2022

Slipknot - (2004) Vol.3: The Subliminal Verses


Après un premier album rentré au panthéon du nu-metal (qu'on le veule ou non) et un second manifeste de noirceur, de haine et de pipi, les Slipknot étaient attendu au tournant, autant par leurs fans qui patientaient avant le retour du messie, que par les rageux qui entre-apercevait une nouvelle aubaine de cracher leur venin. Le résultat provoqua toutes les réactions attendues mais pas toujours dans le bon ordre. Car très rapidement, ce troisième volume affiche un changement de direction presque radicale et de sérieuses ambitions. Faisant feu de tout bois, le groupe se lance dans des structures plus alambiquées, des mélodies moins évidentes, une temporalité plus soignée. Les haters sont bien ennuyé de ne plus retrouver ce nu-metal si facilement concassable et les fans se sentent trahis. Que demander de plus ?

En témoigne ce Blister Exists à la batterie militarisante, le fulgurant Opium Of The People ou cet organique crescendo Three Nil, le groupe ne resucera pas sa formule mais a toujours l'intention d'en découdre. Les hurlements toujours plus maîtrisé de Corey Taylor, les riffs acérés et la batterie dantesque de Joey Jordisson (toujours aussi imposante jusqu'à l'excès, toujours aussi impériale) découpe ce maelström d'idées en cartouches empoisonnées à géométrie variable. En contre partie, la nonette nous livre quelques moments de recueillement tels le premier morceau, Prelude 3.0, balade résignée, un Circle à la mélodie soignée ou la balade industrielle de clôture Danger - Keep Away. L'occasion de parler de l'une des plus jolies audaces de l'album, le dyptique Vermillion. La première partie, un titre déstructuré, cathartique, à tiroir, pose une mélodie qui sera sublimée, quelque titres plus loin, dans un habillage électro-acoustique sensible, chœurs à l'appuis. Un contre pied total mais finement joué, un moment fort du LP. 

On parle bien de Slipknot. La violence et la hargne seront toujours leur marque de fabrique, ils ne les délaissent pas, il élargissent simplement leurs champs de vision. Une approche quelque fois étrange (sans aller jusqu'à dire expérimental) aux structures étonnantes, aux transitions parfois un peu abruptes, qui fournissent une atmosphère particulière à la plaque. Ce paroxysme sera atteint avec Pulse of the Maggots, qui sonne tel un pantin désarticulé peinturluré de toutes les nuances du rouge, gardant sa cohérence physique par quelque sorcellerie. 

Malgré quelques passages plus faibles (Welcome ou le bipolaire mais trop peu original The Nameless) la galette est une réelle réussite, qui demande plus de temps qu'un Iowa pour se révéler mais qui ne manque ni de morceaux efficaces, ni de bon moments. En affichant ce refus du surplace et l'envie de montrer l'étendue de sa personnalité, le groupe de Des Moines signe ici une missive ouverte à toutes personnes qui font siffler leurs oreilles.

A-
(definitively the pulse of the maggots)


jeudi 13 octobre 2022

Sunn O))) - (2000) ØØ Void


sunn O))) n’a rien inventé. Et l’existence même du groupe fait foi. Projet hommage assumé au groupe Earth, les anciens du génialissime Khanate et du culte Burning Witch s’allient pour former un projet de ce que personne n’appelait encore Drone Metal. La hype viendra vite, contre toute attente, à grand coup de concerts jusqu’en boutistes au sons sur-saturés, visages encapuchonnés et puissance sonore proche du viol. Du mystère, une plastique obtuse, un parti pris arty, LE truc que tout les gens un tant soit peu cool connaissent mais trouvent vachement underground.

Donc, ils n’ont rien inventé mais serait-ce une simple occasion de mettre en lumière l’obscur mentor sus-cité ? Le groupe chipe le nom d'une célèbre marque d’ampli pour devenir l’étoile dans le ciel noire des guitares lentes ? Car s’ils rendent hommage, ils poussent la formule encore plus loin, en un monolithe d’échos, de feedbacks et de modulations, totalement dépourvu de percussion ou de rythme, au-delà du raisonnable, au-delà du mur du son. Rock’n’roll. Le volume sonore, outre la puissance que l’on est libre d’y appliquer ("Maximum Volume Yields Maximum Results" indique très justement le livret), est proprement hallucinant. Un véritable monolithe de sons et de saturations s'abat sur l’auditeur. Un mur des lamentations, ponctué, dans le paysage lointain, de dissonances industrielles, lancinant. Il ne s’agit pas d’un simple exercice d'échantillonnage de bruits blancs, on parle bien de compositions à part entières, intrinsèquement menaçantes, inquiétantes, abasourdissantes… heavy. Les couches de matières noires se superposent, se complètent ou s’annulent et grouillent sur cette charogne nommée Richard.

