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mardi 25 avril 2023

The WRS - (2022) Capicúa



Si tu sors plus de deux albums, en Belgique, t'es obligé d'avoir une couv' d'Elzo (Le Prince Harry, My Diligence, Les Anges,... mais aussi La Femme ou King Gizzard And The Lizard Wizard). C'est fait. Les WRS sont chez les grands. Ils en étaient où encore ? Ah oui : leur surf rock psyché au son garage cra-dingue. Ils reprennent simplement leurs pédales d'effets là où ils les avaient laissés. Mais c'est plus musclé, définivitivement : il faut esquiver les coups, enjambé les solos déchirés, courber l'échine pour ne pas se prendre un reverbe. Car ça part vite, dès le frontal et hypnotique "I Don't Know", direct, plus vraiment psyché, effréné... rockabily. "To Black To White" ou "Do It" enfonceront avec nervosité la baffe, on sait jamais.
Plus verbeux, les textes sont de toutes façon inintelligibles, car on a pas le temps d'écrire ici, on jam. Le plus simple des morceaux sera soit bref, soit à rallonge, laissant libre court à la complicité, au sourires en coin, au frissons dans les reins. C'est un peu comme si la version album, c'était déjà la version augmentée du live. Le stoner "Everyday", avec ses relents Woodstockiens en est l'exemple le plus... suffocant. Vous comprenez, la fumée. 
Peut-être celle du calumet de la paix, celui qu'on se fait passé sur "12 Strings For You", qui goûte la poussière pâteuse du grand ouest, les pleines arides, les cactus, les panchos.
Les namurois nous offrent leur opus nord-americain, entre road trip halluciné et enterrement de vie de garçon qui tourne en eau de vie. Une exploitation plus juste de leur matériel emmène le trio toujours plus loin sur l'horizon frémissant par les rayons de plombs. On claque les 10 dernières minutes sur le ZZ Top sous acide "My Lover's Gone", en souriant de tous ses chico(t)s . Plus sombres, plus sales, plus brillant, moins rigolards, mais toujours aussi fun.

B
(like in a good ol' days, the good ol'days)


lundi 24 avril 2023

Coil - (1987) Gold Is The Metal (With The Broadest Shoulders)


Plus d'un vous dirons que Coil a sortit deux chefs d'oeuvres en autant d'album. La suite se fera attendre. En sortant "Gold Is The Metal", les britanniques veulent laisser de l'espaces à ces morceaux inachevés, ces chutes, ces versions alternatives. Cette compilation serait un package séparé, indique le groupe, une réminisance de ce qui fut. Ils tentent de créer quelque chose de parent, de parralèle, un compagnon à leur deux premiers disques, une retrospective sous un nouvel angle.

Coil, c'est un peu une musique d'ingés sons, la recherche et la manipulation sonore est centrale, pour mieux servir les intentions. La richesse des détails, des textures, comme une œuvre de Yves Klein, offre à un seul motif, un seul sample, de grandes possibilités de recyclage. Écouter le retravaille de ces sons, par soustraction, additions ou superpositions, ne peut être qu'intéressant. En cela, on se rapproche de l'oeuvre de William S. Burroughs (une des idoles de Peter Christopherson) : on découpe, on mélange, on remonte mais les sensations et les significations restent les mêmes, pour un résultat différents. Il est même difficile de faire la gymnastique intellectuelle de se détacher de "Horse Rotorvator", "Scatology" ou autre travaux, oublier ce que l'on sait.

Mais cela se suffit-il par soi même ? Beaucoup de ces mixs alternatifs sont épurés, on y décèle encore nettement les modèles ("Paradisiac" pour "Penetralia", "Red Slur" pour "Slur", ...) mais le résultat doit beaucoup au matériel de base. Parfois on aboutit à des choses vraiment différentes ("Thump", l'excellent "Cardinal Points", le megamix "Chickenskin"). Le pandémonium du disque étant ce retravail, sous forme de tryptique final, de la b.o. de "Hellraiser" d'un côté et "Five Minute After Death" de l'autre, augmenté de nouvelles sections. Très fort. Pour le reste, l'ambiant et la musique concrète se côtoie dans des morceaux souvent trop courts, sans atteindre la profondeur d'antant, fleurissant à peine, sans solidité.

Alors, oui, c'est interessant mais pas très bandant. Si le but était de proposer une oeuvre à part entière, qui se suffit à elle même, ce n'est pas une réussite. Mais cela reste une réécoute curieuse pour le fan (que je suis), mais pas pour tous les voyageurs sonores. Il ne suffit pas de changer le mobilier de place pour rendre les lieux plus ettrayants, ça reste toujours ta piaule.

B-
(i ask my lover "do you know where the desert roses bloom and grow ?")

vendredi 14 avril 2023

Noto - (1996) Spin


Avant la période faste des années 2000 (la série des "Xerrox" ou les collaborations avec Sakamoto), Alva Noto experimente dans le glitch et le minimal depuis le millieu des années 90.
Sur ce premier effort, il travail un point important de son domaine d'expertise, de son oeuvre mais tout simplement de la musique : la temporalité. Via un panorama de 24 titres complétement glitch, assez courts, on ne peut en dénombré que 12 originaux, simplement numérotés. L'autre moitié ? Les mêmes joués plus lentements (ou plus rapidement ?). Ne se perdant pas dans de la simple démonstration, Carsten Nicolai brouille les pistes en mélangeant les morceaux et les versions favorisant le feeling, envisageant chaque pièce comme une fin en soit, il remonte la temporalité (encore une fois) de son album en choisisant son rythme. Dans l'ensemble, le résultat est non seulement interessant mais également heureux, prévilégiant les ambiances (surtouts sur les "Low", correspondant aux edits lentes) via des structures et tempos épurés, répétitifs et techno. L'ingénieuries sonore est évidemment primordiale avec une recherche approfondie sur sa plastique, faisant muter les sons et observant leur rapport entre eux. On notera un peu de field recording pour enrichir l'assortiment acoustique.

Une telle approche me fait songer à d'autres experimentations sur le temps et le rapport à l'oeuvre et son interpretation que l'on peut retrouver, par exemple, chez le cinéaste Michael Snow, avec ses même paradoxe. Le résultat peut-être interessant, fascinant, parfois beau, mais quelque peu chiant également. Car il est autant captivant de voir à quel point la modification d'un seul élément puisse changer complétement le visage de quelque chose, son execution systématique, et donc facile, voir outrancière peut également rendre le débat stérile. En outre, l'homogénéité de l'approche, des couleurs et la répetition des titres (indubitablement) implique une redondance ampoulante. 

