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lundi 24 avril 2023

Oxbow - (2017) Thin Black Duke


J'étais persuadé de ne plus jamais entendre parlé d'Oxbow, après 10 ans. C'est une bonne suprise, certainement, car ce groupe culte aura poussé cette notion à l'extrême. Normalement, c'est la postérité qui fait la renomé d'un groupe, les californiens étaient déjà cultes au printemps de leur vie active. Mais après dix ans, est-ce qu'un homme, et à fortiori quatre, peut-il revenir après avoir vu défilé tant de qualandes et garder le même esprit, la même envie, la même vision ?

Bhin, en fait, oui. No spoil : le premier titre met les choses au claire très rapidement en ouvrant sur tout ce que San Francisco a de plus glauque à offrir. Dans la droite ligné de "The Nercotic Story", ce noise blues continue d'explorer, comme si de rien n'était, le mariage avec l'instrumentation acoustique de type classique. Il s'en émane une musique plus classe et dramatique que jamais, plus guindée, délaissant une image hardcore pour une violence maitrisée, enfilant le chapon melon d'un Alex DeLarge.
Le piano fait des apparations d'autant plus marquantes sur cette galette, rappelant dans son jeu un illustre Nick Cave, mais dans ces douces cacophonies mélancoliques c'est Tom Waits qui, inévitablement, nous revient le plus à l'esprit, comme sur l'excellent "The Upper". Ces infinités de gris strident, ces violents horizons de noir et blanc, ces marées hautes plaintives s'entendent sur le rock jam "Letter Of Note", renforcé encore et toujours par ces instruments frottés. Ou encore sur "The Finished Line" de clôture qui nous glisse au loins vers les abymes célestes, sous les grognements d'agonie de ce grand malade d'Eugene.

L'apport d'une dimension classique ne dénature en rien leur musique, elle la dramatise et l'alourdie encore. Le groupe ne se perd pas dans ces décors : sur l'ambiant "Ecce Homo", il nous rappel les ambiances d'un "Evil Heat". Sur "Gentleman's Gentleman", énergique et surf décadant au chant Patton-ien, et le rock "Host", ils démontrent une envie d'en découdre gouleyante. En somme, on perd en spontanéité ce qu'on gagne en maîtrise. Mais, as trop réflechir, ne perd-t-on un peu d'essence ?
Ils sont frais comme s'ils avaient vingt ans mais sont mûres de tout leur savoir.

A-
(Bending sound, dredging the ocean, lost in my circleHere am I, flashing no colour)

dimanche 23 avril 2023

Front 242 - (1982) Geography


Avant les tenues pseudo-militaire, les provocs, les rythmiques martiales et la légende, les Front 242 l'écrivait déjà. Sur cette première galette, les belges étrennent leurs jouets. Les beats d'enragés n'étant pas encore à l'ordre du jour, il y avait toute la place pour les ambiances et les experimentations. En 1982, quand on fait de la musique électronique, tant reste à faire techniquement que tout reste possible sous les mains averties.
Front 242 tente cette approche rock dans le minimal synth, solutions abrassives dans les vapeurs cold wave, goût métalique dans des effluves froides. Le rapprochement ne doit pas se faire stylistiquement, il n'y a encore aucune trace de rock indus, plus aucune de l'indus séminal, mais un certain motus operandi, une philisophie du non-savant, de la machine en substitut à l'homme. L'EBM est toute proche, la synthpop quelques mètres derrière... Synthrock ? Le chainon manquant entre Gary Numan ("The Pleasure Principle") et Front Line Assembly

Dès lors, la froide musique du futur, riche, justement produite et arrangée, se permet des voyages acides ("With Your Cries"), organiques et ambiants ("Dialogue", "Kinetics"), aux plastiques industriels (les excellents "Least Inklings", "GVDT" et "Art & Strategy), proto-technos ("Black White Blue") ou comateux ("Kampfbereit"), s'imposant instantanément comme des modèles pour leur époque.

De cette collection de courts essais, pour ne rien perdre en fraîcheur et spontanéité, ils se permettent aussi le dansable tube "U-Men", hymne des dancefloor gothiques. Le groupe ne sort pas encore ici son manifeste mais un véritable tour de force. Le moins racé du groupe mais probablement un de leur tout meilleur.

A-
(they seem to live in Panavision
on a TV screen or in a non-stop dream)

lundi 17 avril 2023

Coil - (1986) Horse Rotorvator

 

En entrant, on pourait emprunter le "Anal Staircase" et reprendre là où "Scotology" nous avait laissé : martial, vicieux, pornographe... A y écouter de plus près, le son est bien différents : la prod prend une volée de gallons et les élucubration électroniques surgissent d'une cavité encore plus profonde. On entre-aperçoit même un brin de techno à venir (mais chut, c'est pour plus tard).

Mais dès "Slur", et sa poésie dissonnante, on ne peut que constater le gap, la différence d'inspiration, d'esthétisme, d'ornementation. John a amélioré son chant de manière drastique, il s'accouple à des bidouillages sonores ne collant déjà plus à l'imagerie industrial stricte, développant un univers propre, atteignant une poésie déviante et une beauté décadente. Nous n'entrons pas juste dans une nouvelle annexe mais bien une nouvelle dimension. 
Par la fenêtre, bordant la jetée, ce sont les plages d'Italie, celles de "Ostia", où Passolini se fait assasiné. Cette mélancolie et cette voie solonelle magnifie dans la poésie le meurtre de ce génie, icône d'un esthétisme homosexuel assumé, le sublime et le romanise.

La garçonnière d'antant a été restaurée en atelier. L'électronique est leur instrument, mais le synthétique laisse place à l'acoustique échantilloné, sous une mutlitude de formes, pour autant de couleurs, conférant à leur musique une approche plus savante, plus grandiose... plus convenue ? Non, plus juste. Plus mélodique, rapprochant plus que jamais leur musique, avec ces structures ritual, de celle de leurs compatriotes et camarades des Current 93. Car "Babylero", cette comptine world, la marche "The Golden Section" ou l'excellente reprise à fleur de peau "Who By Fire" (de Cohen) sont moins industrial que neo-folk.
Leur sous-basements formateurs ont été augmenté d'expérience et de savoir faire. En résulte des titres ambiant et ritual maîtrisés : le cinématique "Ravenous", le bruitiste "Blood From The Air" ou l'hypnotisant, fascinant, organique, fataliste "The First Five Minute After Death". Les travaux sur la B.O. de "Hellraiser" n'auront donc pas été vains, s'ils ont permis d'offrir une telle pièce.

Pour finir le tour du propiétaire, notons ce "Penetralia", tour de magick, image réminisante au futur antérieure, ressemblant à s'y méprendre à de prochaines remix, surtout de celles offerte au père Reznor. Un truc qui ressemblent à tant d'autres choses à venir. Pour sa part, "Circles Of Mana", et ses cuivres swing, ses bruitismes bipolaires et ses déclamations d'aliénés, ne ressemblent à rien d'autre. Chic et réussi.
Vous l'aurez compris. Voici leur premier chef-d'oeuvre, une oeuvre d'une poésie fragile et maculée, un rêve pollué. 

