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lundi 24 avril 2023

Oxbow - (2017) Thin Black Duke


J'étais persuadé de ne plus jamais entendre parlé d'Oxbow, après 10 ans. C'est une bonne suprise, certainement, car ce groupe culte aura poussé cette notion à l'extrême. Normalement, c'est la postérité qui fait la renomé d'un groupe, les californiens étaient déjà cultes au printemps de leur vie active. Mais après dix ans, est-ce qu'un homme, et à fortiori quatre, peut-il revenir après avoir vu défilé tant de qualandes et garder le même esprit, la même envie, la même vision ?

Bhin, en fait, oui. No spoil : le premier titre met les choses au claire très rapidement en ouvrant sur tout ce que San Francisco a de plus glauque à offrir. Dans la droite ligné de "The Nercotic Story", ce noise blues continue d'explorer, comme si de rien n'était, le mariage avec l'instrumentation acoustique de type classique. Il s'en émane une musique plus classe et dramatique que jamais, plus guindée, délaissant une image hardcore pour une violence maitrisée, enfilant le chapon melon d'un Alex DeLarge.
Le piano fait des apparations d'autant plus marquantes sur cette galette, rappelant dans son jeu un illustre Nick Cave, mais dans ces douces cacophonies mélancoliques c'est Tom Waits qui, inévitablement, nous revient le plus à l'esprit, comme sur l'excellent "The Upper". Ces infinités de gris strident, ces violents horizons de noir et blanc, ces marées hautes plaintives s'entendent sur le rock jam "Letter Of Note", renforcé encore et toujours par ces instruments frottés. Ou encore sur "The Finished Line" de clôture qui nous glisse au loins vers les abymes célestes, sous les grognements d'agonie de ce grand malade d'Eugene.

L'apport d'une dimension classique ne dénature en rien leur musique, elle la dramatise et l'alourdie encore. Le groupe ne se perd pas dans ces décors : sur l'ambiant "Ecce Homo", il nous rappel les ambiances d'un "Evil Heat". Sur "Gentleman's Gentleman", énergique et surf décadant au chant Patton-ien, et le rock "Host", ils démontrent une envie d'en découdre gouleyante. En somme, on perd en spontanéité ce qu'on gagne en maîtrise. Mais, as trop réflechir, ne perd-t-on un peu d'essence ?
Ils sont frais comme s'ils avaient vingt ans mais sont mûres de tout leur savoir.

A-
(Bending sound, dredging the ocean, lost in my circleHere am I, flashing no colour)

samedi 4 mars 2023

.hopesfall. - (2002) The Satellite Years


Le kilo de chaire pèse-t-il moins lourd que son équivalent de plume ? Car l'esprit flotte vers le lieu aspiré. Le bord du précipice est invisible dans l'éblouissement des étoiles. L'attraction est plus forte que la volonté. La chute est exaltante. Mon moi se brise sur le sol mais le voyage ne fait que débuter. Je l'ignore. La plénitude et le tourment se ficèlent autour de mes émotions boursouflées. Les paysages défilent comme une pélicules remontées dans le désordre. Le soleil se couche sur un ciel nouveau. Quand la robe nocturne point, une créature d'un autre âge tend le cou sur ma carcasse rincée. Ses pensées me percent les tympans tel une berceuse - me traînent, me guident. Le sol défile d'une vélocité croissante sous mes pieds balant, la friction rend l'air étouffant. Le vertige fait tourner des images d'une autre vie, ailleurs, en des paysages hallucinatoires. Le temps se tord pour mieux se compresser, jusqu'à se figer complètement : arrêt aussi brutale que salvateur. Un couloir polycromique m'aspire toujours plus bas vers moi-même. Les sous-basements ressemble un peu à mon enfer. L'enfer, c'est les autres. Suis-je seul ? J'ai presqu'atteint le précipice. Ce n'était que le fantasme recouvrant mon âme telle une tâche d'huile. Les astres ne me regardent plus, ils se livrent à des jeux oubliés. Qui suis-je pour n'être autre chose qu'un spectateur ? Leur mouvement enluminés durent plus d'une eternité pour s'accomplir sans s'annoncer. Le combat fait rage. Plus rien n'a de déroulement, tout se supérpose. La violence douce-amer attrophie ma vision. Un don de destruction pour une obole de vie. Un sacrifice de vie pour une offrande de mort. L'alchimie universelle. Le juste retour du chaos. La toute première règle oubliée réécrite. Il n'est peut-être pas trop tard. Je saute dans l'habitacle et actionne tout ce que mes bras m'autorisent d'atteindre. Le mur du son me brise de deux côtés. La vérité se plie. Je me réveille, les oreilles m'hurlant des choses belles à pleurer. Je crie pour que le temps reprenne son cours. 