Tantôt épique comme la nique, un morceau comme NN O))) s’écoute comme un hymne à la gloire de l'apesanteur. Des chants incantatoires compriment tous les péchés du monde en un bloc et le laissent s’écrouler sur l’humanité. Ou serait-ce quelques prières pour sauver nos pauvres âmes ? Peut-être dans le morbide vent purificateur de Ra At Dusk, tellement heavy, avec ce gros riff immensément pondéreux, qui évoque les Melvins quand ils collaborent avec Lustmord. Bref, que de l’amour.

Pour faire de l’improbable avec du curieux, le duo glisse une reprise (oui, une reprise) des Melvins (encore eux), Rabbit’s Revenge, un titre parfaitement inconnu que le trio de Washington jouait live à ses tout débuts. D’où les deux en toges ont sorti ce titre reste un mystère mais le résultat (de 14 min) se veut au final le plus étrange de la galette, dans lequel on reconnaît cependant les riffs griffés King Buzzo, passé au rouleau compresseur avec un groupe propulseur Red Bull Power Train (foutez-moi le copyright où vous voulez) et durant lequel on peut même brièvement entendre l’original samplé en surimpression. D’accord.

Un premier effort clairement réussi. Un feeling incroyable et une vraie volonté de composition. Une approche à la fois relativement intègre et relativement accessible (on reste loin du drone d’un Charlemagne Palestine) mais qui peut sembler redondant par manque de variété. Le projet creuse le lit dans lequel il va dorénavant se coucher et y faire des cauchemars variés.

A-
(vroooooooouuuuuum...)

jeudi 22 septembre 2022

Converge - (2006) No Heroes

(2006) - Sur Discogs

Que dire encore ? Après plusieurs essais et l'album référence, ils voulaient confirmer, ce qu'ils ont fait. Le tour de la question aurait pu être faite. Que dire de plus ? Ben Koller pouvait-il faire plus fort ? En fait oui. Où est sa limite ? Pourquoi une limite ? Il blast, il cogne, il castagne, il effleure et il frappe sur tout ce qui reste trop longtemps inanimé, il s'ouvre à de nouveau son, il est partout même quand il ne dit rien. Ballou en profite pour faire l'inventaire et ne reste pas en panne de slides, distillant contre-temps malicieux et riffs assassins dans des structures... quelles structures ? On parle de punk, ici. Nate Newton, l'oublié de la bande - et pourtant !, fait vrombir sa basse là où on en a besoin, copulant avec sa soeur à six cordes ou volage, laissant libre court à ses envies, plus claquante que jamais, parfois même groovy. Le quartet répète tranquillement ses gammes avec une énergie lavique déchaînée. 

Bavant son sludge, pour mieux créer des ambiances de fin du monde (le Weight of the World semble nous écraser), avant de nous asséner des coups de machette mathcore sans merci, le groupe plonge même dans l'interdit avec un chant -très- clair (très bien exécuté) sur le doom Grim Heart (qui sonne musicalement un peu comme du Melvins). Un morceau qui n'est pas sans rappelé les tentatives similaires (et tout autant réussies) de leurs confrères de Dillinger Escape Plan. Mon dieu, j'allais oublier de parler de Jacob... Mais faut-il parler de Bannon après ce que je viens de dire ? La maestra. Toujours aussi juste, toujours plus profond, toujours aussi poétique. 
La volonté de prendre un peu plus de recul (pour mieux sauter) et de décompresser leurs morceaux offre au groupe l'occasion de laisser éclater des passages plus heavy, plus nuancé ou des climats plus variés. Sans se trahir, il va sans dire : ce sont des éléments qui ont toujours fait partie de leur musique, en micro-doses, mais qu'ils laissent se développer organiquement au seins de la frénésie hardcore qui a fait leur réussite. 

Ils n'avaient pas fait le tour de la question, ils viennent de le faire. Je ne peux me résoudre, en y appliquant un maximum d'objectivité, à affirmer qu'il y a quelque chose à jeter sur ce disque. Cette album sera définitivement vu comme un exercice mineur, durant lequel la bande se répète, mais je pense que c'est une erreur. Ils y soumettent ce qu'ils ont fait de mieux, parfois en mieux. Je le trouve, par exemple, supérieur à l'excellent You Fail Me qui avait jouit de la renommé de son prédécesseur en étant une (excellente) suite spirituelle. On perd le sel du concept, un brin de charme, mais on y gagne un panorama musical riche. Que dire de plus ? Je pense que l'on tient là un authentique "best-of" d'originaux.