Ca ne devrait cacher ce "Spin 01 High" étonnemment dramatique qui en deviendrait inquiétant en "Low"; le "21 High" crépusculaire et naturel et son contre-parti technico-décadent ou encore "22 Low" industriel répondant à un high cinématographique et techno. Vous l'aurez compris, j'adhère à l'expérience, sans donné tout crédit au résultat, et trouve ce manifeste du teuton osé et péremptoire : il est là pour compter et faire avancer le schmilblic.

B-
(the high end of low)

mardi 11 avril 2023

Walpurgis Volta - (1988) Walpurgis Volta


La musique du 20ème siècle fut populaire, celle du peuple, du croquant. Le punk fit l'effet d'un ras de marée car il l'était. Bruxelles n'y échappa pas. Les retombées post furent plus visibles mais il y a forcèment eu un avant. Parmis certains acteurs notables, un certain Bob Seytor sort du lot : d'abord batteur chez les Chainsaw, puis chanteur chez Contingent, il y rencontre Eric Lemaître (guitare). Les deux comparses resteront sur cet acquis et créeront, quelques années plus tard,  l'experience Walpurgis Volta accompagné, entre autre, de Georges Lemaire (basse) (des noms à retenir).

D'ailleurs, on repaire déjà ce jeu de basse funky qui s'oublie dans un frénetisme de rock et de roll. Car même si la guitare ne rate aucune occasion de claqué et de saturé, les riffs acérés des WV sont avant tout éfficaces, entrainants, mélodiques,... C'est pour mieux accompagnés ces punchlines sur la violence, la jungle rurrale, le désespoire, les guerres pscyhologiques ou armée, signées avec vélocité, d'une voie nasiarde, dans un français au léger accent metropolitain, désabusée, criarde, arrogante jusqu'à la vulgarité.

Le quatuor s'emploie a appliqué toute son adresse sur le rockabilly "Roule La Rolls", hypersaturé ; un "Suicide, Suicide" violent et rapide; ou le "Cowboy Solitaire" country dégueulasse et gressillé ; mais aussi le southern rock gutural et noise de "Vietnam Blues" ; encore le F.M. "Le Quotidien" (qui ferait penser à Téléphone) ; ou bien la tension extrême d'un "Regard Glacé" ; et les chaloupements alambiquée des rythmiques reggae (un classique) de "L'Ethylique".
Vous l'avez compris, rien ne pourrait être plus dangereux, plus urbain, plus punk que les bruxellois.
Mais que de fraîcheur, que de haine, que de pisse, que de jeunesse, que d'envie d'en découdre... Une envie qui m'a parfois rappelé les français de Haine Brigade. Le début d'une trop courte aventure en commun pour le groupe, mais le début de diverses carrières qui marqueront la scène de la capitale belge et de son fameux Magasin 4.

B+
(mais ça veut dire quoi walpurgis volta ?)



jeudi 30 mars 2023

Neptunian Maximalism - (2018) The Conference Of The Stars


Cette longue introduction dark ambiant avec son saxophone qui tourbillone comme un tempète de sable pourrait ouvrir les portes sur un temple damné... ou bien sur un autre pan dimensionnel, où les déités sourient de la même grimace de plaisir que de souffrance. Nous sommes au crépuscule de quelque chose de nouveau. Dans sa libre frénésie, ce bois évoque celui du maître Coltrane, tout particulièrement sur un de ces testaments, "Interstellar Space".
L'entreprise se poursuit avec sa pièce maitresse, "The Conference Of The Stars", dédié à Cléopâtre (ah ouai quand même). La basse se fait mystérieuse et mélancolique, le saxo diabolique et la guitare de plus en plus drone metal, jusqu'à écraser, avec un plaisir malsain, l'ensemble de la composition. Ces vocaux d'outre tombes accompagnent ces sonorités bruitiste ritual dans un délire qui frôle l'incantatoire.
Le projet bruxellois, mené tambour battant par le guitariste Guillaume Cazalet et le saxophoniste Jean-Jacques Duerinckx (Ze Zorgs), a pris vie lors d'une résidence à la salle HS63, à coups d'impro et de triturations, d'audace et d'experimentations. En résulte donc ce projet dark jazz, d'un dark complètement dark. Ou d'un drone complètement free ? Sur ce morceau titre, à l'écoute de ces lamentations stridentes, occultes et orientales, on pense inévitablement à Sunn o))) qui aurait remplacer le Merzbow de son béhémoth par Sun Ra.
On pense, dans le feeling, à le "Execution Ground" des Painkiller ou sur ce troisième mouvement nommé "ZÂR" (pour faire court, parceque bon) à un Lustmord quand il fricotte avec les Melvins, pour un résultat définitivement industriel et dark ambiant, qui fini en percussion tribal et en larsens infernaux. Le feux primordial des belges est chauds, étouffants mais noire.
L'album aurait pu s'arrêter là, aussi soudainement, dans le néant du vide. Mais, comme une scène post-générique, un bref épilogue tease le chapitre à suivre, en poursuivant le propos, en faisant défiler encore quelque pages, sur des rythmes tribaux et des cuivres inquiétant.
Un premier album riche et inspirant, qui résulte de l'expérience de chacun de ses intervants. Il souffre un peu de sa durée, laissant un arrière goût de trop peu, comme si tout n'avait pas pu être correctement dit ou jusqu'au bout, n'atteignant pas tout à fait l'apex de son climax. A moins qu'on le voit comme une introduction de quelque chose de plus grand à venir, à en croire la communication du groupe ? Esperons-le, car l'expérience est déjà très belle alors si elle peut se poursuivre.

B++
(quel caractère ! et son nez !)

mardi 28 mars 2023

Baby Fire - (2011) No Fear



Après l'experience Keiki, la vocaliste Dominique Van Cappellen se lance, sans Raphaël Rastelli, dans un projet exclusivement féminin pour un registre moins sophistiqué, plus sombre, saturé, mais non moins interessant. Le grunge industriel du power trio est carré, parfois heavy, les riffs y sont tranchant, les breaks assassins. Une des premières comparaisons, d'une très longue liste, serait Filter. Mais le groupe ne s'arrête pas à ça.

Dominique étale, mais à grande couche, tous son talent, le mot interpretation n'ayant jamais été aussi apropos. Ecoutez plutôt le stoner This Baby où elle frôle la schyzophrénie. Assaisonant chaque titre de son charmant accent anglais, le très bleusy Insect/Flower ou le heavy Dark Ages sonnent comme autant de variante britpop. Si ça peut vous brancher, on pourrait presque parler d'un petit côté Wet Leg bien burné (et bien avant l'heure) ou un Hole british (le FM I Love To Cook). La lourdeur, on peut en reparlé pendant longtemps sur le haché Fingers ou le rouleau compresso-Karma-To-Burné Worst Things, et ce sans perdre en fragilité : on le constatera sur la parfaite dualité de Sober.