Je me lève de ma couche et, encore saoûl des chuchotements de Morphée, j'aggripe une feuille et j'y couche de la pointe d'une mine :
"Pour finir, avec ce deuxième album, plus spleen que jamais, les Hopesfall signe donc leur pièce maîtresse. Le gutiariste Ryan Parrish ayant eu la bonne inspiration de reprendre le micro à son compte, les vocaux sont, certes conventionnels, mais bien plus complets, sans perdre en honnêteté. Cette galette faite de mélancolie et d'énergie affiche son space rock d'un artisanat qui ne relève pas de l'hardcore technique mais du progressif. Les structures allambiquées sont cependant ornementées de lignes (dont cette basse magique de Chad Waldrup) claires où l'hardcore est tellement "post-" qu'il n'a pas peur d'être presque indie. L'album ne manque pas d'idées (de breaks magnifiques au claquements de main en passant à des arpèges fins) et cette succession de courts morceaux forment une mosaïques, comme autant d'escale à un voyage. Un album magnifique." Merde, j'ai peut-être oublié d'écrire le début de ma chronique.

A
(Satellite's gone up to the skies
Things like that drive me out of my mind)

mardi 31 janvier 2023

.hopesfall. - (1999) The Frailty Of Words


Un objet marginal que ce The Frailty Of Words, première offrande des Hopesfall. Résolument hardcore dans son énergie, ces jeunes gens fleurtent avec tout les interdits pour arriver à leur fin. A grand renfort de contre-temps et contre-points, de breaks incessants, d’enchaînements de plans, de changements de rythme, ce petit monde, dans une démarche exutoire, se rapprochent plus du progressif que des casquettes de baseball. En témoigne cet inaugural Shrines Through qui m'a évoqué un certain Between The Buried And Me... qui leur est postérieur. Tout comme la plupart des références auxquels je ferrai allusion durant cette chronique.

Le math metal In Reflection poursuit le repérage. Le grand point faible reste à mon sens cette voix : à la limite du caricaturale en gutural, pas très assuré en chant clair, les limites sont criantes. Dans les passages hard, imaginez Greg Puciato en mode hysterique. Les quelques incartades plus claire ressemble à s'y méprendre à un chant nu-metal d'un groupe de ton lycée. Bien que l'instrumentation l'accompagne avec beaucoup de variétés, de maîtrise et de talent. Mention super top bien à la section rythmique et surtout la basse de Chris Kincaid.

Un production assez froide, peut-être nécessaire pour laisser parler la musique sans y interférer, m'a fait craindre un manque d'émotion, masqué par cette montagne de technicité. Heureusement, Endeavor me rassurera rapidement, avec son désespoir et son énergie. Cette gestion des moments électo-acoustiques m'a fait songé à Opeth, tout comme le très bon instrumental Lament, qui me rappel par moment l'excellent album Damnation des suédois (rho, j'étais jeune).

Le groovy From Your Hands offre un peu plus de chaleur encore, tout comme A Winter's Rose et ses touches heavy, parfois djent. Le carré et monolithique Comfort et ses breaks de feux, très hardcore, torrentiel, nous claque au visage comme une gifle (encore cette basse d'amour). Oceansize, pourtant fondé la même année, ne peut-être une influence mais nous y retrouvons cependant un arrière gout dans le lumineux A New Day, tout comme dans le long prog The Broken Heart Of A Traitor qui clôture le débat, juste après l'instrumental qui donne son titre à l'album, très typé 90's (un petit quelque chose des Red Hot période Californication... ou c'est moi).

Voilà donc un bout de plastique rond étonnant ou pour le moins intéressant. Sans vouloir accabler le chanteur Doug Venable, il aurait tout à gagner de travailler à l'élargissement de ses capacités, les émotions n'en seront que plus vraies. Un son moins froid (ou plus personnel ?) serait peut-être bienvenu mais rien n'est moins sûr. Et je ne voudrais pas terminer sur des commentaires négatifs face à tel melting-pot de genre et de talents. La suite !