A+
(putain que c'est beau)

mardi 11 avril 2023

Sunn O))) - (2003) White1


2003, Seattle, rien n'a changé : le Dr John Carter essaie de sauver des vies, les grunges (sans d) sont toujours morts, plus personnes ne prend les Supersonics au sérieux, Stephen O'Malley et Greg Anderson semblent investir dans des amplis toujours plus grands...
Au lieu de poursuivre dans la droite lignée de leurs précédents travaux, les deux hipsterO'métalleux tentent de nouveau métissages, de nouveaux mélanges homogènes.
Avec la complicité et le verbe (qu'il sait rendre beau) de l'illustre Julian Cope, ils transforment le grave et plaintif "My Wall" en un spoken words sur fond de dark ambiant. Les riffs y sont moins épais, le drone plus discret et quelques arpèges viennent offrir une ambiance de fin du monde. Cet accent gallois semble déclamer, dans un décor en cendre, une apocalypse proche, pour un spleen (néo-)folk industrial et ambiant entre Khanate et KTL (l'autre projet du duo), à renfort de saturations et de nappes électroniques. Et puisque le silence qui suit l'œuvre des grands leur appartiennent encore, c'est lorsque la fureur bruitiste se dissipe que l'air devient glassant.
Sur "The Gates Of Ballard", une balade traditionnelle norvégienne est récité par la vocaliste de Thor's Hammer (un des premiers groupe du duo), pour laisser place à un moelstorm stoner de percussion et de batterie, un riff accrocheur -simple et primal, qui renvoit plus que jamais à Earth- pour un résultat tellement païen et folklorique (à nouveau). 
Le groupe se jouant irréverssiblement de ses propres codes, c'est du côté de Nurse With Wound (NWW) ou de Matt Uelmen (la série "Diablo") qu'ils semblent puiser l'inspiration du dark ambiant "A Shaving Of The Horn That Speared You", aux arpèges désolées et dissonnances sordides. 
Accompagné sur l'ensemble de la galette de l'oeil bienveillant, l'écriture attentive et l'onglet grattouilleur de Joe Preston (Melvins), les deux états-uniens cassent la routine et balancent une continuité somme toute logique à leur oeuvre mais aventureuse, moins fidèle à leur style, mais interessante. Long, le LP laisse cependant un léger goût d'inachever, passant à côté d'une conclusion qui arrivera pourtant lors la prochaine livraison, suite directe. Les accueils contemporains et retrospectifs auront été plus circonspectes mais s'y fier serait passé à côté d'une direction artistique différente, cohérente et claire.
 
NB : l'édition vynile vous fera de l'oeil avec sa bonus track "Cut Wooded" : très "Salt Marie Celeste" des NWW, le titre s'engouffre dans du pure ritual de bonne facture mais tombe malencontreusement dans le hors-sujet... selon votre humble serviteur.

A
(bam ! dès l'intro, tu kiffs)


mardi 4 avril 2023

Pan Sonic - (1995) Vakio


C'est en 1993 que Pan Sonic voit le jour, d'abord en un seul mot avec un "a" au milieu, d'abord en trio, d'abord en faisant de la techno. Avant la sortie du présent album, le groupe s'émancipe musicalement ; pendant, une célèbre marque d'électronique éponyme leur font changer de nom ; après, Sami Salo quitte ses comparses et les laisse en duo. 
Sur ce premier effort, ces laborantins du son cherchent la formule de l'infini dans le microcosmique, la richesse dans l'épuration, l'intensité dans les grands espaces, dans la lenteur hypnotique. A traits d'infra et d'ultra, de basse ou de son, le groupe de Turku se focalise sur l'infiniment petit, le silencieux, le susurré, l'infiniment peu pour que chaque expérimentation devienne infiniment beaucoup, car en créant le manque, moins fait plus, chaque variation de son étant autant de nouvelles trouvailles, de paysages à explorer. Que ça soit l'intro "Alku", ce long signal fluctuant - drone minimaliste, le techno glitch "Radiokemia", l'industriel "Urania", le funky "Hapatus", le tribal et ingénieux "Tela", le métronomique "Sahkotin", presque french touch, ou "Reso", noise et ambiant, rien n'est impossible, tout devient possible, malgré cette approche stylistique potentiellement restrictive.
L'écoute au casque est vivement recommandée, évidemment, car le travail sur la plastique sonore à toute son importance, pour entendre chaque fréquence, chaque aspérité noise, ultrasonique, vibratoire. Le mix, et la production en général, a toute son importance : les sons industriel, dans leur pureté dénudés, se ressentent d'autant plus, physiquement.
Mais tout l'intérêt de cette galette et du groupe n'est pas que dans ce minimalisme technologique, cette froideur futuriste mais bien cet autre concept avec lequel il est couplé : l'humain, l'organique, comme des cœurs qui battent, des entrailles qui respirent, ceux de créature cybernétique mais définitivement humaines. Et ce contraste, entre l'âme et la technologie, exprimé par des sonorités délicates et sales, apporte une poésie qui différencie le groupe de bon nombre de leurs homologues, et parmi les plus célèbres, plus fédérateurs... et ce malgré un habillage qui pourra paraître plus qu'austère, il faut le dire.

A-
(la suite, les bites !)


samedi 1 avril 2023

Univers Zéro - (1977) Univers Zéro


Le rock progressif, toujours plus pointilleux, toujours plus technique, voit émerger un courant plus idéologique que musical, ce qu'on a appelé le Rock In Opposition. Entendez par là en opposition à l'industrie du disque, car même pour du prog, les mecs étaient bizarres (et galeraient pour sortir leurs disques). Les frontières avec d'autre sous-genre du prog sont très fines ou même, osons l'avouer, pour ainsi dire inexistantes. En l'an de grâce 1977, les bruxellois de Univers Zéro sortent leur premier disque et deviendront une figure emblématique du mouvement.

La musique d'Univers Zéro, avec ce mélange de musique de chambre, ses structures prog et son feeling free jazz, très peu interessée par les mélodies proprement dites, sonne comme la bande originale d'un film muet, d'une pièce de théâtre vaudevilesque. Presqu'autant visuelle qu'auditive, les histoires que nous comptent les instruments nous tranportent vers des images, des émotions, des intrigues, et ce dans une grande cacophonie fluide. Ce rapport à l'imaginaire, cette musique racontée, aidée par ces instruments de chambre, ne pourrait cacher l'influence de compositeur comme Igor Stravinsky. Un peu comme dans ce premier titre ("Ronde"), où ils nous sembleraient suivre les périgrination d'une entreprise inconnue, par des êtres étranges, insoucients d'être sujet d'observations attentives, se déménant comme des beaux diables, avec frénésie, face à l'adversité. Non dépourvu d'un certain sens psychédélique, le krautrock n'est parfois pas si loin, tout comme la zheul dans ce visionage à la loupe du macrocosmique. Aidé par ces claviers, on pourrait pensé à quelques oeuvres de bande son vidéoludique, tel "Carabosse", ce cirque désorganisé sinistre.