Pour ce premier essai, les filles ont su s'acoquiné de quelques noms sympas, que ça soit le fidèle Raphaël sus-cité sur ce Half-Sick Of Shadows à la Soundgarden, ou avec Dana Schechter (mais si : Swans, Angels Of Light,...) sur le marécageau et lugubre Soap, d'une épaisseur hyper-saturée. La palme revient au Melvins-eux Bureau d'Echange Du Mal II: Dust Soup (haha, lol) avec, pemettez du peu, l'inénarable Eugene Robinson d'Oxbow où la tension atteint une beauté impérieuse.

Entre grundge, doom, noise rock, drone, toujours sur un format de chansons, pour l'ensemble très courtes, les belges mangent à tout les rateliers, avec force de personnalité et d'authenticité. La courte durée de l'album l'aide peut-être à se sauvé d'une rythmique parfois répétitive et un vrai sens du break tellement assumé qu'il en devient abusifs. Mais rien n'est jamais parfait et, bon dieu, ne nous privons pas devant une petite pétite qui mérite qu'on porte toute notre attention à ses créatrices. 

B++
(sturm und drang total dans ta face)

Baby Fire - (2014) The Red Robe


La musique de Baby Fire se construit toujours sous forme de chansons au sens traditionnel, mais encore une fois, entre la structure carré du rock industriel et, ici, le son noire du doom. Le noir et le blanc des notes offrent à ce nouveau tableau une infinité de gris, entre glauque et horrifique (Dogs), tantôt gothique (le ritual Cold, qui porte bien son nom) tantôt sacré (quelques choeurs éparses).

La voix chaude et habitée de la britannique Dominique Van Cappellen humanise avec élégance et profondeur des riffs glacé, flirtant avec la Cold Wave (dont cet excellent Victory, très Joy Division). Mais les filles ne font pas les choses simplement et les lignes se brouillent à nouveau : les ambiances funeral doom-esque du morceau titre répondent aux lourdes gouttes de plomb des lugubre arpèges de guitare southern rock tandis que le rock grungisant se marie au post-punk ethereal.
Notons également le très martial et intense Mother, le space-doom occulte de The Perfect Dress, la balade noisy At The Very Heart ou le fragile Secret Ceremony.

Cette seconde oeuvre du power trio le plus déprimant de Bruxelles nous promet un séjour dans une demeure hantée durant lequel on doit se résigner à y rester piéger, toute issues étant impossible. Un peu comme un mash-up entre le Nosferatu de Murnau et The Shining de Kubrick. La plaque se finit sur le très Oxbow (bah tiens!) The Lit Light avec ses relents Ministry-ien, qui résume bien toute la joie de vivre mais surtout l'originalité et le bon goût de ce projet qui mérite toute l'attention qu'on a pu lui porter. Encore ! Qu'on se marre !

B++
(i do not want to shock the neighbours)

lundi 27 mars 2023

René Binamé Et Les Roues De Secours - (1990) Hop! Hop! Hop!


Attention ! La musique présente sur ce support a été gravée selon des techniques traditionnelles de Do It Yourself. Aucun premier degré n'est a appliqué avant son éxecution. Notre savoir-faire de déguste avec sagesse

Les Binamés avaient encore des choses à raconter, des aventures à compter. Dans un cross-over entre Fluide Glaciale et Charlie Hebdo, sur un scénario d'Edika, sous le crayon de Charb, les dinantais débites leurs élugubrations dans un paysage sonore fait d'authentique saturations énamourées. Car un tel artisanat, on le vit par passion. La formule ne change donc pas : blagues potaches, fandage de poire, trois accords, esprit libertaire, approche sérieuse qui ne se prend pas au sérieux : on ne badine pas avec l'amour et ces wallons ne sont pas que des guignols. Leur style ne cessera d'évoluer et, sur ce second LP, leur anarcho-punk se maquille de quelques fards blues. 

Entre des samples sentis (Flagada Jones, drague relou, messe,...), le groupe égraine les arpèges et les mélodies poussérieuse, presque country ("Les Sodomites Billy", "Léon") ou les riffs bluesy (la balade crooner "Jour Du Seigneur" ; le noisy "Le Blues De La Banane"). Le punk des familles n'est cependant pas oublié, on vous rassure ("Lors René Binamé" ; "Tarzan N'Est Pas Mort"). Les paroles, selon la tradition binaméenne, sont, au bas mot coquasses, voire carrèment absurde ("Les pdt"), toujours irrévérencieuses, quand elles sont audibles. 

Notons ces quelques titres qui viennent enrichire la lexique du groupe. Le lancinant "Cas De Conscience" est le premier de son type : long et réptétitif, garni d'un chant parlé. Un premier jet amusant à l'écoute mais bien moins convaincant à la réécoute. Ils feront mieux plus tard. 
"La Bouilloire" se devait d'être chanté, c'était une envie et donc un besoin, et donc une nécessité, toute l'essence libertaire selon Aredje. Olivier n'avait plus assez d'encre sur sa plume ? Ca n'a aucune importance, nul besoin de texte pour chanter - le scating l'a prouvé, des onomatopées suffisent. Mais ne serait-ce pas toute l'essence du punk ? Faire du bruit, avec l'envie, sans les moyens, qu'importe, faire ce qu'on veut.
On trouve aussi la balade brouillante "Noordzee Blues", qui comme son nom l'indique, évoque, avec sorcellerie, tout la mélancolie de nos vacances à la mer du nord de nos vertes années. Ils savent faire ça les Binamés.

Plus musclé que le précédent mais moins pourvu de morceaux marquant, le LP se trouve un peu enfermé entre ses délires, ses intensions et sa production. Il reste un disque divertissant et d'une honnêteté sans faille, toujours moins marrant que son prédécesseur, toujours moins bon que le suivant, systématiquement meilleur que ce que l'on s'en rappel. Et puis terminer sur une ritournelle nommée "J'encule", c'est la base.