B+
(il n'y aucune raison de les laisser tomber)

dimanche 29 janvier 2023

Converge - (2009) Axe To Fall


Six albums en quinze ans de carrière ; un presque sans faute dont un chef-d'oeuvre, de ceux qui redéfinissent les codes dans un genre pourtant compacte ; une suite spirituelle à la hauteur et cette dernière galette en forme de synthèse, en signe de chant du signe. Avec ce dernier don, le quatuor de Salem semblait arriver en bout de cycle. Que faire après tant d'énergie dépenser pour la cause ? Il leur restait une cartouche, une idée, qui leur trottait en tête depuis un moment...

Un album de collaborations. L'idée n'est pas d'hier. Nombre d'artistes ou de maisons de disques se sont déjà lancés corps perdu (ou pas, en fait) dans l'entreprise pour s’acquitter d'un contrat, pour remplir les bacs, pour faire tourner la machine, sous couvert d'un petit plaisir coupable, comme on ferait un album de reprises ou de remix. Est-ce que les Converge seraient à court d'idée ? Non. Cela reste un album de leur mains, ils composent et jouent sur tout, parfois seuls. Ils ne forcent jamais la collaboration, usant des intervenants quand meilleur leur semble.

En solo, ils ne se refont pas : Dark Horse, cavalcade heavy défonce tout sur son passage et ouvre la voie, tambour battant. Plus loin, ils se remettent au sludge sur Worms will feed/Rats will feast (plus converge comme titre, tu meures d'un AVC) aux ambiances sudistes. Le labyrinthique Losing Battle ; le lumineux Dead Beat ou le terrain miné Slave Driver, avec ses rythmiques de charges explosives, confirment cependant qu'ils savent toujours s'y prendre.

Les collaborations sont quant à elles de différentes natures, par coup de pouce, que ça soit un solo inspiré comme celui de Sean Martin d'Hatebreed sur le survolté Reap What You Sow à tendance new-yorkaise (évidemment) , ou l'hadoken musical Cutter avec le chanteur d'Himsa, qui vient conversé avec un solo de guitare verbeux, mais encore la participation d'Uffe Cuderlund (Entombed/Morbid, rien de moins) sur le loudringue Wishing Well, puissant et efficace.

Parfois, l'osmose prend des traits plus racé, en témoigne Effigy avec les potos de Cave In, à la guitare entêtante et cinématographique. Notons Damages où la quatre cordes de Trivikrama Dasa de 108 apporte une touche rampante et claustrophobe. 
L'un des moments marquants restent la participation gothic country de Steve Von Till (des éminents Neurosis) sur Cruel Bloom où sa personnalité avale tout autour, malgré la participation d'autres acteurs folk. 
Dans la même logique, les excellents Genghis Torn et Trap Them contribuent à ce moment cathartique et suspendu (dans la poussière) qu'est la longue balade glauque Wretched World.

Au final, quel disque ! D'une grande variété, maîtrisé, à l'honnêteté presque étonnante mais sans faille. Restant l'oeuvre de ses géniteurs avant tout mais affichant une grande fraîcheur, Axe To Fall fait plus que réussir son paris, en évitant les pièges, en restant authentique, entériné par une liste d'invités de grandes classe, judicieuse. Une leçon. 

A
"Anytime anybody writes a song, that's one less thing that you can do and still be original. You can't come along and write "Iron Man" today. All the heavy riffs that are that simple are already taken. So, you've gotta find new riffs, and as more of those become taken, there's fewer places to go."
Kurt Ballou

samedi 21 janvier 2023

melvins - (1991) Bullhead


Avec ce nouvel opus, les Melvins clôturent ce que je me permet d'appeler leur trilogie de béton : du lourd béton gris, celui qui macule le mur humides des caves. Les trois de Washington poursuive sur la même voie thématique en aiguisant le style, poursuivant leur lente mutation. Les morceaux se structurent de manière plus conventionnelle mais sans perdre en essence, moulant plus de formes à ce marasme punk. Les hostilités s'ouvrent sur Boris, la quintessence du melvinisme, tellement doom, aux riffs imparables. Huit minutes de tube sludge. La torrent de décibels se poursuit sur Anaconda où Buzzo beugle comme un rageux avant de tendre la corde sur Ligature, prette à craquer. 

L'album, charnière, incarne la mémoire du passé, un instantané de l'instant et les prémisses du futur. Le plus stoner du trio à ce jour, tel ce If I Had An Exorcism, dégoulinant, qui s'échoue presque en drone ou Your Blessened, incandescent, sur lequel ils prennent de la hauteur et flottent dans le désert spatial. La galette poursuis la mission débutée sur son prédécesseur et ouvre les portes au grundge naissant (et l'arrivée d'un certain Houdini) avec It's Shoved. La basse de Tori Black groove sur ce titre post-hardcore,  mais résolument alternatif et rock'n'roll. 

