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lundi 24 avril 2023

Oxbow - (2017) Thin Black Duke


J'étais persuadé de ne plus jamais entendre parlé d'Oxbow, après 10 ans. C'est une bonne suprise, certainement, car ce groupe culte aura poussé cette notion à l'extrême. Normalement, c'est la postérité qui fait la renomé d'un groupe, les californiens étaient déjà cultes au printemps de leur vie active. Mais après dix ans, est-ce qu'un homme, et à fortiori quatre, peut-il revenir après avoir vu défilé tant de qualandes et garder le même esprit, la même envie, la même vision ?

Bhin, en fait, oui. No spoil : le premier titre met les choses au claire très rapidement en ouvrant sur tout ce que San Francisco a de plus glauque à offrir. Dans la droite ligné de "The Nercotic Story", ce noise blues continue d'explorer, comme si de rien n'était, le mariage avec l'instrumentation acoustique de type classique. Il s'en émane une musique plus classe et dramatique que jamais, plus guindée, délaissant une image hardcore pour une violence maitrisée, enfilant le chapon melon d'un Alex DeLarge.
Le piano fait des apparations d'autant plus marquantes sur cette galette, rappelant dans son jeu un illustre Nick Cave, mais dans ces douces cacophonies mélancoliques c'est Tom Waits qui, inévitablement, nous revient le plus à l'esprit, comme sur l'excellent "The Upper". Ces infinités de gris strident, ces violents horizons de noir et blanc, ces marées hautes plaintives s'entendent sur le rock jam "Letter Of Note", renforcé encore et toujours par ces instruments frottés. Ou encore sur "The Finished Line" de clôture qui nous glisse au loins vers les abymes célestes, sous les grognements d'agonie de ce grand malade d'Eugene.

L'apport d'une dimension classique ne dénature en rien leur musique, elle la dramatise et l'alourdie encore. Le groupe ne se perd pas dans ces décors : sur l'ambiant "Ecce Homo", il nous rappel les ambiances d'un "Evil Heat". Sur "Gentleman's Gentleman", énergique et surf décadant au chant Patton-ien, et le rock "Host", ils démontrent une envie d'en découdre gouleyante. En somme, on perd en spontanéité ce qu'on gagne en maîtrise. Mais, as trop réflechir, ne perd-t-on un peu d'essence ?
Ils sont frais comme s'ils avaient vingt ans mais sont mûres de tout leur savoir.

A-
(Bending sound, dredging the ocean, lost in my circleHere am I, flashing no colour)

mardi 28 mars 2023

Baby Fire - (2011) No Fear



Après l'experience Keiki, la vocaliste Dominique Van Cappellen se lance, sans Raphaël Rastelli, dans un projet exclusivement féminin pour un registre moins sophistiqué, plus sombre, saturé, mais non moins interessant. Le grunge industriel du power trio est carré, parfois heavy, les riffs y sont tranchant, les breaks assassins. Une des premières comparaisons, d'une très longue liste, serait Filter. Mais le groupe ne s'arrête pas à ça.

Dominique étale, mais à grande couche, tous son talent, le mot interpretation n'ayant jamais été aussi apropos. Ecoutez plutôt le stoner This Baby où elle frôle la schyzophrénie. Assaisonant chaque titre de son charmant accent anglais, le très bleusy Insect/Flower ou le heavy Dark Ages sonnent comme autant de variante britpop. Si ça peut vous brancher, on pourrait presque parler d'un petit côté Wet Leg bien burné (et bien avant l'heure) ou un Hole british (le FM I Love To Cook). La lourdeur, on peut en reparlé pendant longtemps sur le haché Fingers ou le rouleau compresso-Karma-To-Burné Worst Things, et ce sans perdre en fragilité : on le constatera sur la parfaite dualité de Sober.

Pour ce premier essai, les filles ont su s'acoquiné de quelques noms sympas, que ça soit le fidèle Raphaël sus-cité sur ce Half-Sick Of Shadows à la Soundgarden, ou avec Dana Schechter (mais si : Swans, Angels Of Light,...) sur le marécageau et lugubre Soap, d'une épaisseur hyper-saturée. La palme revient au Melvins-eux Bureau d'Echange Du Mal II: Dust Soup (haha, lol) avec, pemettez du peu, l'inénarable Eugene Robinson d'Oxbow où la tension atteint une beauté impérieuse.

Entre grundge, doom, noise rock, drone, toujours sur un format de chansons, pour l'ensemble très courtes, les belges mangent à tout les rateliers, avec force de personnalité et d'authenticité. La courte durée de l'album l'aide peut-être à se sauvé d'une rythmique parfois répétitive et un vrai sens du break tellement assumé qu'il en devient abusifs. Mais rien n'est jamais parfait et, bon dieu, ne nous privons pas devant une petite pétite qui mérite qu'on porte toute notre attention à ses créatrices. 

B++
(sturm und drang total dans ta face)

dimanche 29 janvier 2023

Converge - (2009) Axe To Fall


Six albums en quinze ans de carrière ; un presque sans faute dont un chef-d'oeuvre, de ceux qui redéfinissent les codes dans un genre pourtant compacte ; une suite spirituelle à la hauteur et cette dernière galette en forme de synthèse, en signe de chant du signe. Avec ce dernier don, le quatuor de Salem semblait arriver en bout de cycle. Que faire après tant d'énergie dépenser pour la cause ? Il leur restait une cartouche, une idée, qui leur trottait en tête depuis un moment...