B-
(Et si ça ne vous suffit pas, on s'en fou, nous on a que ça)

vendredi 3 mars 2023

René Binamé et Les Roues De Secours - (1988) René Binamé et Les Roues De Secours EP



En 1988, le punk est loin. L'intelligencia se régale de post-punk en tout genre puisque, enfin, on peut lui coller une légitimité. Le hardcore anime les pogos. Etre punk, ça n'était plus vraiment cool. En fait, ça ne l'a jamais vraiment été. C'était marrant pour choquer les mère en cache-poussière mais on est passé à autre chose. Trop tôt pour le label culte, trop tard pour être à la mode. Mais Olivier Binamé, il vient de Dinant où il partage le désœuvrement de la vie populaire, il s'est farci trop de catéchisme toute sa jeunesse, ses idoles mettent les pieds dans les plats ou dans la gueule et, surtout, n'ont jamais été foutu de lire une partition. Parfait : alors c'est possible.

Sous le patronyme de René Binamé et entouré de ses roues de secours, il balance dans un DIY et un semi-amateurisme assumé un premier six titres auto-titré de treize minutes, parce qu'il n'en faut pas plus pour raser tout azimut. Sous couvert d'anarcho-punkisme, ils se paient le scalp d'à peu près tout ce qui porte un insigne ou un chapeau, sur un ton léger qu'on classera (trop) vite en humouristique. Comprenez, ce premier titre, L'Opium Du Peuple, ne pourrait pas être plus Ludwig Von 88 si les parisiens l'avaient écris eux-mêmes. La pilule Dalida et sa cavalcade de basse offre un premier texte typiquement binaméins, c'est à dire à la fois amusant et absurde, potache et décomplexé. Un peu comme Jésus Sur Sa Croix qui relate, d'abord en clair puis en saturé, les affres des attributs de notre sauveurs à tous. A la limite du mauvais goût, le groupe se sauve en brandissant son second degré et son je-m'en-foutisme goguenard. Premier grand tube des Binamé, La Moustache, ritournelle anti-maréchaussée qu'il est bien difficile de se retenir de connaître par cœur pour la reprendre a tue-tête au moindre contrôle routier.

Après une interpretation punkisée de L'Internationale, évidemment, qui ouvrira la porte à un futur album fumeux de reprises (vous verrez, j'arrive), le groupe nous indique avec fureur que C'Est Fini (déjà). Avec ce premier EP, les wallons y mettent un peu toutes leurs formules favorites avec fraicheur et authenticité et marque le début de leur longue aventure et celle de leur label Aredje, avec l'aide, l'énergie et la bonhommie de l'ami Marcor (qui est drôlement fort).

B
(c'est pas la crête qui fait le punk, c'est la moustache, c'est la moustache...)

dimanche 12 février 2023

Wolvennest (Featuring Der Blutharsch And The Infinite Church Of The Leading Hand) - (2016) WLVNNST


Collectif, super-groupe ? Avec la lourdeur de La Muerte, le psychédélisme d'un Mongolito, la noirceur des Cult Of Erinyes et la voix ensorcelée de Shazzula, sur le papier, les bruxellois de Wolvennest donnent de quoi saliver... et, comme toujours, se poser des questions. C'est sans compter sur la participation du controversé et culte Der Blutharsch qui vient prêter main forte pour accoucher de ce premier effort. Kamoulox.

L'auditeur ne peut le savoir au moment de la sortie de ce disque mais les autrichiens apportent de manière prononcée leur empreinte et leurs ambiances. Unreal, au sonorité industriels, développe les ambiances incantatoires, rituelles, typique des belges mais aux saveurs métalliques et abrasives des saxons. Le résultat peut faire penser à un Laibach période metal en plus soufré.
L'apport particulier de Marc De Backer (de Mongolito) s'entend sur le solo mystique de Partir, titre à la frontière de la noise, soutenu par ces chœurs d'outre tombe pour  un contraste convaincant.

Out Of Darkness Deep, intense, fumeux, se fracasse en un chaos bruitiste alors que le gigantesque pavé Tief Unter, lourdingue, envoie une énorme machinerie de chaire et de metal, dévoreuse d'âme, antédiluvienne et lovecraftienne, dont surgit, littéralement, un solo à 6 cordes du fin fond des temps. Chou.
Le dernier titre, Nuit Noire De l’Âme (fun), ambiant industrial dans un style très... Blutharsch. Typique d'un groupe néofolk qui se tape un trip (les bidouillages sonores d'un Death In June, par exemple), une ambiance à la hauteur du patronyme. 

Voici un LP tout en contraste et en puissance, en subtilité et énergie. Plus "straight to the point" et froid que ce que proposera les bruxellois, qui ne recourront plus autant à l'expérimentations électroniques par la suite. Il est presque dommage que ce disque soit leur premier. Effectivement, ils n'ont pas l'occasion d'y afficher leur personnalité et la musique se trouve parfois un peu coincée entre les deux entités.  Quelques longueurs n'aident pas à ce sentiment d'incertitude. Il en est autre chose quand on le découvre rétrospectivement où, en connaissance des forces en places, le métissage piquera plus la curiosité et prendra plus de saveur. Il reste un album impeccable, intéressant, classieux et intense.

B++
(so unreal)

lundi 6 février 2023

Kiss The Anus Of A Black Cat - (2007) If The Sky Falls, We Shall Catch Larks


La première chose que l'on remarque, c'est cette voix, grave et fragile, parfois à la limite de la rupture, avec un léger accent dont on ne sait où. Nick Cave n'est pas loin : moins basse, sans envolés exaltées. Sevenfold, avec son accord electro-acoustique et ses cœurs masculins répétés, poussiéreux, laisse échappé un solo orientalisant pour une ambiance que n'aurait pas renié les 16 horsepower s'ils versaient dans les sonorités noisy.

Le chant mesuré de Nihil, As In Nihilism, sur cette ritournelle à la guitare, fait raisonner la référence absolue Current 93 ou, dans une moindre mesure et un autre registre, les (excellents) compatriotes de Keaton. Soutenu par un background sonore à la frontière du drone, cette longue complainte de désespoirs, devient revendicatrice au fil de accords de guitare martelés.

Neofolk, le projet de Gant (Belgique), mené comme les vents et les marrées par Stef Irritant, pioche chez les modèles du genre ses motifs répétés, tantriques, qui s'ouvrent et se referment au grès des émotions, tel un coquelicot noir des champs flamands. Le groupe (et c'est là qu'il se différencie du reste de la scène) n'en est pas pas moins très moderne, soutenu par ces sons industrial qui tracent en noir et blanc les pourtours de la créature urbaine qui s'y tapisse.

Le monument Sighing, Seething, Soothing (près de vingt minutes) nous emmène voir un Velvet Underground (Heroïne) qui échange sa veste en cuire pour un costume élimé. Ce moment suspendu frôlerait l'excès en terme de durée mais se sauve, à l'étiquette du tolérable, sur un final au parfum ethereal. Adroitement joué.