Pour claquer définitivement leur premier chef-d'oeuvre, ils nous achèvent sur le heavy et urgent Zodiac et le furieux rodéo Cow dont l'outro en solo de batterie de 2 minutes, bien lourd, nous drague avec un de leur plus beaux atouts, le feeling de Crover, comme le déhanché d'une vieille pute. Ah ! Les salauds...

A
(chez Boris, c'est soirée disco)

vendredi 14 octobre 2022

Melvins - (1989) Ozma


Une batterie pataude, du blast, des cordes rondes et baveuses, les Melvins. Second album - seulement, et un son, à eux, reconnaissable entre tous, pas besoin de rodage. Pour leur deuxième tentative, ils reprennent les négatif de leurs premiers clichés. On décompresse les morceaux, on crée des espaces, pour mieux laisser les instruments respirer, dégouliner, s'épanouir. 

Plus aérés, plus mélodiques, légèrement plus conventionnels dans leur structure, les titres s'embourbent dans un marécage de sludge, entre-coupés de fulgurances glauques. On se laisse aller à tous les possibles : qu'importe, le moyen justifiera la fin. Le trio s'ouvrent aux consonnances métalliques (Let God Be Your Gardener, le tendrement heavy Agonizer) ou encore le proto-grundge (Raise A Paw)  dans des ambiances post-apo (Ever Since My Accident), menaçantes (Koollegged), désespérées (At A Crawl), balistiques (Révulsion/We Reach)...

On jam en masse et découpe en tranches post-punk variées, on sert froid et sale. A l'image de la basse claquante de Lori Black. La batterie organique de Dave Crover, hantée, apporte beaucoup aux tons et ambiances. L'homme prend un plaisir de musicos communicatif (Cranky Messiha) usant de ce feeling qui deviendra légendaire pour laisser éclater ses idées finaudes. A noter, sous le titre Love Thing, une première reprise KISS (Love Theme From KISS), leur grand amour d'adolescence. Pour clôturer, ils grungisent avec réussite le Candy-O des Cars. On en est plus à ça.

Un second album dans la suite logique du premier, peut-être moins spontané, plus ouvert. Les fauves y poursuivent leur évolution en milieu naturel.

B+
(Mighty Miracle Show Of 1000 Delights !)


vendredi 7 octobre 2022

Fugazi - (1988) Fugazi EP


Washington D.C., des gamins qui montent et démontent des groupes éphémères, une envie de changer le monde, de défoncer l'ancien... Tout les ingrédients sont là. Et parfois la sauce prend. Parfois des groupes restent et des légendes naissent. Il faut bien qu'elles commencent quelque part, par quelques circonstances, par quelque chose. Les Fugazi démarrent leur légende, qu'ils alimenteront en s'interdisant de la propager, avec ce premier EP auto-titré.
Aux premiers accord, ce sont certes des codes et des sons (harchi-)connus qui viennent frapper à nos tympans mais la différence est... dans l’exécution.

Loin de moi l'idée de dire que la plupart des gamins de l'époque étaient tous des poseurs... mais en fait, ouai ! Comme dans toutes les scènes, surtout celles dans leur ébullition fécondatrice. Et Fugazi arrive avec un vrai savoir, une expérience séminale non anodine et surtout une authenticité intacte.
Ils sont venus foutre des gnons, gueuler la misère, pleurer leur mal-être, revendiquer au nom de, menacer qui de droit. Ils emballent toutes leur énergie hardcore dans un écrin post-punk et te balance leurs présents (et l'absence de futur) à la tronche. Le post-hardcore écrit ses lettres de noblesse.
Du sang boue de milles idées et la pression pourrait faire sauter le couvercle à chaque instant.
En témoigne cette Waiting Room pleine à craquer de cet engagement, à la fois écorché et éclatant, au refrain imparable, limite skate.

On ressent de l'envie, celle d'en découdre mais d'y mettre les notes et les mots. Le plaisir, celui de faire du bruit, de jouer pour se faire entendre. Mais surtout un besoin, celui de laisser exploser les émotions, de faire parler ses ressentis, de taper du poing, de se sentir vivre.
Avec cette double voix, cette basse de premier plan, ces textes honnêtes et ce sens de la mélodie, le niveau de composition affiché est déjà à proprement parlé bluffant. La bouteille accumulée lors de leur vertes années paie cash. 
La suite arrive ? Vite ! Oui, très vite.

