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mardi 28 mars 2023

Baby Fire - (2014) The Red Robe


La musique de Baby Fire se construit toujours sous forme de chansons au sens traditionnel, mais encore une fois, entre la structure carré du rock industriel et, ici, le son noire du doom. Le noir et le blanc des notes offrent à ce nouveau tableau une infinité de gris, entre glauque et horrifique (Dogs), tantôt gothique (le ritual Cold, qui porte bien son nom) tantôt sacré (quelques choeurs éparses).

La voix chaude et habitée de la britannique Dominique Van Cappellen humanise avec élégance et profondeur des riffs glacé, flirtant avec la Cold Wave (dont cet excellent Victory, très Joy Division). Mais les filles ne font pas les choses simplement et les lignes se brouillent à nouveau : les ambiances funeral doom-esque du morceau titre répondent aux lourdes gouttes de plomb des lugubre arpèges de guitare southern rock tandis que le rock grungisant se marie au post-punk ethereal.
Notons également le très martial et intense Mother, le space-doom occulte de The Perfect Dress, la balade noisy At The Very Heart ou le fragile Secret Ceremony.

Cette seconde oeuvre du power trio le plus déprimant de Bruxelles nous promet un séjour dans une demeure hantée durant lequel on doit se résigner à y rester piéger, toute issues étant impossible. Un peu comme un mash-up entre le Nosferatu de Murnau et The Shining de Kubrick. La plaque se finit sur le très Oxbow (bah tiens!) The Lit Light avec ses relents Ministry-ien, qui résume bien toute la joie de vivre mais surtout l'originalité et le bon goût de ce projet qui mérite toute l'attention qu'on a pu lui porter. Encore ! Qu'on se marre !

B++
(i do not want to shock the neighbours)

vendredi 14 octobre 2022

Melvins - (1989) Ozma


Une batterie pataude, du blast, des cordes rondes et baveuses, les Melvins. Second album - seulement, et un son, à eux, reconnaissable entre tous, pas besoin de rodage. Pour leur deuxième tentative, ils reprennent les négatif de leurs premiers clichés. On décompresse les morceaux, on crée des espaces, pour mieux laisser les instruments respirer, dégouliner, s'épanouir. 

Plus aérés, plus mélodiques, légèrement plus conventionnels dans leur structure, les titres s'embourbent dans un marécage de sludge, entre-coupés de fulgurances glauques. On se laisse aller à tous les possibles : qu'importe, le moyen justifiera la fin. Le trio s'ouvrent aux consonnances métalliques (Let God Be Your Gardener, le tendrement heavy Agonizer) ou encore le proto-grundge (Raise A Paw)  dans des ambiances post-apo (Ever Since My Accident), menaçantes (Koollegged), désespérées (At A Crawl), balistiques (Révulsion/We Reach)...

On jam en masse et découpe en tranches post-punk variées, on sert froid et sale. A l'image de la basse claquante de Lori Black. La batterie organique de Dave Crover, hantée, apporte beaucoup aux tons et ambiances. L'homme prend un plaisir de musicos communicatif (Cranky Messiha) usant de ce feeling qui deviendra légendaire pour laisser éclater ses idées finaudes. A noter, sous le titre Love Thing, une première reprise KISS (Love Theme From KISS), leur grand amour d'adolescence. Pour clôturer, ils grungisent avec réussite le Candy-O des Cars. On en est plus à ça.

Un second album dans la suite logique du premier, peut-être moins spontané, plus ouvert. Les fauves y poursuivent leur évolution en milieu naturel.

B+
(Mighty Miracle Show Of 1000 Delights !)


vendredi 7 octobre 2022

Fugazi - (1988) Fugazi EP


Washington D.C., des gamins qui montent et démontent des groupes éphémères, une envie de changer le monde, de défoncer l'ancien... Tout les ingrédients sont là. Et parfois la sauce prend. Parfois des groupes restent et des légendes naissent. Il faut bien qu'elles commencent quelque part, par quelques circonstances, par quelque chose. Les Fugazi démarrent leur légende, qu'ils alimenteront en s'interdisant de la propager, avec ce premier EP auto-titré.
Aux premiers accord, ce sont certes des codes et des sons (harchi-)connus qui viennent frapper à nos tympans mais la différence est... dans l’exécution.