Almost, Silver, habité, parachève ce disque sur son dark folk à la fois sensible et puissant. Le groupe belge nous balance ici un bien bel os inaugural à ronger, évitant, parfois de peu, de confondre tantra hypnotique et répétition chiante, ce sur quoi même les plus grands de la discipline ont parfois trébuché. A suivre.

B+
(ce qui est toujours mieux que d'embrasser sa soeur, j'imgaine)

Psychonaut - (2014) XXIV Trips Around The Sun EP


Ah ! Les Flandres, terre de rock. La région n'en est pas à son premier groupe influent, reprenant les codes anglo-saxons avec talent, y ajoutant un sel propre, souvent arty, et parfois même un peu d'arrogance. La scène métallique bouillonne dans le sillage, entre autre, des Amenra, devenu un véritable phénomène.
De leur côté, les Psychonaut développe leur metal progressif sombre et mystique depuis 2013 avant de lâcher, l'année suivante, un premier disque. Cet EP, de 35 minutes, serait un double chez les Nails ou les compatriotes de Cocaine Piss. Pour le trio de Mechelen, c'est à peine le temps de quatre morceaux.

Le metal progressif des flamands mûri sous des riffs organiques, techniques, mutants sur des algorithmes savants, évoluant au fil des astres, à la recherche de nouvelles dimensions. Le Mantra qui descelle ces portes nous plongent à grand coup de post-metal atmosphérique dans le confins du connu avant de flotter 24 fois atour du soleil dès la piste suivante. Avec ce titre éponyme, et ses passages tantôt extrêmement sludgy, mais aussi stoner, le décorticage des rythmiques et des riffs, tout en contre-temps, peuvent évoquer un certain Tool (et seulement l'évoquer). Le titre Ascendacy rappel également un autre groupe passer maître dans ce genre d'art cérébral : Oceansize. N'allez pas plus loin qu'un feeling. Les passages ambiants, l'approche résolument doom, et le chant guttural empêche une comparaison plus approfondie. Ce fin équilibre entre chant clair et death est à retrouver dans l'Opeth des premières heures (l'excellent Morningrise). Le psychédélisme, omniprésent, est un autre point commun avec les suédois.
Comme sur le très bien nommé Psychedelic Mammoth, quelle belle image, avec son ambiance spatiale et épique, fournissant, en plein milieu, un solo de guitare des plus fumé, juste pour le fun.

Un bien beau premier effort pour les belges, qui montrent une personnalité forte, dark psyché, dans un habillage maîtrisé, pour une version Rosetta des Ulcerate (si c'est pas une comparaison flatteuse). Malgré ce maelstrom cosmique de références, le disque s'offre une unité solide. Du très bon donc, pour un départ en voyage dont on espère qu'il ouvrira les portes vers de nouvelles nébuleuses infernales. 

B+
(et des proboscidiens sous influence dans ta...)

vendredi 3 février 2023

Coil - (1987) The Unreleased Themes For Hellraiser


Que de gâchis. Lorsque le jeune Clive Barker, le vent en poupe, recevra les fonds pour adapter sa nouvelle à succès The Hellbound Heart, il fonce voir le groupe dont il rêvait pour sa bande originale. Amis et amateur de Barker, qui n'a jamais caché son envie de travailler avec eux, les Coil ont lu le roman avant qu'il ne soit publié et sont vite impliqués dans les délires esthétique de l'auteur, que le groupe nourrit en lui faisant part des leurs. Dans cette affinité nouvelle qui frôle l’exaltation pour l'écrivain britannique, le groupe se lance, avant d'élaborer leurs deuxième album, dans l'écriture de morceaux : le thème du film, le thème principal, le thème de la boîte, entre autre... Tout le monde oublie un point quelque peut important, inscrit en grande lettre, sur une colline, au sens propre : HOLLYWOOD. En pleine mode de l'horreur "en caoutchouc" (rappelez-vous tous ces effets spéciaux savoureux), les producteurs sont plus qu'enthousiaste de voir débouler des corps déformés et des démons sado-masos, mais pas un groupe industriel. Ils ont un protégé à mettre en avant et  ne laisse tout simplement pas le choix à Barker : ça sera Christopher Young à la compo.

Ce dernier fera un travail honorable sur le film et la bande son fait partie intégrante du mythe. Pour les Coil, c'est plus difficile à avaler : ils abandonnent leur morceaux et les espoirs de projection. Ils décident cependant de sortir une partie du résultat de leur travail sur une plaque 10 pouces. Seul trois des six titres sont repris et complétés par des compositions destinées à diverses publicités commerciales. Plus tard, une réédition comprenant les six titres d'Hellraiser et aucune publicité sera publiée.

Sur cette dernière, on entends tout le talent du groupe pour les pièces ambiantes. Le Hellraiser Theme ou le Main Theme nous renvoie à des titres précédents (les rythmiques très martiales de Scatology, les ambiances de Cathedral In Flames - que Barker adore) ou futurs (Ostia, First Five Minute After Death). On aperçoit l'approche d'un Restless Day ou du Babylero sur le Box Theme, qui s'englue dans les dissonances infernales. Les trois autres morceaux, dans la même veine, nous emmènent toujours plus loin dans le glauque plastique. Le gâchis absolu n'est même pas tant dans la non utilisation de ces morceaux. Ils auraient, avec leur sons inquiétants, malsains, et leur approche moderne, apporter encore une autre dimension au film, moins conventionnelle, plus en phase avec l'imagerie et le message paranormale mais en même temps humain et décadent. Lorsque l'on peut seulement imaginer les images superposés à ce son, l'histoire aurait été raconté différemment. L'autre grand regret : le son n'est pas aussi recherché qu'à l'accoutumé (ce qui reste relatif), les morceaux devaient être écris sur support électronique, via des samples, pour ensuite être arrangé en symphonique avec orchestre (auquel Barker tenait). Et ça, qu'est-ce que ça aurait été intéressant à entendre !

Les morceaux issues de publicités ne sont pas indispensables, certes, mais étonnantes, pas tout à inintéressantes. Définitivement trop courtes pour pouvoir développer grand chose, on y retrouve la patte Coil surtout à partir de Video Recorder et Airline 2.  Il y a même un côté video game music avec les Cosmetic 1 & 2 (Koji Kondo en mode sympho) ou Accident Insurance (Yasunori Mitsuda sur les Chrono). Certains valent le coup d'oreille, surtout pour l’exercice de style, où comment faire riche avec peu de temps. Brian Eno l'a expérimenté avec le Microsoft Sound et il en disait : "et je suis retourné travailler sur des pièce qui étaient longues de trois minutes, cela ressemblait à un océan de temps". C'est beau, hein...