Un album de collaborations. L'idée n'est pas d'hier. Nombre d'artistes ou de maisons de disques se sont déjà lancés corps perdu (ou pas, en fait) dans l'entreprise pour s’acquitter d'un contrat, pour remplir les bacs, pour faire tourner la machine, sous couvert d'un petit plaisir coupable, comme on ferait un album de reprises ou de remix. Est-ce que les Converge seraient à court d'idée ? Non. Cela reste un album de leur mains, ils composent et jouent sur tout, parfois seuls. Ils ne forcent jamais la collaboration, usant des intervenants quand meilleur leur semble.

En solo, ils ne se refont pas : Dark Horse, cavalcade heavy défonce tout sur son passage et ouvre la voie, tambour battant. Plus loin, ils se remettent au sludge sur Worms will feed/Rats will feast (plus converge comme titre, tu meures d'un AVC) aux ambiances sudistes. Le labyrinthique Losing Battle ; le lumineux Dead Beat ou le terrain miné Slave Driver, avec ses rythmiques de charges explosives, confirment cependant qu'ils savent toujours s'y prendre.

Les collaborations sont quant à elles de différentes natures, par coup de pouce, que ça soit un solo inspiré comme celui de Sean Martin d'Hatebreed sur le survolté Reap What You Sow à tendance new-yorkaise (évidemment) , ou l'hadoken musical Cutter avec le chanteur d'Himsa, qui vient conversé avec un solo de guitare verbeux, mais encore la participation d'Uffe Cuderlund (Entombed/Morbid, rien de moins) sur le loudringue Wishing Well, puissant et efficace.

Parfois, l'osmose prend des traits plus racé, en témoigne Effigy avec les potos de Cave In, à la guitare entêtante et cinématographique. Notons Damages où la quatre cordes de Trivikrama Dasa de 108 apporte une touche rampante et claustrophobe. 
L'un des moments marquants restent la participation gothic country de Steve Von Till (des éminents Neurosis) sur Cruel Bloom où sa personnalité avale tout autour, malgré la participation d'autres acteurs folk. 
Dans la même logique, les excellents Genghis Torn et Trap Them contribuent à ce moment cathartique et suspendu (dans la poussière) qu'est la longue balade glauque Wretched World.

Au final, quel disque ! D'une grande variété, maîtrisé, à l'honnêteté presque étonnante mais sans faille. Restant l'oeuvre de ses géniteurs avant tout mais affichant une grande fraîcheur, Axe To Fall fait plus que réussir son paris, en évitant les pièges, en restant authentique, entériné par une liste d'invités de grandes classe, judicieuse. Une leçon. 

A
"Anytime anybody writes a song, that's one less thing that you can do and still be original. You can't come along and write "Iron Man" today. All the heavy riffs that are that simple are already taken. So, you've gotta find new riffs, and as more of those become taken, there's fewer places to go."
Kurt Ballou

samedi 28 janvier 2023

La Muerte - (1987) Every Soul By Sin Oppressed


La Belgique n'était pas prête à ça. Alors qu'à la même époque les controversé Front 242 durcissent le ton et intimident les ménagères de plus de cinquante ans, les La Muerte déboule par la porte arrière et te fout un pied dans la gueule. Tout de noir, mèches rebelles, sourires d'enterrement, on dirait un groupe cold wave : il n'en est rien. Porté par un chant sale et agressif, expliquant l'étiquette métal qu'on leur colle, leur punk blues très heavy et noisy soulève un nuage de poussière opaque. 

Pied au planché, So Bad, impérieux, t'envoie toute sa délicatesse à la figure avec authorité. Burné, la plaque enchaîne les rafales de plomb : l'urgent Big Trouble, près à en découdre avant d'être rattrapé ; Banjo King bluesy, schizo et musclé à souhait ; ou encore Motorgang, où l'on suit les routes filant à perte de vue, sous la chaleur du goudron, à travers des plaines aux odeurs arides, jusqu'au prochain bar à whisky (à en croire le clin d'oeil à l'Alabama Song glissé entre les gémissements animaux de Marc de Marais).

Relevons l’apparition par deux fois de l'ami Arno (Hintjens) à l'harmonica. La première fois sur la très longue complainte, The Rope's Around Your Neck, balade blues désespérée, résignée, au bord de la folie, chant à bout de souffle et cet harmonica qui geint. La seconde sur une reprise soufré de l'increvable Mannish Boy de Muddy Waters et son chant menaçant, enragé. Une intervention inspirée qui nous rappel qu'il ne manquait pas de feeling (et qu'il nous manque tout court).

L'album se termine sur l'instrumental Guilty, aux ambiances de brasero, où Dee-J sème ses arpèges à la fois spleen et sombres suivi de You're Not An Angel, tendu et oppressant, au porte de l'ambiant. Un premier LP pas pour rigoler où le groupe établie solidement les bases de son style pour les plus de 30 prochaines années et développe son univers entre western spaghetti, gang organisé et psychopathie. A l'époque, il y avait Dorothée qui arrivait à la télé. On était vraiment pas près à ça.

B+
(oil sex whiksy)

The WRS - (2022) Capicúa

Sur Discogs Si tu sors plus de deux albums, en Belgique, t'es obligé d'avoir une couv' d' Elzo ( Le Prince Harry, My Dilige...