Personnellement peu adepte de la notion de virtuosité en tant que fin en soi, il faut admettre que le niveau d'execution affiché par cette bande de gai lurons est tout bonnement incroyable, juste, et, le plus important, au service des morceaux, systèmatiquement dans l'esprit. Je prends pour témoin ce "Malaise" aux rythmiques de coeur lourd, transpirant, le vertige brouillant la raison, ou encore le bien nommé "Complainte" à la tension dramatique palpable.
Moment marquant, "Docteur Pietot", cette effroyable calvacade, sombre et glauque, gris cendre, cette usine de mort, comme autant d'automates à la chaîne, s'appliquant à leur part du mal, est une sorte de Fantasia industriel, portant définitivement la griffe des belges

Moins sombre que ce que le groupe proposera par la suite, clairement inscrit dans son époque, pourvu d'une maitrise de haute volée et d'une personnalité propre, ce premier disque est une réussite qui ne demande qu'à être poursuivie toujours plus loin.... 
Au grand dam des hermetiques...
...à la jubilation des exaltés des 8 cordes...
...ou tout simplement au grand plaisir des curieux.

A-
(sont un peu réac à deux balles, nan ?)

mercredi 8 mars 2023

Prick - (1995) Prick


Après la longue et frustrante existence de Lucky Pierre, Kevin McMahon retrouve son ancien claviériste live et ami, un certain Trent Reznor. Kevin, toujours quelques titres sous le bras, et Trent, toujours aussi boulimique de travail, se retrouvent finalement en studio pour que le deuxième produise et distribue enfin l'album inaugural du premier. Le projet part inévitablement vers le rock industriel en vogue, et sphère de compétence du fondateur de Nine Inch Nails.

Le duo n'aurait pas pu choisir un meilleur titre d'ouverture que ce Communiqué : l'écriture fine, à tiroir, ces changements de plans, ces saturations, le bruitisme, la déstructure, sont au service... d'une chanson. Car l'industrial de Prick est à ranger au côté des Outside de Bowie, des Year Zero de Nine Inch Nails (Riverhead), du Paradize d'Indochine ou encore de Stabbing Westward (particulièrement le single Animal et sa basse ensorcelée), c'est à dire des morceaux de rock avant tout, voire de pop-rock, avec des bruits bizarres.
Il  n'y a pas que sur ce titre que plâne l'ombre de Bowie. Déjà à l'époque de Lucky Pierre, McMahon ne pouvait que difficilement caché son influence (alors période Hunky Dory), bien que les sonorités électroniques ici présentes nous renvoient, de facto, à Outside ou Earthling (comme sur le quelque peu drum'n'bass Other People, où le backing vocal de Reznor se fait clairement audible). Outre Communiqué, Tough est un autre recyclage du premier groupe de l'interprète, transformé en cartouche indus évoquant l'Astonishing Panorama Of The Endtimes de Manson. Mais on retrouve également une touche Lucky Pierre au moment d'I Apologies ou de la balade No Fair Fight (qui finit en cacophonie désespérée).

Une seule chose empêche ce melting-pot décousu de s'effondré : le talent. Que cela soit la comptine camée Makebelieve, le punk-rock indus I Got It Bad ou les blues électro Crack, le bonhomme démontre un talent d'écriture éclatant, distillé à coup de breaks sentis, de mélodies superposées et de vocaux inspirés. Et même si les influences se font entendre, elles sont parfaitement digérées. La patte du producteur n'empiète jamais sur la vision de l'artiste : écrire des chansons. Un album de rock indus méconnu et, pourtant, un des tout grand.

A
(et pas moins)

samedi 4 mars 2023

.hopesfall. - (2002) The Satellite Years


Le kilo de chaire pèse-t-il moins lourd que son équivalent de plume ? Car l'esprit flotte vers le lieu aspiré. Le bord du précipice est invisible dans l'éblouissement des étoiles. L'attraction est plus forte que la volonté. La chute est exaltante. Mon moi se brise sur le sol mais le voyage ne fait que débuter. Je l'ignore. La plénitude et le tourment se ficèlent autour de mes émotions boursouflées. Les paysages défilent comme une pélicules remontées dans le désordre. Le soleil se couche sur un ciel nouveau. Quand la robe nocturne point, une créature d'un autre âge tend le cou sur ma carcasse rincée. Ses pensées me percent les tympans tel une berceuse - me traînent, me guident. Le sol défile d'une vélocité croissante sous mes pieds balant, la friction rend l'air étouffant. Le vertige fait tourner des images d'une autre vie, ailleurs, en des paysages hallucinatoires. Le temps se tord pour mieux se compresser, jusqu'à se figer complètement : arrêt aussi brutale que salvateur. Un couloir polycromique m'aspire toujours plus bas vers moi-même. Les sous-basements ressemble un peu à mon enfer. L'enfer, c'est les autres. Suis-je seul ? J'ai presqu'atteint le précipice. Ce n'était que le fantasme recouvrant mon âme telle une tâche d'huile. Les astres ne me regardent plus, ils se livrent à des jeux oubliés. Qui suis-je pour n'être autre chose qu'un spectateur ? Leur mouvement enluminés durent plus d'une eternité pour s'accomplir sans s'annoncer. Le combat fait rage. Plus rien n'a de déroulement, tout se supérpose. La violence douce-amer attrophie ma vision. Un don de destruction pour une obole de vie. Un sacrifice de vie pour une offrande de mort. L'alchimie universelle. Le juste retour du chaos. La toute première règle oubliée réécrite. Il n'est peut-être pas trop tard. Je saute dans l'habitacle et actionne tout ce que mes bras m'autorisent d'atteindre. Le mur du son me brise de deux côtés. La vérité se plie. Je me réveille, les oreilles m'hurlant des choses belles à pleurer. Je crie pour que le temps reprenne son cours. 

Je me lève de ma couche et, encore saoûl des chuchotements de Morphée, j'aggripe une feuille et j'y couche de la pointe d'une mine :
"Pour finir, avec ce deuxième album, plus spleen que jamais, les Hopesfall signe donc leur pièce maîtresse. Le gutiariste Ryan Parrish ayant eu la bonne inspiration de reprendre le micro à son compte, les vocaux sont, certes conventionnels, mais bien plus complets, sans perdre en honnêteté. Cette galette faite de mélancolie et d'énergie affiche son space rock d'un artisanat qui ne relève pas de l'hardcore technique mais du progressif. Les structures allambiquées sont cependant ornementées de lignes (dont cette basse magique de Chad Waldrup) claires où l'hardcore est tellement "post-" qu'il n'a pas peur d'être presque indie. L'album ne manque pas d'idées (de breaks magnifiques au claquements de main en passant à des arpèges fins) et cette succession de courts morceaux forment une mosaïques, comme autant d'escale à un voyage. Un album magnifique." Merde, j'ai peut-être oublié d'écrire le début de ma chronique.

A
(Satellite's gone up to the skies
Things like that drive me out of my mind)

samedi 18 février 2023

Satyricon - (1996) Nemesis Divina


Le black metal de 1996 voit naître deux de ses albums les plus marquants. La seconde vague bat son plein et tant de chose reste encore à dire. Burzum claque son chef-d'œuvre Filosofem, Satyricon, après deux excellents albums en forme de travaux préparatoire, s'applique à sortir le sien : Nemesis Divina. Dans la continuité des albums précédents, la musique du duo s'assombrit toujours plus, toujours plus violente, plus intense, menaçante, désespérée, suffocante,...