A
(we do are fucked up, get ambushed and zipped in)

jeudi 22 septembre 2022

Converge - (2006) No Heroes

(2006) - Sur Discogs

Que dire encore ? Après plusieurs essais et l'album référence, ils voulaient confirmer, ce qu'ils ont fait. Le tour de la question aurait pu être faite. Que dire de plus ? Ben Koller pouvait-il faire plus fort ? En fait oui. Où est sa limite ? Pourquoi une limite ? Il blast, il cogne, il castagne, il effleure et il frappe sur tout ce qui reste trop longtemps inanimé, il s'ouvre à de nouveau son, il est partout même quand il ne dit rien. Ballou en profite pour faire l'inventaire et ne reste pas en panne de slides, distillant contre-temps malicieux et riffs assassins dans des structures... quelles structures ? On parle de punk, ici. Nate Newton, l'oublié de la bande - et pourtant !, fait vrombir sa basse là où on en a besoin, copulant avec sa soeur à six cordes ou volage, laissant libre court à ses envies, plus claquante que jamais, parfois même groovy. Le quartet répète tranquillement ses gammes avec une énergie lavique déchaînée. 

Bavant son sludge, pour mieux créer des ambiances de fin du monde (le Weight of the World semble nous écraser), avant de nous asséner des coups de machette mathcore sans merci, le groupe plonge même dans l'interdit avec un chant -très- clair (très bien exécuté) sur le doom Grim Heart (qui sonne musicalement un peu comme du Melvins). Un morceau qui n'est pas sans rappelé les tentatives similaires (et tout autant réussies) de leurs confrères de Dillinger Escape Plan. Mon dieu, j'allais oublier de parler de Jacob... Mais faut-il parler de Bannon après ce que je viens de dire ? La maestra. Toujours aussi juste, toujours plus profond, toujours aussi poétique. 
La volonté de prendre un peu plus de recul (pour mieux sauter) et de décompresser leurs morceaux offre au groupe l'occasion de laisser éclater des passages plus heavy, plus nuancé ou des climats plus variés. Sans se trahir, il va sans dire : ce sont des éléments qui ont toujours fait partie de leur musique, en micro-doses, mais qu'ils laissent se développer organiquement au seins de la frénésie hardcore qui a fait leur réussite. 

Ils n'avaient pas fait le tour de la question, ils viennent de le faire. Je ne peux me résoudre, en y appliquant un maximum d'objectivité, à affirmer qu'il y a quelque chose à jeter sur ce disque. Cette album sera définitivement vu comme un exercice mineur, durant lequel la bande se répète, mais je pense que c'est une erreur. Ils y soumettent ce qu'ils ont fait de mieux, parfois en mieux. Je le trouve, par exemple, supérieur à l'excellent You Fail Me qui avait jouit de la renommé de son prédécesseur en étant une (excellente) suite spirituelle. On perd le sel du concept, un brin de charme, mais on y gagne un panorama musical riche. Que dire de plus ? Je pense que l'on tient là un authentique "best-of" d'originaux.

A
(comme dirait J.J., parce que la musique est bonne)

mardi 20 septembre 2022

Melvins - (1987) Gluey Porch Treatments

Attention, moment important dans l’histoire du son lourd. Ces trois kids de Washington amateurs de punk hardcore se mettent à jouer de plus en plus lentement. Sûrement pour faire chier. Ce sont des braves gamins mais foutre le brin, c’est quand même marrant. Alors en cachette, on ramène un pot de slime dans le dos de la maîtresse et on le fait dégouliner dans le pupitre et on le regarde s’infiltrer lentement, pataud, en gloussant.Ce slime, c’est la guitare de King Buzzo : elle est ronde, crue, collante, lourde, abrasive. Et comme un slime, ça rebondit, sa prend la forme que l’on veut sans jamais tout à fait se laisser dompter, mais on peut improviser et, surtout, s’amuser. La batterie poisseuse de Dale Crover, c’était la petite étincelle pour que l’allumette sente le souffre. Bruler des trucs, c’est marrant aussi tiens. C’est chaud, vivant et ça part vite dans tous les sens. Ces mecs auraient pu devenir les Beastie Boys, par passion pour Black Sabbath ou Jimi Hendrix, ils sont devenus les Melvins.