Au final, une chronique qui met plus de temps à être lue que la musique à s'écouler. Une petite histoire dans l'histoire du groupe, un bout de plastoc étonnant à découvrir, surtout pour les fans (des anglais ou de la franchise Hellraiser, ou des deux). Non dénué de charme et d'intérêt.

B
(The consequences of raising hell…)

mardi 31 janvier 2023

.hopesfall. - (1999) The Frailty Of Words


Un objet marginal que ce The Frailty Of Words, première offrande des Hopesfall. Résolument hardcore dans son énergie, ces jeunes gens fleurtent avec tout les interdits pour arriver à leur fin. A grand renfort de contre-temps et contre-points, de breaks incessants, d’enchaînements de plans, de changements de rythme, ce petit monde, dans une démarche exutoire, se rapprochent plus du progressif que des casquettes de baseball. En témoigne cet inaugural Shrines Through qui m'a évoqué un certain Between The Buried And Me... qui leur est postérieur. Tout comme la plupart des références auxquels je ferrai allusion durant cette chronique.

Le math metal In Reflection poursuit le repérage. Le grand point faible reste à mon sens cette voix : à la limite du caricaturale en gutural, pas très assuré en chant clair, les limites sont criantes. Dans les passages hard, imaginez Greg Puciato en mode hysterique. Les quelques incartades plus claire ressemble à s'y méprendre à un chant nu-metal d'un groupe de ton lycée. Bien que l'instrumentation l'accompagne avec beaucoup de variétés, de maîtrise et de talent. Mention super top bien à la section rythmique et surtout la basse de Chris Kincaid.

Un production assez froide, peut-être nécessaire pour laisser parler la musique sans y interférer, m'a fait craindre un manque d'émotion, masqué par cette montagne de technicité. Heureusement, Endeavor me rassurera rapidement, avec son désespoir et son énergie. Cette gestion des moments électo-acoustiques m'a fait songé à Opeth, tout comme le très bon instrumental Lament, qui me rappel par moment l'excellent album Damnation des suédois (rho, j'étais jeune).

Le groovy From Your Hands offre un peu plus de chaleur encore, tout comme A Winter's Rose et ses touches heavy, parfois djent. Le carré et monolithique Comfort et ses breaks de feux, très hardcore, torrentiel, nous claque au visage comme une gifle (encore cette basse d'amour). Oceansize, pourtant fondé la même année, ne peut-être une influence mais nous y retrouvons cependant un arrière gout dans le lumineux A New Day, tout comme dans le long prog The Broken Heart Of A Traitor qui clôture le débat, juste après l'instrumental qui donne son titre à l'album, très typé 90's (un petit quelque chose des Red Hot période Californication... ou c'est moi).

Voilà donc un bout de plastique rond étonnant ou pour le moins intéressant. Sans vouloir accabler le chanteur Doug Venable, il aurait tout à gagner de travailler à l'élargissement de ses capacités, les émotions n'en seront que plus vraies. Un son moins froid (ou plus personnel ?) serait peut-être bienvenu mais rien n'est moins sûr. Et je ne voudrais pas terminer sur des commentaires négatifs face à tel melting-pot de genre et de talents. La suite !

B+
(il n'y aucune raison de les laisser tomber)

samedi 28 janvier 2023

La Muerte - (1987) Every Soul By Sin Oppressed


La Belgique n'était pas prête à ça. Alors qu'à la même époque les controversé Front 242 durcissent le ton et intimident les ménagères de plus de cinquante ans, les La Muerte déboule par la porte arrière et te fout un pied dans la gueule. Tout de noir, mèches rebelles, sourires d'enterrement, on dirait un groupe cold wave : il n'en est rien. Porté par un chant sale et agressif, expliquant l'étiquette métal qu'on leur colle, leur punk blues très heavy et noisy soulève un nuage de poussière opaque. 

Pied au planché, So Bad, impérieux, t'envoie toute sa délicatesse à la figure avec authorité. Burné, la plaque enchaîne les rafales de plomb : l'urgent Big Trouble, près à en découdre avant d'être rattrapé ; Banjo King bluesy, schizo et musclé à souhait ; ou encore Motorgang, où l'on suit les routes filant à perte de vue, sous la chaleur du goudron, à travers des plaines aux odeurs arides, jusqu'au prochain bar à whisky (à en croire le clin d'oeil à l'Alabama Song glissé entre les gémissements animaux de Marc de Marais).

Relevons l’apparition par deux fois de l'ami Arno (Hintjens) à l'harmonica. La première fois sur la très longue complainte, The Rope's Around Your Neck, balade blues désespérée, résignée, au bord de la folie, chant à bout de souffle et cet harmonica qui geint. La seconde sur une reprise soufré de l'increvable Mannish Boy de Muddy Waters et son chant menaçant, enragé. Une intervention inspirée qui nous rappel qu'il ne manquait pas de feeling (et qu'il nous manque tout court).

L'album se termine sur l'instrumental Guilty, aux ambiances de brasero, où Dee-J sème ses arpèges à la fois spleen et sombres suivi de You're Not An Angel, tendu et oppressant, au porte de l'ambiant. Un premier LP pas pour rigoler où le groupe établie solidement les bases de son style pour les plus de 30 prochaines années et développe son univers entre western spaghetti, gang organisé et psychopathie. A l'époque, il y avait Dorothée qui arrivait à la télé. On était vraiment pas près à ça.

B+
(oil sex whiksy)

Zos Kia/Coil - (1984/02) Transparent

Sur Discogs

Zos Kia serait principalement l'oeuvre de John Gosling avec la participation plus ou moins obscure de John Balance et Peter Christopherson. Donc un Coil + 1 ou un peï + Coil, on sait pas. Donc du coup, on se retrouve devant un split (1+Coil) + (Zos Kia-1) ? L'équation simplifiée : des feedbacks, des boucles, des  triturations analogiques, des nappes glauques sur cris de possédés = un album très power electronic. Mais vraiment pas que.