A
(comme dirait J.J., parce que la musique est bonne)

samedi 17 septembre 2022

Satyricon - (1994) The Shadowthrone

                                    La version remastérisée de 2021 ci-dessus sert de référence à cette chronique


Le froid opaque lance des lames sur les joues rougies à vif. Un manteau cotonneux habille la forêt et grisaille un ciel de jais. Les hurlements de la bise étouffent légèrement les pensées, les pulsions, autant de pêcher en éclosions. Les regrets et la dépression figent chaque mouvement en un geste solennel de mort. Les arbres et leur silence se font de plus en plus menaçant. Le long des souffles glacés se faufilent, en des mouvements amples comme l'éternité, une force fulgurante, plus vieille que le temps. Pour unique réponse, il ne reste qu'une voix écorchée pour pleurer.
Les cavalcades de guitares forment un mur venimeux sur lesquels viennent s’échouer quelques nappes ambiantes, chants liturgiques, arpèges de guitare électro-acoustique, rires surhumains, menaces,... Porté par une production largement supérieure, possédant une plus grande palette de textures et de reliefs et une maîtrise des divers outils en hausse évidente, les longs morceaux progressifs qui composent Shadowthrone jouissent d’un sens mélodique encore plus raffiné que par le passé. Ne vous trompez pas, cet album pourrait difficilement être plus black metal : moins ambiant, moins acoustique que le premier, ce second effort compense par son énergie misanthropique.

On nage en eaux sombres, entre un Enthrone Darkness Triumphant de Dimmu Borgir et une version black metal du Morningrise d’Opeth, avec sa rythmique lente, aux changements de tempo soignés. Des titres comme Hvite Krists død (à tiroir), Vikingland (guérrier) ou le majestueux The King of the Shadowthrone sont autant de moments de bravoures d’une caste supérieure.

Les sonorités médiévales et païennes ne sont pas perdues mais sont mieux digérées, plus subtiles. On perd certes le charme que la variété du premier LP avançait mais on gagne en technicité, en plastique et en justesse d’écriture. Une pièce maîtresse.

A
(comme un glaviot noir)

dimanche 11 septembre 2022

Slipknot - (2008) All Hope Is Gone


Il y a, à priori, des albums pour lesquels on doit accorder plus de temps. Non pas à cause de la nature intrinsèque du disque, ce n’est pas toujours par complexité et austérité, mais à cause de notre oreille fatiguée, inattentive ou tout simplement non avertie. C’est un peu le cas de All Hope Is Gone que je n’ai pour ainsi dire jamais touché pendant plusieurs années avant de, au hasard d’une playlist sur un service de streaming bien connu, replonger le nez dedans et me demander ce qui avait bien pu se passer.

Premier constat à l’écoute, le groupe s’y emploie à montrer leur visage le plus heavy, en prenant un parti-pris moins violent et plus mélodique, plus "chansons" (toute proportion gardée). Bien qu'ils y sont déjà revenu, dans une moindre mesure, sur l'exercice précédent, notons un plus grand nombre de solos guitares (tout en feeling, sans trop de démonstration). Après les escapades aventureuses sur The Subliminal Verses, le groupe a pris goût pour prendre son temps et laisser souffler leurs pièces.

Là où Slipknot s’est toujours affiché sans réelle influence majeure (sauf sur le premier auto-produit et ses influences Mike Patton-ienne), je trouve qu’il est difficile de ne pas entendre l’empreinte de Pantera sur ce disque, pour son côté heavy mais sans concession mais surtout son chant plus hardcore mais sensible. J'appellerai à la barre Gehenna, balade lourde, embrumée, avec son chant qui monte dans les aigus, atypique de Corey Taylor ou du groupe. Je ne peux m'empêcher de penser à des titres tel This Love ou Cemetary Gates, à la fois menaçants et poétiques. Joey Jordison n’en fait pas trop et y reste très juste (il ne sait toujours pas s’arrêter mais reste juste). C’est un point (selon moi positif) récurrent sur l’ensemble de la galette.

Pour mieux illustrer mon propos, outre cette réussite, notons deux autres balades. Snuff, balade rock aux guitares electro-acoustiques, qui renvoie un peu (un peu) à Vermillion Pt. 2, en moins dépouillé et plus grandiose, plus Stone Sour, où le batteur se refrène de toute velléité. Ou le très heavy-FM Dead Memories, très beau morceau, lourd, où l’homme au masque kabuki s'y donne à cœur joie mais ponctue le titre d’un aspect death metal qui contraste avec succès son penchant mélodique.


Les 9 savent toujours écrire des hits metal et ne s’en privent pas avec l’excellent Sulfur et son refrain diablement entêtant ou Psychosocial, un des plus grands succès populaires du groupe, dans lequel ils ont savoureusement bien mis tout en place pour que ça tape du talon. Le morceau d’ouverture, dans la pure tradition des (sic), Sarcastrophic ou autre Slipknot, écume ses plans impétieux avec une maîtrise qui renvoie ses homologues au rang d’épisodes sympas.