Alors que le disque prend vie dans nos oreilles, chaque seconde de haine compacte nous est craché au visage et aucun répit n'est prévu jusqu'aux derniers instants de musique. Cet album n'a pas besoin de chronique, il a besoin d'être écouté, la moindre notes est à sa juste mesure, chaque break à sa juste place, bénit par la bonne (ou la mauvaise) fée du talent. Un peu comme si chaque riff était écrit à l'avance, à une époque révolue, et que Satyr avait trouvé la pierre de rosette pour les déchiffrer. On retrouve cette touche médiéval qui fit la recette de leur succès précédents, tombant même, par moment, dans l'épique (presque à la mode des Summoning contemporain). A l'instar de certains artistes néo-folk, mais dans un habillage de bile et de sang, les norvégiens font ressurgir, telle une madeleine de Proust, les sensations nostalgiques de lointains souvenirs que nous n'avons jamais vécu. Et le tour de force est là car, malgré tant de noirceur et de débauche technique, ils ne travestissent en rien la nature intrinsèque de leur art. 

Plus direct mais pas moins cinématographique et on ne peut plus mélodique, ses sept longs titres à tiroir, pour autant de marches sympho infernales, armés de leur pianos dépressifs, de leur chœurs fantomatiques, de leur coup de gratte de ménestrels et de leur nappes brumeuses  sont de véritables tubes en leur genre. Pas de ceux qui font bouger en boîte, de ceux qui font bouger la tête et soulever les cœurs musicos curieux (et certains estomacs). Chef-d'oeuvre.

A+
(biberonnés au sein de Mère Nord)

mardi 31 janvier 2023

Noir Désir - (2020) Débranché


On n'attendait plus vraiment une sortie de Noir Désir. Peut-être qu'on s'en foutait un peu. Vu qu'il était impensable de voir émerger des titres inédits, on pouvait toujours s'attendre à des bandes perdues, des chutes de studio,... Le problème, souvent, c'est que si on n'a pas trouvé ça une super bonne idée de le sortir avant, c'est que ça en est peut-être pas une... Ou alors des prestations en publique. A quand un gig complet datant de la tournée 666.669 Club ? Au final, Barclay nous monte un album acoustique. Pourquoi pas. Vu qu'à priori le vinyle a la cote et que les gens sont près à payer n'importe quoi si ça a l'air collector, autant sortir non pas un vinyle, mais deux vinyles : pas un 45 ou un 33, les deux.  

Sur le 45t est gravé l'enregistrement du passage du groupe à l'émission Much Electric, à Buenos Aires en 1997 durant la tournée 666.669 Club (bah, tiens). Et le son est assez misérable... Problème d'ingénierie ? De budget lors de l'enregistrement ? De conservation des bandes ? C'est dommage, surtout que la participation d'Ákos Szelevényi, saxophoniste hongrois, ayant déjà participé à l'album imprononçable su-nommé, est remarquable. On se consolera en se disant que des cuivres et un son parasité, ça fait vintage. Sans rire, bien qu'un véritable cachet s'en dégage, ça reste étrange et même douteux de fournir une telle qualité acoustique sur un enregistrement professionnel, enregistré en 1997, distribué en 2020. Bref, qu'en est-il des prestations ? Un Jour En France, où le saxophone virevolte, passe l'exercice de style assez facilement. Fin de siècle, peut-être le plus scarifié par sa qualité sonore, reproduit une ambiance particulière, plus spleen, plus mélancolique, plus désespérée. Choix intrigants, Song For JLP, n'est plus cette hidden track bizarre mais un titre country aux effluves éthylique et Back To You, une très bonne face-b, est joué avec énergie, fraîcheur et réussite. En résumé, la talent transfigure la technique. 

Quand le diamant vient se coller sur le sillon du plus large des deux disques, on ne peut-être tout à fait préparer à ce que l'on va entendre. Vous avez déjà eu la chaire de poule à l'écoute de Si Rien Ne Bouge ? Vous n'imaginez pas. La version immortalisé à la radio milanaise en octobre 2002 est un véritable joyau, de ceux qui cristallisent les émotions les plus fortes, qui font briller chaque instruments de la manière la plus éclatante. Le Vent Nous Portera ? Facile, il suffit de glisser de l'electro-acoustique à l'acoustique. Non. Faut-il encore l'habillé de sentiments et d'authenticité, ce qu'ils n'auraient pas pu aussi bien faire qu'avec cette interprétation habitée.  La version americana de L'Homme Pressé renvoi une bonhomie et un plaisir communicatif. Toute la sensibilité à fleur de peau du Des Visages, Des Figures est transcendée quand elle est épurée de son électricité. Les Ecorchés n'en perd pas une goutte d'énergie et A l'envers, A L'Endroit, ce grand morceau, déjà sublime en condition electro-acoustico-live, a tout le temps de déposer à nos pied sa poésie. En clôture, Song For JLP résonne une seconde fois, toujours très bon mais cette fois-ci avec un vrai rendu sonore. J'imagine que ça justifie le doublon. 

Et bien, malgré la démarche qui ne dupera personne, voici quand-bien même un disque à l’interprétation titanesque, qui ne manque pas d’intérêt. Ceci en tenant compte des situations : en pleine tournée des plus rock pour 1997, lors d'une tournée 2002 où les claviers et l’électronique s'invitent plus que jamais dans le paysage musical du groupe. Un vrai travail d'auto-réinterprétation. C'est cher payé la fantaisie du double album mais ce serait aussi passé à côté d'une pièce indispensable pour les fans. Sinon, ça existe en CD pour les vieux et les gens pas cool, et en streaming, mais parait que c'est mal... Vous voyez où je veux en venir.

A-
(j'ai douté des détails, jamais du don des nues)

lundi 30 janvier 2023

Slipknot - (2014) .5: The Gray Chapter


XIX, ouvre le bal masqué avec une mélodie marquante, toute l'énergie et les profondeurs du désespoirs. Cette excellente intro est marqué par une ambiance lourde et profondément déprimée. Les 9 ont, en six ans, affronté deux drames humains. Leur bassiste Paul Gray meurt d'une overdose de morphine. Le groupe n'a jamais caché les tensions explosives entre ses membres mais ont toujours revendiqué leur fraternité profonde. Le nouvel album sera entièrement dédié à Paul. De son côté, Joey Jordisson, la légende vivante, se voit forcé de quitter, mis à la porte pour toxicomanie. Le seul membre du groupe dont le talent n'était souillé d'aucune critique négative, même quand il en faisait trop. Il s'est avéré qu'il n'en était rien : il souffrait d'un lourd problème dorsal.
Sarcastrophe, bourrin, relance cette bonne vieille habitude d'un morceau d'ouverture bas de plafond, pied au plancher. Sans réelle structure, le groupe ne se gène pas pour montrer toute l'étendue de leur savoir faire acquis avec le temps. S'ensuit l'un des plus grand morceaux de Slipknot à ce jour : le nommé AOV. Un morceau intemporel synthétisant tout leurs acquis et leurs talents. Tout le monde y est bon. La prestation vocale de Taylor est sans faille : mélodies, registres, justesse. Les riffs, les breaks, les reprises... et ce pont. Le nouveau venu, Alessandro Venturella, n'est pas là pour faire le compte et fourni ses parties de basse avec brio. Jay Weinberg, qui a la lourde tâche de remplacer le monstre au masque Kabuki, derrière les futs et dans le cœur de fan (et surtout des moins fans) s'en sort  haut la main : moins technique, plus organique, moins démonstratif, plus en feeling.