Sicktone est effectivement un vrai (et sympathique) morceau de power electronics, tout comme Poisons, et sa rythmique noise à la Esplendor Geometrico augmenté de quelques pointes de frénésie évoquant les sulfureux Sutcliffe Jugend. On pense également à Genocide Organ sur Baptism of Fire, très industriel. Mais derrière ce chaos, les textures sonores sont assez recherchées, dont ce Violations qui nous renvoie déjà gentiment à Scatology, le premier LP de Coil, qui sortira l'année suivante. La patte de Christopherson, bienvenue sans être envahissante, se fait sentir à plus d'un moment. Outre cette signature, on ne peut pas occulté un son assez Throbbing Gristle, évidemment, évoquant le coffret TGV, les accents british et la piètre qualité sonore facilitant l'amalgame. Il s'agit d'ailleurs de l'énorme point faible de cette galette, les prises étant presque toutes enregistrées dans des conditions live ou proches (festival, répétitions, démos), très brutes. Les titres frontaux prennent des couleurs là où les moments à ambiances perdent leurs saveurs. On frôle le bootleg et la catégorisation "album" est un scandale. Le déjà assez moyen Silence & Sorcery n'a aucune chance d'atteindre son but et c'est d'autant plus rageant sur Stealing The Words qui arrive pourtant à produire quelque chose  en racontant cette histoire marécageuse, engluée dans une acoustique douteuse.

J'ai particulièrement été interpellé par les excellents Sewn Open et Sicktone 2, qui rouleau-compressent comme du... drone metal (ouai! je sais!), avec ces noires pulsions métalliques et ses bidouillages incessants. Il y a également le très dansant On Balance, au multiple relief, très... ambiant techno (oui-oui). Et tout cela se passe en mille-neuf-cent-quatre-vingt-trois.

Et bien finalement, quand je lisais les avis relativement désastreux sur ce disque je reste assez étonné de que j'y ai découvert. C'est très varié et les comparaisons possibles sont flatteuses, surtout que certaines leur sont ultérieures. Le problème, de facto, est le manque de personnalité. Pas vraiment aidé par une ingénierie sonore quelques fois ignoble pour un enregistrement officiel et quelques pièces sympathiques, tout juste, voire carrément fades (les deux versions de Truth, longues tirades de Charles Manson, au frontière de l'emmerdement). Une collection moins marquante qu'elle n'est historique pour les fans du célèbre duo ou de la scène de l'époque, elle reste sympathique pour l'oreille tolérante et curieuse.

NB : les dernières versions CD offrent deux titres bonus de Ake, l’ancêtre de Zos Kia, sans les Coil : un No Mas très Ramleh, et un machin appelé Rape.

B-
(pas si transparent que ça)

mercredi 25 janvier 2023

Coil - (1984) How To Destroy Angels EP



Dans les braises encore chaudes du feu follet Throbbing Gristle, l'entité Psychic TV entretien une chaleur somme toute relative. Deux personnalité des plus marginales s'y rencontrent et, voulant se consumer artistiquement, humainement et physiquement de leur propres flemmes, ils s'en vont peindre les murs de leur garçonnière particulière des couleurs qui leur siéent le mieux. Après les tribulations power electronics mystiques de Zos Kia, à plusieurs, John et Peter se recentrent, Coil naît.

Un premier EP 12" est monté assez rapidement, How To Destroy Angels. Gravé d'une seule face sur certaine édition, parfois couplé avec du bruit blanc ou autres joyeusetés inaudibles sur d'autres, le disque contient un seul et unique morceau dark ambiant. Sur la pochette, on parle de "musique rituelle pour l'accumulation d'énergie sexuelle masculine", ce qui est assez intéressant car je ne trouve la musique ni franchement ritual ambiant, ni franchement sexy, même si ce sous-titre évoque déjà toute l'imagerie Coil à venir : sexe, drogue, homosexualité, occultisme, numérologie,... S'ensuit un long texte éclairants les desseins de l'oeuvre, hommage au dieu Mars. Par la suite, le duo ne sera pas toujours aussi loquace et préférera les sous-entendus et le symbolisme, ouvrant une autoroute aux interprétations (parfois fantaisistes).

Durant ces presque 17 minutes, l'EP déploie des nappes elliptiques de clavier, à la fois froides et horriblement vivantes, solennelles et vicieuses, augmenté de percussions métalliques (au sens propre) comme autant d'objets de torture (ou de plaisir). Profondément mystérieux et inquiétant, la galette se veut également très riche, les différents sons et effets s'égrainant en abondance, tout en gardant une cohérence, ne formant qu'une seule et même pièce. Définitivement, aucun instrument n'aura été maltraité ni trituré durant l'enregistrement de ce disque, tout étant de synthétique et de sample, persistant dans cette idéologie industrial séminale. Le travail et le retravail sur le son n'atteint pas encore des sommets mais reste plus que raffiné pour une ambiance malsaine, claustrophobe, suintante.

Un premier effort concluant, très court, qui laisse un peu sur sa faim, qui ne révolutionnera pas le genre, peut-être trop froid et pas assez organique, mais dont il est difficile ne pas y deviner l'impacte dans la matière des futurs maîtres (Lustmord, évidemment, Nodvargr ou autre Akira Yamaoka). La bande son d'Hostel s'il avait été un bon film, d'un Silent Hill sado-maso ou d'Hellraiser... ah, ça, ça sera pour plus tard.

B
for maximum potency it should only be played in circumstances that are exclusively male and/or onanistic in nature

jeudi 19 janvier 2023

Orelsan - (2009) Perdu D'Avance



Le Grand Jacques disait qu'Orly était triste le dimanche mais c'est probablement à Caen qu'on doit se faire le plus chier. Aurélien n'est pas encore Orelsan mais avec son petit groupe d'affociniados de hip-hop, ils écrivent et jouent dans leur coin. Le mec a 25 ans quand il publie sur MySpace ses premiers titres Ramen, Saint-Valentin, Sale Pute,... Second degré total mais flow imparable, lyrics grossières mais soignées, l'intérêt musical reste douteux, peu aidé par une production DIY. Nourris par la culture geek d'une époque où elle est encore une insulte, l'enfant des années 90 transpire toutes ses influences. Il continue à s'amuser (et sort, autre autre, un slam de Batman - ah si) et fini par lâcher le titre Changement, autrement plus sérieux à tout point de vue. Enfin repéré, il empile pour un premier album, Perdu D'Avance.

Largement influencé par le rap old school, l'album sera le plus "hardcore" (lol) de toute sa discographie. En atteste la première pièce Etoiles Invisibles et sa boucle de piano samplée mais, bien sûr, son refrain très pop. Seul morceau préservé de ses vertes années, Changement et son refrain imparable, au beat plombé qui contraste avec ce rap rapide (un peu comme l’exécutait un Nonstop) se montre sous des parures et arrangements bien plus affriolants. L'ensemble de l'album est d'ailleurs une vraie réussite dans sa production pure, l'ami Skread n'étant pas le dernier venu dans le milieu (je ne suis pas wikipedia).