Mais il savent encore écrire des choses inédites également, dont ce remarquable Butcher’s Hook, construit presque uniquement sur des contre-temps, ce qui n’est pas sans rappeler la djent en vogue, mené par un refrain nu-metal des débuts du groupes.

Le sardonique This Cold Black sort également du lot avec cette course-poursuite entre les cordes, fûts, groupe et auditeurs, une cavalcade qui m'evoquerait une version extrême et sombre du Surrender d’Elvis Prestley... (ndr : fuck me, right ?)

Dans le mois bon, parlons de Vendetta, très bien écrit pour le live, avec ses changements de tempos et d’ambiances, mais qu’on ne retiendra pas. Wherein Lies Continue et sa belle mélodie vocale, la pièce la plus heavy metal 80’s des familles, souffre de convenance. Rien de honteux à signaler.


L’épilogue éponyme, death metal et rapide à souhait, refrain ample et puissant, vient mettre un point final à une œuvre qui n’aura définitivement pas plus à tous. Certes, le son de la bande masquée est un peu oublié mais la sincérité est palpable. J'aime à envisager ce disque comme une parenthèse plus posée et mélodique, plus nuancé, qui sera quand même l’occasion pour le groupe de livrer des prestations live plus polychromiques. Le niveau d’écritures est très bon et la somme totale de réussites plaide largement en la faveur de cette offrande. Et ne venez pas me parler d’album commercial, ça ne sera jamais un argument recevable.


A-

(vous qui entrez ici, n'abandonnez pas tout espoir)

vendredi 9 septembre 2022

Satyricon - (1994) Dark Medieval Times

1994 - Sur Discogs 

La version remastérisée de 2021 ci-dessus sert de référence à cette chronique

La nuit s'épaissit, la rumeur des machines et des âmes se profilent au loin, gonflent. Un violon strident, annonciateur, suit une ritournelle infernale avant de s'évanouir dans  un mur de saturation. Une voix d’outre-tombe, d’outre-temps, le déchire dans une longue complainte. Les orgues (de chez Yamaha) laissent place à quelques obscurs arpèges de guitare mais le mur dévastateur les rattrape. L’album à commencé depuis 3 minutes et le scénario du premier titre, Walk the Path Of Sorrow, n’en est pas à sa moitié. Ce titre cinématographique, captivant, étale ses mille-et-une idées et un sens de l’écriture raffiné. Les riffs sont autant de mélodies et les claviers ornementent les titres sans leur piquer la vedette, leur donnant une infinité de nuances de gris. 

Comme sur l’épique morceau-éponyme, au nom adéquat, les norvégiens arrivent à dégager, sur plusieurs morceaux, une consonance… médiévale. Pas uniquement via cette mélodie hors du temps à la flûte mais également dans ses moments les plus black-métalleux.

La production est absolument dégueulasse mais parfaitement assumée, dans cette vision esthétique propre au black metal de l’époque (ce grésillement, ce n’est pas votre baffle).

Après le rock et ingénieux Skyggedans, Min Hyllest Til Vinterland propose une longue et magnifique pièce de néo-folk qui aurait pu inspirer leur compatriote Vàli.

Le très heavy et black metal Into The Mighty Forest annonce un peu le black’n’roll à venir avec ses riffs gras et volcaniques.

On est si peu dans la démonstration que le groupe à tout le temps de construire ses ambiances et ses compositions alambiquées. Je prends pour témoin le très sympho The Dark Castle In The Deep Forest et ses relents sombres, embrumés, voire horrifiques (qui aurait pu influencer un certain Cradle Of Filth).

Taakeslottet enchaîne les plans furieux et pondéreux sans relâche pour finir sur un moment presque ethereal avant de disparaître dans le néant (ce fondu tout moisi mais, ô combien efficace).


Et merde, c’est déjà fini.

Un grand album de black symphonique ? Non, c’est bien plus que ça. C’est un mélange de tous les genres et tous les adjectifs tirés par les cheveux que je viens d'énoncer sur trente lignes. Un album au son unis, avec ces claviers en toile de fond, mais à la structure protéiforme, dont la production surannée (et la pochette craignosse) le dessert aujourd’hui. Un pur produit de son époque, un black metal païen des premières heures (dans la trempe des Burzum ou Stormblast de Dimmu Borgir, parmi les plus connus). Un premier album qui en impose de par sa maturité, dévoilant tout l’éclectisme et le refus du duo de faire du surplace. Un grand album de metal.