Le tube Devil In I, à la mélodie simple mais aux arrangements riches avance un moment intense avant le bonbon dark popisant Killpop, entêtant, sombre et à fleur de peau. Un morceau étonnant, dans lequel ils arrivent à donner froid dans le dos sans violence. Un curieux et authentique succès. Quelle ouverture d'album ! Mais ce n'est pas tout : Skeptic tout entier dédié à Gray, cristallise la tristesse et la colère d'une perte, avec ce chant hurlé, ses riffs assassins et sa batterie puissante. C'est d'une violence aveugle, c'est tellement honnête et touchant.

S'enchaîne toute une série de très bonnes choses. Que ça soit Lech, belliqueux, sonnant tel la bande son d'une tranchées souterraines. Goodbye, touchant, plein de ressentit, et sa basse magique (ils ont du talents pour les balades). Les comparses Thomson et Root nous y servent, sur ce titre comme sur d'autres, quelques solos réussis bien ficelés. Ils ne sont jamais là pour peindre.
Le FM Nomadic et son mélange entre Duality et Before I Forget, plus un petit feeling à la Left Behind (et tout ça sans copier) aurait dû être un tube. Le montage savant de plans sur le cathartique Custer font mouche tandis que le miraculé The Negative One, à l'instar d'un Pulse Of The Maggots 10 ans plus tôt, richement fait de bric et de broc tient la route malgré tout par une sorcellerie inconue. 

Bref, vous l'aurez compris, tout est bon. Et quand bien même The One That Kill The Least est ronflant, il n'est pas indigent. Le clap de fin revient au "morceaux à ambiance" If Rain Is What You Want, type du groupe : variations dans le tempo, l'émotions, cette basse magique, le talent de Jones et Wilson.
Outre le voix de l’expérience technique, le groupe a développé un sens de la temporalité et de l'équilibre  dans cette violence (qui reste leur marque de fabrique) pour un résultat heureux, bien aidé par une production aux petits oignons. Tout ceci explique également la grande réussite de ce disque sous-estimé par le commun des mortels mais également par la fan base de la nonette. Pour ma part, le choix est fait. Un autre authentique best-of d'originaux.

A
(et désolé pour cette tartine mais il y avait tant de choses à dire)

dimanche 29 janvier 2023

Converge - (2009) Axe To Fall


Six albums en quinze ans de carrière ; un presque sans faute dont un chef-d'oeuvre, de ceux qui redéfinissent les codes dans un genre pourtant compacte ; une suite spirituelle à la hauteur et cette dernière galette en forme de synthèse, en signe de chant du signe. Avec ce dernier don, le quatuor de Salem semblait arriver en bout de cycle. Que faire après tant d'énergie dépenser pour la cause ? Il leur restait une cartouche, une idée, qui leur trottait en tête depuis un moment...

Un album de collaborations. L'idée n'est pas d'hier. Nombre d'artistes ou de maisons de disques se sont déjà lancés corps perdu (ou pas, en fait) dans l'entreprise pour s’acquitter d'un contrat, pour remplir les bacs, pour faire tourner la machine, sous couvert d'un petit plaisir coupable, comme on ferait un album de reprises ou de remix. Est-ce que les Converge seraient à court d'idée ? Non. Cela reste un album de leur mains, ils composent et jouent sur tout, parfois seuls. Ils ne forcent jamais la collaboration, usant des intervenants quand meilleur leur semble.

En solo, ils ne se refont pas : Dark Horse, cavalcade heavy défonce tout sur son passage et ouvre la voie, tambour battant. Plus loin, ils se remettent au sludge sur Worms will feed/Rats will feast (plus converge comme titre, tu meures d'un AVC) aux ambiances sudistes. Le labyrinthique Losing Battle ; le lumineux Dead Beat ou le terrain miné Slave Driver, avec ses rythmiques de charges explosives, confirment cependant qu'ils savent toujours s'y prendre.

Les collaborations sont quant à elles de différentes natures, par coup de pouce, que ça soit un solo inspiré comme celui de Sean Martin d'Hatebreed sur le survolté Reap What You Sow à tendance new-yorkaise (évidemment) , ou l'hadoken musical Cutter avec le chanteur d'Himsa, qui vient conversé avec un solo de guitare verbeux, mais encore la participation d'Uffe Cuderlund (Entombed/Morbid, rien de moins) sur le loudringue Wishing Well, puissant et efficace.

Parfois, l'osmose prend des traits plus racé, en témoigne Effigy avec les potos de Cave In, à la guitare entêtante et cinématographique. Notons Damages où la quatre cordes de Trivikrama Dasa de 108 apporte une touche rampante et claustrophobe. 
L'un des moments marquants restent la participation gothic country de Steve Von Till (des éminents Neurosis) sur Cruel Bloom où sa personnalité avale tout autour, malgré la participation d'autres acteurs folk. 
Dans la même logique, les excellents Genghis Torn et Trap Them contribuent à ce moment cathartique et suspendu (dans la poussière) qu'est la longue balade glauque Wretched World.

Au final, quel disque ! D'une grande variété, maîtrisé, à l'honnêteté presque étonnante mais sans faille. Restant l'oeuvre de ses géniteurs avant tout mais affichant une grande fraîcheur, Axe To Fall fait plus que réussir son paris, en évitant les pièges, en restant authentique, entériné par une liste d'invités de grandes classe, judicieuse. Une leçon. 

A
"Anytime anybody writes a song, that's one less thing that you can do and still be original. You can't come along and write "Iron Man" today. All the heavy riffs that are that simple are already taken. So, you've gotta find new riffs, and as more of those become taken, there's fewer places to go."
Kurt Ballou

jeudi 26 janvier 2023

Coil - (1985) Scatology



Dans la foulée de l'enregistrement de leur premier EP, le duo poursuit son travail et cisèle son premier longue durée. Dans la logique thématique de cet effort, qui sonnait comme le sous-sol de leur édifice, les britanniques se lancent cependant dans une collection de morceaux, comme autant de pièce de puzzle, ou de vie, construisant cette demeure où l'on sniffe, on baise, on pique, on se déchire, on s'entre-déchire, on s'oublie, on se dépose, on se décharge, on créé...