Le niveau des textes est déjà un cran au dessus. Pas tant thématiquement, car le français, plein de spontanéité, nous y dépose sa jeunesse, sa ville, ses soirées, ses amis, ses déboires amoureux, le tout saupoudré de références à la pop culture du Club Do' et d'un maximum de punchlines vulgaires (car ça les puncher). Les déclas machistes (Pour Le Pire) répondent au trips égocentriques (Logo Dans Le Ciel, facile mais très bien ficelés littérairement), façonnant cette image gagnante de looser magnifique au syndrôme de Peter Pan. Le véritable talent du jeune homme repose sur sa plume pure, son flow savant, ses trouvailles d'écritures ingénieuses ou ses jeux de mots facétieux. Il serait d’ailleurs aisé d'omettre complètement la musique lors de l'écoute tant il y a de choses dites avec la manière. La composition, sur l'ensemble du disque, semble facile mais pas sans intérêt. Outre l’efficience des refrains entêtants, des arpèges du très 80's Perdu D'Avance ou encore du son Snoopo-doggo-Dr. Dre d'Entre Le Bien Et Le Mal on peut noter la sombre nappe de clavier sur No Life, la french touch d'une Soirées Ratées ou le presque chip tune 50 Pourcents.

On parle de ce débat autour d'Eminem ? Il n'y a pas : la comparaison est évidente. Rappeur blanc sur musique de renoi pour publique blanc. Maîtrise indécente du verbe et du débit. Second degré. Amour du hip-hop (l'instru Gangstarr d'un Courez, Courez) sur refrain de pop (mais sans pour autant leur dire stop à base de popopopop). Elle est évidente mais elle s'arrête là : les univers sont différents, l'époque mais la sensibilité également. 
Voilà un premier effort réussi, non sans quelques facilités ou gimmicks, varié et spontané, qui manque parfois de caractère mais pas de personnalité, ni d'humour slice of life. Plus qu'à espérer que le canais affine son propos et sa musique pour moins puérilités et de grivoiseries racoleuses. Heureusement, l'histoire prouvera qu'il se bonifie avec le temps comme une bonne huit-six.

B
(j'sais pas qui c'est ton rappeur préféré mais sache qu'il est meilleur que lui)

vendredi 14 octobre 2022

Melvins - (1989) Ozma


Une batterie pataude, du blast, des cordes rondes et baveuses, les Melvins. Second album - seulement, et un son, à eux, reconnaissable entre tous, pas besoin de rodage. Pour leur deuxième tentative, ils reprennent les négatif de leurs premiers clichés. On décompresse les morceaux, on crée des espaces, pour mieux laisser les instruments respirer, dégouliner, s'épanouir. 

Plus aérés, plus mélodiques, légèrement plus conventionnels dans leur structure, les titres s'embourbent dans un marécage de sludge, entre-coupés de fulgurances glauques. On se laisse aller à tous les possibles : qu'importe, le moyen justifiera la fin. Le trio s'ouvrent aux consonnances métalliques (Let God Be Your Gardener, le tendrement heavy Agonizer) ou encore le proto-grundge (Raise A Paw)  dans des ambiances post-apo (Ever Since My Accident), menaçantes (Koollegged), désespérées (At A Crawl), balistiques (Révulsion/We Reach)...

On jam en masse et découpe en tranches post-punk variées, on sert froid et sale. A l'image de la basse claquante de Lori Black. La batterie organique de Dave Crover, hantée, apporte beaucoup aux tons et ambiances. L'homme prend un plaisir de musicos communicatif (Cranky Messiha) usant de ce feeling qui deviendra légendaire pour laisser éclater ses idées finaudes. A noter, sous le titre Love Thing, une première reprise KISS (Love Theme From KISS), leur grand amour d'adolescence. Pour clôturer, ils grungisent avec réussite le Candy-O des Cars. On en est plus à ça.

Un second album dans la suite logique du premier, peut-être moins spontané, plus ouvert. Les fauves y poursuivent leur évolution en milieu naturel.

B+
(Mighty Miracle Show Of 1000 Delights !)


lundi 10 octobre 2022

Vianney - (2016) Vianney


Allant de pair avec les inévitables apparitions publiques et médiatiques croissantes, la stardom du jeune homme devient éminente. 
Pour confirmer tous les biens que ces bienfaiteurs et investisseurs ont fondé en lui, Vianney Bureau ne va pas renverser les tables mais reprend le propos où il l'avait laissé deux ans plus tôt, l'augmentant d'une rhétorique d'écriture et de composition enrichies par une bouteille bienvenue.
Plus de place pour les approximations, l'auteur palois délivre une collection de morceaux plus carrés, cohérentes, prenant des direction artistiques claires. 
Le travail de production, toujours aussi pléthorique, s'en ressent et sert moins d'ornement glamour à des compositions qui n'en ont plus vraiment besoin. Mieux jaugés, les épanchement orchestraux quelques fois ronronnant, souligne le sujet, le complète mais ne l'étouffe que rarement.
Le garçon a trouvé son style et utilise ces divers éléments extra-compositif dans ce cadre.
En témoigne ce Sans Le Dire d'ouverture chargé mais touchant.

Vocalement plus aboutit, l'artiste ose plus (Oublie-Moi et ses montées dans les aïgues sans ridicule) tout en gardant ce phrasé type (qui peut agacer) mais reconnaissable et marquant, lui donnant toutes les raisons de continuer dans cette voix.
Le ton est encore plus sombre que sur le précédent effort (qui était plus spleen que sombre), retenons ce Fils A Papa, à part dans la discographie du français, longue plainte obscure aux violons ambiants et oppressant aboutissant à une spirale instrumentale chaotique. Un autre moment suspendu, L'Homme et l'Ame, hommage au victime des attentats parisiens de novembre 2015, tout en tact et émotions, au final en forme de communion cathartique dont la surprod de variété n'arrive pas à occulter une sincérité palpable.

La tradition des morceaux plus léger, légèrement second degrés, inauguré par Pas Là, n'est pas perdue comme le révèle les entêtant Dumbo, Moi Aimer Toi (avec sa basse magique et ses cuivres qui rappelle les copains du Boulevard Des Airs) ou l'énergique Quand Je Serai Père. Des morceaux moins marquant viennent complété cette mosaïque sans l'enlaidir, le gaillard ayant appris à bonifier ses moments plus faibles pour les rendre juste moins fort. La voie d'une expérience qui continue à s'accumuler et qui offre, à ce instant i, une écoute agréable, régie par un talent certains et une maîtrise affutée.

B+
(et si ça vous gêne, c'est la même)

The WRS - (2022) Capicúa

Sur Discogs Si tu sors plus de deux albums, en Belgique, t'es obligé d'avoir une couv' d' Elzo ( Le Prince Harry, My Dilige...