A

(et plein de paint-corpse dégoulinant)



mercredi 7 septembre 2022

Converge - (2004) You Fail Me

 

2004 - Sur Discogs - La version Redux sert de référence à cet article

Quand le quatuor de Salem entre en studio pour empaqueter You Fail Me (YFM), ils ont eu plus que l'occasion de roder leurs morceaux dans l’intimité de la tournée Jane Doe, principalement lors de jams à l’occasion des soundchecks. Si vous trouviez le précédent opus compact et sombre, vous serez servis. Effectivement, autant musicalement que thématiquement, YFM s’inscrit dans la continuité de son aînée, morte sans nom. 
Dès First Light/Last Light, avec ses accords de guitares electro-acoustiques, le groupe nous emmène dans une descente infernale. Telle cette main coupée sur la pochette, qui nous tirerait les chevilles vers le néant (et rien ne sert de lutter), Black Cloud nous précipite dans ses orages émotionnels. Le son est plus noir, plus tranchant, plus inquiétant que jamais.
Si les traumatismes enfuis furent mis à nu au cutter, la sortie de Jane Doe ne les auras pas guéri complètement et Bannon tente de panser cette dépression avec des textes toujours aussi lyrique et une interprétation écorchée vive. Il narre ses échecs et ses ratures, sentimentales et mentales, ceux qu’il a infligés aux autres, ceux que les autres lui ont infligés et surtout ceux infligés à lui-même.

La chute sur le très hardcore Hope Street se poursuit, en traversant tout les étages de la remise en question (notons le très heavy Heartless), pour aboutir sur l’excellent sludge You Fail Me, qui se joue de l’apesanteur : toujours plus bas, toujours plus désespéré.
Les musicos sont à leur sommets respectifs et les morceaux, toujours plus compacts, foisonnants, touffus, sont des véritables panoramas d’écritures (l'excellent Drop Out). Mention spéciale, encore une fois, à Ben Koller, batteur de son état, pour sa frappe juste mais complexe.
Pour ratifier ce moment suspendu, plus aériens, s’ensuit la balade poussiéreuse et maladive In Her Shadow. C’est pour mieux nous faire définitivement perdre pied dans la dernière partie du disque, avec ce duo incandescent Eagles Become Vultures/Wolves At My Door qui se complètent mutuellement.
La temporalité à toute son importance sur cette œuvre avec sa construction particulière. Les morceaux s’enchaînent sans temps-morts, sans intro ou outro. La nature des compositions étant versatile, il est parfois difficile de se rendre compte des transitions entre celles-ci. Ce qui contribue non seulement à ce sentiment d’unité dense entre les morceaux, claustrophobique, mais également à cette irrésistible chute, ce sentiment vertigineux, ce fond qui se rapproche inexorablement vers une fin amer.

On termine sur une touche humoristique avec un aller-retour dans la figure : Death King, In Her Blood (qui renvoit à In Her Shadow) et Hanging Moon expulsent leurs rafales métalliques à coup de riffs syncopés. Il est vrai que l'album, dans son unité extrême, tombe à quelques moments dans une certaine redondance. Il s'agirait bien du seul point imputable tant cette plongée dans l'univers de YFM est intense, fascinante et exaltante. Un autre grand disque, un chouïa en deçà de son prédécesseur, du grand standing dans la mâchoire du le reste du monde.

A-
(fuper !)


mardi 6 septembre 2022

Slipknot - (2001) Iowa


L’enregistrement de cet opus sera un long chemin de croix. Les ego commençant à se gonfler de substances addictives, de groupies faciles et de star-power mal assumée, les 9 de Des Moines se supportent à peine, ne s’écoutent plus, somment chacun une voix au chapitre commun mais enregistrent séparément, de leur côté.
Ross Robinson rempile à la (sur-)prod et sert d’assistant sociale. Mais ce qui s’annonce comme un boxon programmé prendra une tournure toute autre : c’est sans compter sur l’envie commune d'en découdre, de faire l’album qu’ils veulent faire et envoyer balader royalement le monde entier, quitte à se compter parmi les victimes. Au démoulage, on découvre un album noire, féroce, rapide, brutal, viscéral.

Première observation, les morceaux sont tout simplement mieux composés. Toujours sans fioritures, on recense un vrai sens de la mélodie (malgré la violence), des enchaînements excellemment menés et des breaks finement posés. Joey Jordison reste trop sur-mixé et étouffe parfois le reste des instruments, surtout que les cordes sont nettement plus inspirées et de vrais riffs se font entendre. On lui pardonne vite car toujours aussi incroyable techniquement, il ne doit cependant plus porter tout seul certains titres, comme c’était le cas précédemment.