Cet album est saisissant, de par son approche sans compromission, ses fondements résolument modernes voire avant-gardistes et son exécution maîtrisée.
Comme l'annonce Ubu Noir, avec ses boucles triturés, indéchiffrables, absent de tout instrument, construit de samples et de bruits, soustraits, rajoutés, modifiés, modulés et transformés en musique : l'approche Industrial réminiscente d'un Throbbing Gristle (TG) n'est déjà plus une démarche mais un mode de fonctionnement. En cet absence d'attachement à toute musique savante, ils rédigent leurs propres sciences, leurs propres codes. Genesis P-Orridge soulignait que TG était les seuls punks, de par leur vrai approche "non-musicienne" et le DIY permanent, mais là où les kids pouvaient se rêver aussi (peu) virtuose que leurs idoles, et le mouvement s'en nourrissait, le niveau d'expertise affiché par un Christopherson rabaisse toute velléité d'identification. Ils n'en ont pas besoin. Balance sera cette contre-balance, ce sel humain, ce facteur x, l’élément versatile. 
Comme sur ce Panic, un vrai plaisir d'ingé son où John hurle et geint comme un malheureux, la machine l'absorbant complètement. Les rythmiques sont multiples, les contre-points une base de travail. Un véritable hymne industriel qui renvoie à des Front Line Assembly, parfois Front 242 mais surtout Skinny Puppy. L'album est d'ailleurs très martial est reflète en cela son époque (je pense à ces Aqua Regis et Solar Lodge qui partagent leur sonorités avec celle des contemporains Einsturzende Neubauten). Ce somptueux Restless Day, à l'instru tendue et à la mélodie vocale de comptine, le tout saupoudré des bruitisme malsain au feeling neo-folk. Difficile d'imaginer qu'approximativement toute la scène industrielle des années 80 et 90 n'ai pas été influencé dans la plastique, la rythmique, les sons et la structure de morceaux comme ceux-ci.

L'ambiant At The Heart Of It All, dont les moments de recueillement se voient striés de longues complaintes electroniques stridentes et de quelques notes de piano spleen nous pose la question : est-ce au cœur de l'enfer que celui-ci est le plus calme ? Un de ces morceaux qui raconte une histoire au même titre que l'interlude Clap, halletant, ou l'entraînant GODHEAD = DEATHEAD.

S'il faut chercher la bête, on trouve toujours, la prestation de John montre très vite et clairement ses limites techniques, sans compromettre son intégrité et son authenticité mais la limitant cruellement. Sur le pourtant très intéressant Tenderness Of Wolves, son chant suintant la dépravation en deviendrait caricatural s'il n'était subtilement couplé à cette rythmique assommante, ces cris d'enfants et ses nappes humides. Même constat sur le schizophrénique et maladif The Spoiler qui, en outre, sans être raté, souffre de sa rythmique frénétique. Cherchant une musique rituelle et spirituellement stimulante, le groupe n'aide pas vraiment son album en y appliquant avec une telle assiduité des structures répétitives, qui peuvent sembler redondantes. 

Le disque se termine originellement sur une autre belle histoire, le solennel Cathedral In Flames. Certaines versions rajoutent l'excellente et cultissime reprise grave et lourde de Tainted Love de Cold Cell (et son clip dingue). Un morceau d'histoire se referme ainsi qu'un grand moment de musique. Un premier LP encore fragile, parfois rattrapé par ses intentions et convictions mais dégageant une vraie personnalité et une sensibilité propre, servant de terreaux fertile à tant d'esprits créatifs ultérieurs. Absolument fascinant.

A-
(y a un cul sur la pochette, lol)

samedi 21 janvier 2023

melvins - (1991) Bullhead


Avec ce nouvel opus, les Melvins clôturent ce que je me permet d'appeler leur trilogie de béton : du lourd béton gris, celui qui macule le mur humides des caves. Les trois de Washington poursuive sur la même voie thématique en aiguisant le style, poursuivant leur lente mutation. Les morceaux se structurent de manière plus conventionnelle mais sans perdre en essence, moulant plus de formes à ce marasme punk. Les hostilités s'ouvrent sur Boris, la quintessence du melvinisme, tellement doom, aux riffs imparables. Huit minutes de tube sludge. La torrent de décibels se poursuit sur Anaconda Buzzo beugle comme un rageux avant de tendre la corde sur Ligature, prette à craquer. 

L'album, charnière, incarne la mémoire du passé, un instantané de l'instant et les prémisses du futur. Le plus stoner du trio à ce jour, tel ce If I Had An Exorcism, dégoulinant, qui s'échoue presque en drone ou Your Blessened, incandescent, sur lequel ils prennent de la hauteur et flottent dans le désert spatial. La galette poursuis la mission débutée sur son prédécesseur et ouvre les portes au grundge naissant (et l'arrivée d'un certain Houdini) avec It's Shoved. La basse de Tori Black groove sur ce titre post-hardcore,  mais résolument alternatif et rock'n'roll. 

Pour claquer définitivement leur premier chef-d'oeuvre, ils nous achèvent sur le heavy et urgent Zodiac et le furieux rodéo Cow dont l'outro en solo de batterie de 2 minutes, bien lourd, nous drague avec un de leur plus beaux atouts, le feeling de Crover, comme le déhanché d'une vieille pute. Ah ! Les salauds...

A
(chez Boris, c'est soirée disco)

lundi 16 janvier 2023

Noir Désir - (2022) Comme Elle Vient



Que faire de cet LP ? 20 ans après la fin de cette tournée mythique, 17 depuis le En public qui le deviendra bien vite, tout comme son DVD compagnon En Image ? Barclay cherche dans le fond de ses tiroirs quelque chose à se remettre sous la dents, puisqu'ils n'ont pas omis de laisser retomber les grands vents des anciennes tempêtes. En soi, on a toute les raisons de dire merci après l'intéressant Débranché et l'indispensable Elysée Montmartre 91 sortis dernièrement. Mais tendez l'oreille, ce concert vous sera peut-être familier, pas uniquement car une autre galette de la tournée est déjà sortie, mais bien car le son est celui du concert intégral du disque vidéo su-mentionné : le live à Evry de 2002, une des ultimes dates de l'ère Des Images, Des Figures. Un concert à l'image de la tournée : incroyable, s'il faut le dire, aux ambiances profondes et subtiles.

D'un point de vue  technique, le son est presque parfait. On peine à croire à un enregistrement en direct outre l’interprétation. On note un mixage qui fait la part belle aux ambiance et instrumentations, la voix de Cantat étant plus en retrait et le public ne faisant que de brèves apparitions. Après cette longue tournée, le groupe est rodé, à son sommet artistique, le moindre arrangements, comme autant de friandises, sont éprouvés et leurs morceaux apparaissent tel leur état définitifs. De facto, la mosaïque que forment les morceaux est plus profonde mais moins énergique, moins hargneuse. C'est très bien aussi.

L’exécution est habitée, comme toujours, fumeuse, en témoigne cet éternellement magnifique Si Rien Ne Bouge. L’exalté Les Ecorchés répond à un Pyromane, tout en mesure, en émotions et contrastes. Septembre En Attendant se métamorphose en jam atmosphérique, plus Led Zep que jamais, sans oublié l'odeur de poudre d'un One Trip One Noise, qui n'aura jamais été aussi hallucinatoire et brouillant. Jusqu'au bouquet final, tout ce qu'il faut est là.