Loin de moi l'idée de dire que la plupart des gamins de l'époque étaient tous des poseurs... mais en fait, ouai ! Comme dans toutes les scènes, surtout celles dans leur ébullition fécondatrice. Et Fugazi arrive avec un vrai savoir, une expérience séminale non anodine et surtout une authenticité intacte.
Ils sont venus foutre des gnons, gueuler la misère, pleurer leur mal-être, revendiquer au nom de, menacer qui de droit. Ils emballent toutes leur énergie hardcore dans un écrin post-punk et te balance leurs présents (et l'absence de futur) à la tronche. Le post-hardcore écrit ses lettres de noblesse.
Du sang boue de milles idées et la pression pourrait faire sauter le couvercle à chaque instant.
En témoigne cette Waiting Room pleine à craquer de cet engagement, à la fois écorché et éclatant, au refrain imparable, limite skate.

On ressent de l'envie, celle d'en découdre mais d'y mettre les notes et les mots. Le plaisir, celui de faire du bruit, de jouer pour se faire entendre. Mais surtout un besoin, celui de laisser exploser les émotions, de faire parler ses ressentis, de taper du poing, de se sentir vivre.
Avec cette double voix, cette basse de premier plan, ces textes honnêtes et ce sens de la mélodie, le niveau de composition affiché est déjà à proprement parlé bluffant. La bouteille accumulée lors de leur vertes années paie cash. 
La suite arrive ? Vite ! Oui, très vite.

A
(we do are fucked up, get ambushed and zipped in)

mardi 20 septembre 2022

Wet Leg - (2022) Wet Leg


Une histoire aussi improbable ne peut pas s'inventer. Sur l'Île de Wight, il n'y a plus de hippies depuis longtemps, parfois un festival et même une université. En dehors des cours, on s'ennuie vite à l'Île de Wight, et quand on commence à avoir la bougeotte, faire la fête, c'est pas mal. Et quand on a pas de musique pour s'amuser, on en fait soi-même. En dehors des cours, les deux comparses de ce qui deviendra les Wet Leg se mette à faire de la musique ensemble, mais ce n'est qu'après quelques années de symbiose qu'elles forment ce projet et auto-produisent un titre devenu viral : Chaise Longue. Véritable tube hyper-dansant, la hype se construit autour d'un futur album et la suite se fait attendre. 

Bien décidées à ne pas réitéré la même formule, le duo accouche d'un album varié, aux textes modernes, un brin féministes, pas démagos, définitivement seconds degrés, aux consonances très brit pop (Wet Dream), pop rock (Oh, No), balade pop (Loving You) , flowerpower (Supermarket, très Beatles), dreampop, sunshine pop à la Mama's & The Papa's (Angelica),... 
Notons d'autres très bonnes surprises dont un autre tube imparable, le power brit pop Ur Mom, inexorablement entraînant ; mais encore l'étonnant Convincing qui nous charme avec cette voix à la Lana Del Rey mais aux accords et contre temps intimidants ; la douce balade Piece Of Shit, terriblement nerveuse ou Too Late Now, spleen et noisy.

Se referme une collection de chansons pleines de variétés et de contrastes, aux idées diverses, jouant sur des multiples variations autour de motifs simples, mais aux structures qu'ils ne le sont pas toujours autant.
Un album charmant avec sa naïveté et ses petits défauts, sa maîtrise et ses folies. Une parenthèse d'un fun contagieux. Honneurs aux dames.

B+ 
(like all day long on the chaise longue)

The WRS - (2022) Capicúa

Sur Discogs Si tu sors plus de deux albums, en Belgique, t'es obligé d'avoir une couv' d' Elzo ( Le Prince Harry, My Dilige...