La galette commence très fort avec un enchaînement de hits en devenir : People=Shit (ce long crescendo de haine pure) ; Disasterpieces (un classique) ; My Plage (un morceau death groovy et un refrain “nu”) ; Everything Ends (le plus grand tube du groupe, c’est juste que personne ne s’en est encore rendu compte) et The Heretic Anthem (LE tube de ce disque, avec son break, sa batterie, son refrain racoleur… tout est fou).
Le son, d’une violence inouïe, navigue entre death et hardcore, saupoudré de quelques réminiscences nu-metal soufflée avec justesse.
Corey Taylor a progressé de manière phénoménale et s’impose d’emblée comme un des tout meilleurs chanteurs de musique extrême. Outre ce coffre qui lui permet de littéralement gueuler sans frémir, la palette des émotions et des capacités débloquent celle des possibilités. Ses textes sont encore bien loins d’être poétique (pour certains, ils sont parfaitement stupides) mais il a développé un infaillible sens de la punchline.
Gently, vestige de Mate. Feed. Kill. Repeat. offre un moment de recueillement pestilentiel : une ambiance glauque, où l’hallucination psychotique n’est pas loin, pour une interprétation habitée. Ce morceau est, selon votre humble serviteur, l’illustration parfaite du savoir-faire Iowien en termes de génération d’ambiance. Un titre incroyable.
A partir de ce moment, l’album ralentit de rythme et perd légèrement le suffrage du plus grand nombre. Là où Left Behind a sa réputation de single pour lui et n’a rien à prouver sur son potentiel mélodique, The Shape, I Am Hated , New Abortion et Metabolic attire quand même l’oreille par leur capacité à faire très bien avec moins. Effectivement, ces morceaux n’ont jamais été des classiques du groupe (et ne furent pour ainsi dire plus jouées en concert après la tournée promotionnelle de celui-ci). Cependant, elles recèlent chacune d’un quelque chose, une bonne idée, un parti pris attrayant. Là où la nonette était parfois prise en flagrant délit de remplissage plus que maladroit et grimait une bonne idée d’un fard vulgaire, ils arrivent ici à convertir l’essai et rendre intéressants leurs morceaux à priori moins inspirés. Bonifier ses temps faibles est une force en soi, qui n’est pas donné à tout le monde, et le signe que le métier entre.
Finissons sur deux belles pièces en les personnes de Skin Ticket et Iowa. Je regroupe ces deux titres car ils font partie de ces morceaux que j’aime appeler “à ambiance”, non pas purement ambiant mais possédant une réelle atmosphère, en l'occurrence extrêmement malsaine et dérangeante. Le premier est complètement plombé, organique, et le second, le morceau titre, une longue complainte de 15 minutes à la limite de la démence. Un délice durant lequel on a pu  admirer le talent de Craig Jones et Sid Wilson.

Bien, bien… Reste le grand débat de sa vocation commerciale. Joey Jordison avait, à l’époque, conté à l’illustre Kerrang! : "Iowa, encore plus que le premier disque, était l’album que nous voulions vraiment réaliser”. Outre mettre en lumière les contraintes inhérentes au premier compact, il éclaire sur la volonté du groupe d’envoyer un message et d’y parvenir avec le second. Cet album est trop organique et rempli de haine adolescente pour être complètement malhonnête. En outre, pour contre-exemple, prenez à peu de chose près n’importe quel obus des 20 dernières années d’un groupe comme Cannibal Corpse (au hasard, rien de personnel) avec tous les codes (clichés ?) qu’il se trimbale (pochette dégueu, blasts, prod de cave, riffs carrés, chant typé) et dites moi qu’il n’est pas calibré pil-poil pour un public cible. Sont-ils taxés de groupe commercial ? Alors quand un groupe joue avec ses tripes aussi violemment et fort que Slipknot, je ne vois pas en quoi ils le sont plus. Je vous laisse sur cette pierre qui roule et je m’en vais troller plus loin.
Bise, hein, dis…

A-
(but maybe it's wrong, fucked and over-rated)

vendredi 2 septembre 2022

Slipknot - (1999) Slipknot

 


La nature même de la création de cette nonette fut chaotique (changement de line-up incessant, désintérêt des majors, aller-retour en studio, prestations live agressives). Réussissant à mettre en boîte quelques démos et un mini-album, Mate. Feed. Kill. Repeat. (chronique ici), le groupe de Des Moines finit par tomber dans le giron du producteur Ross Robinson. Ce dernier se voie convertit en assistant aux prestations scéniques du groupe et accepte de produire ce premier album avec pour objectif de transposer ce chaos primordiale en disque qui tourne rond.