Mais... Avait-on vraiment besoin de ce disque ? Alors que cette tournée fut presque enregistrée sur toute ses dates ? Qu'il existe sûrement des prises pro d'une poireauté de gigs inédits ? On attend toujours une chute de la tournée 666.667 Club... Que faire de cet LP ? Le (ré-)écouter ? OUI, ne nous privons pas de belle chose. Le (r)acheter ? Mais plutôt crever.

Et donc :
comme dans Artistiquement : A
comme dans Démarche : D
(Quand on vivait mieuxIl y avait Paul et Mickey on pouvait discuterMais c'est Mickey qui a gagné)

dimanche 1 janvier 2023

Fripp & Eno - (1973) (No Pussyfooting)

Sur Discogs


Il n'a pas encore commencer de carrière solo qu'il avait déjà enregistré un album. Roxy Music bat le fer, il est chaud ; Brian s'en va Enoïsé dans son coin avec la participation du camarade Robert  Fripp. Le terrain de jeu ? Un principe tellement simple : des nappes de claviers générées plus ou moins automatiquement sous les programmations fantaisistes d'Eno, tandis que Bebert triture sa guitare, fait jaillir des arpèges vers les abîmes d'une autre dimension. Normal.

Et la (non-)musique dans tout ça, outre ces considérations d'ingé-sons? Le LP se divisent en deux morceaux, chacun remplissant une face. La première se voit scionnée d'un long titre, entre organique et mécanique, du doux nom The Heavenly Music Corporation. Le légendaire guitariste appose avec parcimonie quelques jets de sa "Frippertronics" sur un mur de gris, quelque chose entre les cris primaux des profondeurs hadales et les conversations astrales. Probablement la première option, car la seconde face, pour un autre visage au travers des miroirs, Swastika Girls, cette spirale ascendante, nous emmène vers un autre endroit. Qu'importe la destination : le voyage, tout ça... 
Le contraste entre la machine et l'humain, entre le froid du néant et le réconfort d'une voix, est touchant.

Ce qui est intéressant sur cette galette, c'est que dès ce premier manifeste des théories musicales d'Eno (minimalisme, musique auto-générés, programmation plutôt qu’exécution,...) le résultat est plus que concluant et, mieux, l'émotion est présente. Cependant, il n'a pas encore atteint l'apex de sa pensée et la patte (Frippienne) de l'humain (mais est-il vraiment humain ?) est omniprésente. Ses questions resteront donc encore en suspens. Mais ne s'annulent-elles pas quand on les pose ? Qu'importe les moyens, la fin les justifieront toujours...

A-
(no pussy-shitting)


vendredi 28 octobre 2022

sunn O))) - (2002) Flight Of The Behemoth


Quand on trouve une formule qui fonctionne, il reste trois options à exploiter : soit on la répète, soit on la diversifie, soit on la pousse jusqu'à son comble. sunn O))) applique les trois simultanément. Quand sonne Mocking Solemnity, on ne sait trop si un moteur démarre ou s'il s'agit du souffle d'une force païenne. Quand Wagner écrivait le souffle de vie en ouverture de L'Or Du Rhin, le duo de la cité émeraude écrit le souffle de mort. Cette longue pièce introductive à la suivante, ambiante et menaçante, à la texture gigantesque, marque l'envol pataud du behemoth.

S'enchaîne donc Death Becomes You, qui porte merveilleusement bien son nom en peignant d'un noir de jet épais le ciel de cet au-delà. La composition de ce paysage au fusain ressemble à s'y méprendre à quelques autres exquises de leur premier effort mais les couleurs se veulent ici encore plus profonde, le son encore plus intense, d'une densité encore plus lourde. Une sorte de paroxysme du savoir-faire des chevelus de Seattle pour un véritable tube drone.

La grande attraction de cet LP reste la participation de Masami Akita (aka Merzbow). La pop star du bruitisme nippon mixe et glisse sa patte sur deux titres (O))) BOW 1 et 2). Le premier ressemble un peu plus à son "Parent 1" à cordes, avec cette épaisse matière drone, tapissé de cet engrenage infernal, lancinant, ponctué de quelque notes de clavier maladives. Cette introduction ouvre les hostilités au second mouvement, qui porte les traits de son "Parent 2" japonais. Véritable Pulse Demon à la sauce sunn O))), il évoque par moment un certain Kevin Drumm : corrosif, industriel, noise, mécanique... avant que ce clavier ne reviennent nous hanter. Comme le marteau de Siegfried  imposait le tempo de l'orchestre (encore Wagner, une simple suite d'idées), les instruments se font machines, déclament leurs tortures sur cette bise saturée, au reliefs multiples, avec ses strates de sons, menaçantes, glaçantes.

En épilogue, une autre reprise, For Whom The Bell Tolls de Metallica. Un riff par ci, un accord par là, rincés, triturés à un point de non retour, aucune place n'est laissé au matériel d'origine. Cette étonnante boîte à rythme et ces vocaux d'outre-tombe (qui évoquent un futur Black One) finissent de faire de ce morceau plutôt différent une vraie réussite.

Cette nouvelle plaque démontre que le duo à fermement l'intention de s'accrocher à leur concept, poussé toujours plus loin, ils l'exploreront jusque dans les moindres recoins et ils ne manquent pas d'idée pour y parvenir. Une nouvelle bande son pour L'Enfer glaciale d'Aligheri

A
(vrouuuuuuuu-tchip-tchip-crack-boum-ouuuuuuuuum)

dimanche 23 octobre 2022

Slipknot - (2004) Vol.3: The Subliminal Verses


Après un premier album rentré au panthéon du nu-metal (qu'on le veule ou non) et un second manifeste de noirceur, de haine et de pipi, les Slipknot étaient attendu au tournant, autant par leurs fans qui patientaient avant le retour du messie, que par les rageux qui entre-apercevait une nouvelle aubaine de cracher leur venin. Le résultat provoqua toutes les réactions attendues mais pas toujours dans le bon ordre. Car très rapidement, ce troisième volume affiche un changement de direction presque radicale et de sérieuses ambitions. Faisant feu de tout bois, le groupe se lance dans des structures plus alambiquées, des mélodies moins évidentes, une temporalité plus soignée. Les haters sont bien ennuyé de ne plus retrouver ce nu-metal si facilement concassable et les fans se sentent trahis. Que demander de plus ?

En témoigne ce Blister Exists à la batterie militarisante, le fulgurant Opium Of The People ou cet organique crescendo Three Nil, le groupe ne resucera pas sa formule mais a toujours l'intention d'en découdre. Les hurlements toujours plus maîtrisé de Corey Taylor, les riffs acérés et la batterie dantesque de Joey Jordisson (toujours aussi imposante jusqu'à l'excès, toujours aussi impériale) découpe ce maelström d'idées en cartouches empoisonnées à géométrie variable. En contre partie, la nonette nous livre quelques moments de recueillement tels le premier morceau, Prelude 3.0, balade résignée, un Circle à la mélodie soignée ou la balade industrielle de clôture Danger - Keep Away. L'occasion de parler de l'une des plus jolies audaces de l'album, le dyptique Vermillion. La première partie, un titre déstructuré, cathartique, à tiroir, pose une mélodie qui sera sublimée, quelque titres plus loin, dans un habillage électro-acoustique sensible, chœurs à l'appuis. Un contre pied total mais finement joué, un moment fort du LP. 

On parle bien de Slipknot. La violence et la hargne seront toujours leur marque de fabrique, ils ne les délaissent pas, il élargissent simplement leurs champs de vision. Une approche quelque fois étrange (sans aller jusqu'à dire expérimental) aux structures étonnantes, aux transitions parfois un peu abruptes, qui fournissent une atmosphère particulière à la plaque. Ce paroxysme sera atteint avec Pulse of the Maggots, qui sonne tel un pantin désarticulé peinturluré de toutes les nuances du rouge, gardant sa cohérence physique par quelque sorcellerie. 

Malgré quelques passages plus faibles (Welcome ou le bipolaire mais trop peu original The Nameless) la galette est une réelle réussite, qui demande plus de temps qu'un Iowa pour se révéler mais qui ne manque ni de morceaux efficaces, ni de bon moments. En affichant ce refus du surplace et l'envie de montrer l'étendue de sa personnalité, le groupe de Des Moines signe ici une missive ouverte à toutes personnes qui font siffler leurs oreilles.

A-
(definitively the pulse of the maggots)


jeudi 13 octobre 2022

Sunn O))) - (2000) ØØ Void


sunn O))) n’a rien inventé. Et l’existence même du groupe fait foi. Projet hommage assumé au groupe Earth, les anciens du génialissime Khanate et du culte Burning Witch s’allient pour former un projet de ce que personne n’appelait encore Drone Metal. La hype viendra vite, contre toute attente, à grand coup de concerts jusqu’en boutistes au sons sur-saturés, visages encapuchonnés et puissance sonore proche du viol. Du mystère, une plastique obtuse, un parti pris arty, LE truc que tout les gens un tant soit peu cool connaissent mais trouvent vachement underground.

Donc, ils n’ont rien inventé mais serait-ce une simple occasion de mettre en lumière l’obscur mentor sus-cité ? Le groupe chipe le nom d'une célèbre marque d’ampli pour devenir l’étoile dans le ciel noire des guitares lentes ? Car s’ils rendent hommage, ils poussent la formule encore plus loin, en un monolithe d’échos, de feedbacks et de modulations, totalement dépourvu de percussion ou de rythme, au-delà du raisonnable, au-delà du mur du son. Rock’n’roll. Le volume sonore, outre la puissance que l’on est libre d’y appliquer ("Maximum Volume Yields Maximum Results" indique très justement le livret), est proprement hallucinant. Un véritable monolithe de sons et de saturations s'abat sur l’auditeur. Un mur des lamentations, ponctué, dans le paysage lointain, de dissonances industrielles, lancinant. Il ne s’agit pas d’un simple exercice d'échantillonnage de bruits blancs, on parle bien de compositions à part entières, intrinsèquement menaçantes, inquiétantes, abasourdissantes… heavy. Les couches de matières noires se superposent, se complètent ou s’annulent et grouillent sur cette charogne nommée Richard.

Tantôt épique comme la nique, un morceau comme NN O))) s’écoute comme un hymne à la gloire de l'apesanteur. Des chants incantatoires compriment tous les péchés du monde en un bloc et le laissent s’écrouler sur l’humanité. Ou serait-ce quelques prières pour sauver nos pauvres âmes ? Peut-être dans le morbide vent purificateur de Ra At Dusk, tellement heavy, avec ce gros riff immensément pondéreux, qui évoque les Melvins quand ils collaborent avec Lustmord. Bref, que de l’amour.

Pour faire de l’improbable avec du curieux, le duo glisse une reprise (oui, une reprise) des Melvins (encore eux), Rabbit’s Revenge, un titre parfaitement inconnu que le trio de Washington jouait live à ses tout débuts. D’où les deux en toges ont sorti ce titre reste un mystère mais le résultat (de 14 min) se veut au final le plus étrange de la galette, dans lequel on reconnaît cependant les riffs griffés King Buzzo, passé au rouleau compresseur avec un groupe propulseur Red Bull Power Train (foutez-moi le copyright où vous voulez) et durant lequel on peut même brièvement entendre l’original samplé en surimpression. D’accord.

Un premier effort clairement réussi. Un feeling incroyable et une vraie volonté de composition. Une approche à la fois relativement intègre et relativement accessible (on reste loin du drone d’un Charlemagne Palestine) mais qui peut sembler redondant par manque de variété. Le projet creuse le lit dans lequel il va dorénavant se coucher et y faire des cauchemars variés.

A-
(vroooooooouuuuuum...)

vendredi 7 octobre 2022

Fugazi - (1988) Fugazi EP


Washington D.C., des gamins qui montent et démontent des groupes éphémères, une envie de changer le monde, de défoncer l'ancien... Tout les ingrédients sont là. Et parfois la sauce prend. Parfois des groupes restent et des légendes naissent. Il faut bien qu'elles commencent quelque part, par quelques circonstances, par quelque chose. Les Fugazi démarrent leur légende, qu'ils alimenteront en s'interdisant de la propager, avec ce premier EP auto-titré.
Aux premiers accord, ce sont certes des codes et des sons (harchi-)connus qui viennent frapper à nos tympans mais la différence est... dans l’exécution.

Loin de moi l'idée de dire que la plupart des gamins de l'époque étaient tous des poseurs... mais en fait, ouai ! Comme dans toutes les scènes, surtout celles dans leur ébullition fécondatrice. Et Fugazi arrive avec un vrai savoir, une expérience séminale non anodine et surtout une authenticité intacte.
Ils sont venus foutre des gnons, gueuler la misère, pleurer leur mal-être, revendiquer au nom de, menacer qui de droit. Ils emballent toutes leur énergie hardcore dans un écrin post-punk et te balance leurs présents (et l'absence de futur) à la tronche. Le post-hardcore écrit ses lettres de noblesse.
Du sang boue de milles idées et la pression pourrait faire sauter le couvercle à chaque instant.
En témoigne cette Waiting Room pleine à craquer de cet engagement, à la fois écorché et éclatant, au refrain imparable, limite skate.

On ressent de l'envie, celle d'en découdre mais d'y mettre les notes et les mots. Le plaisir, celui de faire du bruit, de jouer pour se faire entendre. Mais surtout un besoin, celui de laisser exploser les émotions, de faire parler ses ressentis, de taper du poing, de se sentir vivre.
Avec cette double voix, cette basse de premier plan, ces textes honnêtes et ce sens de la mélodie, le niveau de composition affiché est déjà à proprement parlé bluffant. La bouteille accumulée lors de leur vertes années paie cash. 
La suite arrive ? Vite ! Oui, très vite.

A
(we do are fucked up, get ambushed and zipped in)

The WRS - (2022) Capicúa

Sur Discogs Si tu sors plus de deux albums, en Belgique, t'es obligé d'avoir une couv' d' Elzo ( Le Prince Harry, My Dilige...