Pour y insuffler la vie, le producteur spécialiste néo-metallique (il est déjà derrière le succès de Korn) ne veut retenir que l’aspect le plus spontanée, virulent, déchaîné du groupe, en mettant bien en avant ce son “nu”, si vendeur. La formation se retrouve en studio avec un cahier de charge serré, un album complet à remplir et la nécessité de repenser sa vision artistique en faisant une croix sur ses velléités funk et ses inspirations Mr. Bungle-iennes (en témoigne Only One qui perd toute créativité au lavage).  Pour ce collectif à l'orée de sa carrière, c’est beaucoup et ça se ressent.


Les morceaux, très courts (une moyenne de 3 minutes), reposent sur de vraies idées mais rarement sur une écriture profonde. On a parfois l’impression qu’on part dans tous les sens sans se demander où on se rend, pour un résultat parfois juste défoulant (Surfacing, Liberate, Eeyore, (sic)) mais parfois juste stérile (Diluted, Me Inside, Get This).

De l'autre côté de la pièce, notons quand-même quelques morceaux plus aboutis…

Eyeless avec son refrain bourrin et son intro drum’n’bass.

L’archi-tube Wait And Bleed : groove, break de feu et mélodie imparable.

Spit It Out, autre grand tube, avec son phrasé rap, ses sonorités nu metal et sa rythmique remuante.

Purity, de son côté, envoie un son lourd, à la basse bien ronde, que contrebalance un refrain en chant clair. Un morceau accrocheur qui évoque déjà un certain Left Behind.

Joey Jordisson fait des merveilles derrière ses fûts et Robinson ne s'y trompe pas, le sur-mixant sans vergogne. Corey Taylor quant à lui a encore beaucoup à développer et montre un visage plus accrocheur mais un panel moins large que son prédécesseur, bien qu'il livre une prestation honnête et déchainée. Un constat également applicable à l'ensemble de ses collègues qui semblent parfois même en régression, un peu comme ses guitares accordée très bas qui fournissent le riff minimum, "straight to the point".

Slipknot étant également un groupe à ambiance et ce premier album n’en manque pas. Prosthetics ou Scissors, viscéraux et cérébraux, dont une production poussive entache parfois le feeling, entame sans honte cette tradition. Il est amusant de constater, sur le second, un chant et une ambiance très proche d'un Korn des premières heures.


En résumé, un album aussi défoulant que agaçant qui recèle autant d'actes manqué que d'uppercuts bien sentis. Cette écriture dans l’urgence du studio, cette obstination à la brutalité et cette production au nougat (riche, sucrée et parfois écœurante) ouvrira au groupe les voies des charts du monde entier mais le condamnera à la répétition et aux approximations artistiques. Un produit honnête à la sensibilité de grande distribution.

Heureusement, ils n’ont pas dit leur dernier mot.


C++

(tchouk-tchouk, boum-boum)



jeudi 1 septembre 2022

Converge - (2001) Jane Doe


Avec cet album,
Converge entre définitivement dans la cour des légendes.
Abandonnant leurs influences, parfois criantes, pour ne laisser que leur propre son, enfin trouvé, le gang du Massachusetts offre une livrée compacte, suintante, enfumée, claustrophobe, viscérale, énergique, profonde, touchante, émotive.
L’album évoque les relations humaines déchues et leurs conséquences. Pour en parler, Bannon sort ses textes les plus personnels et poétiques pour accompagner au mieux la décharge émotionnelle musicale.
Comme libérée des ces références qui sont autant de carcans, le groupe sort le couteau suisse et l'habileté de composition pour l’utiliser. Tout ce petit monde est à sa place et se transfigure, l’inspiration est là, en témoigne l’arrivée et l’impacte immédiat du nouveau batteur, Ben Koller qui amène dans la résonance de ses fûts une nouvelle dimension aux compositions.
Notons également cette nouvelle basse, issue du doigté juste de Nate Newton, plus sublime que jamais, en témoigne Hell To Pay, à la section rythmique dégueu et obsédante.
Un portefeuille plus épais permet au groupe une production aux petits oignons, certes quelque peu étouffée par ce mur de décibels, mais qui relève le goût de l’album en vue d’écoutes plus attentives et prolongées et qui sert particulièrement des titres plus posées tel que les envolées de The Broken Vow ou Heaven In Her Arms qui résume à lui tout seul tout le spleen d’une rupture et le sentiments contradictoire qui en découle (et ce break de feu de dieu).
Un autre pure moment de cette galette reste le Pheonix In Flight qui porte magnifiquement bien son nom, allant chercher dans les cendres d’une relation perdue la force pour rouvrir les ailes, se retrouver, être à nouveau quelqu’un qui a du sens. Mes aïeux, un moment de grande puissance lyrique, d’une beauté palpable, résumant à lui tout seul le thème de l’album… pour s’écraser, tout en contraste, en une désillusion nommée Pheonix In Flames.
N’allez pas croire que le mathcore est oublié : Thaw et ses contretemps possédés ; Concubine (quelle ouverture !) sonique, modèle d’école ; ce Fault and Fracture, pure condensée d’écriture en 3 minutes top chrono ou encore Bitter And Then Some, boule de feu.
Si une référence doit être notée, on mentionnerai quand même sans rougir Jesus Lizard dont l’ombre plane sur Distance and Meaning ou encore Homewrecker. Au jeu des comparaisons (peut-être futiles), ce dernier, à trois lettres près, porte le même nom qu’un titre du reptile marchant sur l’eau et possède la même décharge énergétique absolue pour une même idée de fond (coïncidence ? on ne pense pas).
Pour clôturer ces 45 minutes bien remplies, qui défie les lois du temps et de l’espace, est lâché le dernier tout grand moment : le morceau titre, Jane Doe, sludge protéiforme cathartique. Plus de onze minutes et demie de pure maîtrise intense dont aucune seconde n’est à jeter.

Tout est dit. Bisous.


A++

(do you wanna? do you wanna? do you wanna be my Jane Doe ? 🎵)

mercredi 31 août 2022

Slipknot - (1996) Mate. Feed. Kill. Repeat.

 


Dans le fin fond de l’Iowa, à Des Moines, cette ville qui servit de théâtre à un épisode ubuesque de South Park (où elle est dépeinte comme arriérée d’une quinzaine d’années) se forme une petite scène musicale, une scène rock et metal où se croisent et s’entre croisent personnes, idées et styles. De cette argile se forme une entité, un certain Slipknot.

Dans cette formation en comité réduit, le quintet tourne déjà et se forge une réputation scénique chaotique et agressive. Très vite sort, le jour d’Halloween, un premier LP pressé à 1000 exemplaires : Mate. Feed. Kill. Repeat.

Bien plus qu’une simple démo, pas assez produite pour être considéré comme un album à part entière, distribué confidentiellement, cette galette sert de carte de visite dont le premier titre, sobrement intitulé Slipknot, met très vite les bases du présent et du futur du groupe : un morceau brut de décoffrage, trop bourrin et haineux pour s’encombrer d’une structure. Un morceau d’ouverture type pour le groupe qui réitéra la démarche avec des (sic) (sur Slipknot), Sarcastrophic (The Gray Chapter) voir, dans une certaine mesure, People=Shit (Iowa).

Au rayon recyclage, Gently est plus heavy, plus lent, plus doom, moins dark ambiant, plus cérébrale, moins aliéné que dans sa version présente sur Iowa, six ans plus tard.

Il se dégage une ambiance très sombre et chaotique mais une ouverture d’esprit assez claire. On retrouve déjà cette basse très ronde, groovy, et un niveau d’écriture étonnement abouti (parsemé de solos guitare, une denrée rare chez les américains).

Le plus étonnant reste finalement ces influences premières du groupe (principalement l’oeuvre de Mike Patton) que l’on retrouve sur des morceaux comme Do Nothing/Bitchslap, death funk metal sombre au final indus, Only One ou Confessions, avec leurs basses endiablées, leur phrasés rapés et leurs moments disco (no shit). Complètement décalées du reste de l’album (ou de la vision qu’on peut avoir du groupe), l'homogénéité est préservée par un son crade et violent.

Épisode second des recyclages, Tattered and Torn, dans une version plus courte que celle connue sur le premier album auto-intitulé, s’affiche plus franche et potentiellement moins tirée par les cheveux. 

Enchaînant un Some Feel qui aurait pu figurer sur une plaque ultérieur de la formation, avec ses breaks bien sentis, l’album se clôture sur un Killers Are Quiet qui n’est rien d’autre que le morceau Iowa avec des paroles différentes. Un morceau déjà très réussi, moins surproduit, plus franc et ce n’est presque pas plus mal, qui se termine en long, trop long, passage indus ambient censé cacher une hidden track découverte sans trop de hasard, un bazar très indus, limite bruitiste, mystérieux, carrément inutile, comme toute bonne piste cachée qui se respecte sur une production 90’s.


Voilà un album/démo finalement riche de ses influences death, nu, groove, indus, funk, jazzy, disco, parfois dark ambiant, et complètement ancrée dans son époque. Le groupe y montre déjà un savoir-faire certain pour créer des ambiances. Le nu metal étant plus vendeur que le funk metal en déclin, la réputation scénique du groupe le précédant, on comprend pourquoi Ross Robinson gardera l’aspect le plus sombre et violent du groupe pour le prochain "premier" album, quitte à envoyer complètement chier l’aspect le plus créatif.

B

(étonnement, peut-être... ou pas!)

The WRS - (2022) Capicúa

Sur Discogs Si tu sors plus de deux albums, en Belgique, t'es obligé d'avoir une couv' d' Elzo ( Le Prince Harry, My Dilige...