Quand Black Flag invente le concept du sludge, par inadvertance, ils ne pouvaient pas s’imaginer que ces petits malins allaient pousser le concept toujours plus loin. Qu’ils allaient garder la structure du (post-)punk, juste garder des sections de musique, des plans, mais sans s’ennuyer à en faire des morceaux compliqués. Qu’ils allaient inventé le son d’un trou noir, cette étoile en fusion qui finit par s’effondrer sur elle-même. Que les rues puantes, les sons rouillés, les caves de répét’ humides, les odeurs de bois moisi allaient s'agglomérer en un point infiniment dense et lourd. A l’image de ce titre d’introduction, Eye Flys, sludge, drone, ambiant, plombé (impossible que Khanate n’ait pas entendu ce morceau).

Influencé par le doom, le post-punk, l’hardcore, ponctué de solos grincents, d’atmosphères noires et blanches, aux inombrables nuances de gris, de structures torturées, de chants à l’emporte-pièce, les Melvins affirment l’existence d’un genre nouveau-né et y mettent dors et déjà une patte très personnelle, sans jamais y revenir, influençant tellement de gamins, de Seattle entre autre. On est pas là pour rigoler mais qu’est-ce qu’on se marre !

B+
(with all the heavyness of the load)

mercredi 7 septembre 2022

Converge - (2004) You Fail Me

 

2004 - Sur Discogs - La version Redux sert de référence à cet article

Quand le quatuor de Salem entre en studio pour empaqueter You Fail Me (YFM), ils ont eu plus que l'occasion de roder leurs morceaux dans l’intimité de la tournée Jane Doe, principalement lors de jams à l’occasion des soundchecks. Si vous trouviez le précédent opus compact et sombre, vous serez servis. Effectivement, autant musicalement que thématiquement, YFM s’inscrit dans la continuité de son aînée, morte sans nom. 
Dès First Light/Last Light, avec ses accords de guitares electro-acoustiques, le groupe nous emmène dans une descente infernale. Telle cette main coupée sur la pochette, qui nous tirerait les chevilles vers le néant (et rien ne sert de lutter), Black Cloud nous précipite dans ses orages émotionnels. Le son est plus noir, plus tranchant, plus inquiétant que jamais.
Si les traumatismes enfuis furent mis à nu au cutter, la sortie de Jane Doe ne les auras pas guéri complètement et Bannon tente de panser cette dépression avec des textes toujours aussi lyrique et une interprétation écorchée vive. Il narre ses échecs et ses ratures, sentimentales et mentales, ceux qu’il a infligés aux autres, ceux que les autres lui ont infligés et surtout ceux infligés à lui-même.

La chute sur le très hardcore Hope Street se poursuit, en traversant tout les étages de la remise en question (notons le très heavy Heartless), pour aboutir sur l’excellent sludge You Fail Me, qui se joue de l’apesanteur : toujours plus bas, toujours plus désespéré.
Les musicos sont à leur sommets respectifs et les morceaux, toujours plus compacts, foisonnants, touffus, sont des véritables panoramas d’écritures (l'excellent Drop Out). Mention spéciale, encore une fois, à Ben Koller, batteur de son état, pour sa frappe juste mais complexe.
Pour ratifier ce moment suspendu, plus aériens, s’ensuit la balade poussiéreuse et maladive In Her Shadow. C’est pour mieux nous faire définitivement perdre pied dans la dernière partie du disque, avec ce duo incandescent Eagles Become Vultures/Wolves At My Door qui se complètent mutuellement.
La temporalité à toute son importance sur cette œuvre avec sa construction particulière. Les morceaux s’enchaînent sans temps-morts, sans intro ou outro. La nature des compositions étant versatile, il est parfois difficile de se rendre compte des transitions entre celles-ci. Ce qui contribue non seulement à ce sentiment d’unité dense entre les morceaux, claustrophobique, mais également à cette irrésistible chute, ce sentiment vertigineux, ce fond qui se rapproche inexorablement vers une fin amer.

On termine sur une touche humoristique avec un aller-retour dans la figure : Death King, In Her Blood (qui renvoit à In Her Shadow) et Hanging Moon expulsent leurs rafales métalliques à coup de riffs syncopés. Il est vrai que l'album, dans son unité extrême, tombe à quelques moments dans une certaine redondance. Il s'agirait bien du seul point imputable tant cette plongée dans l'univers de YFM est intense, fascinante et exaltante. Un autre grand disque, un chouïa en deçà de son prédécesseur, du grand standing dans la mâchoire du le reste du monde.

A-
(fuper !)


jeudi 1 septembre 2022

Converge - (2001) Jane Doe


Avec cet album,
Converge entre définitivement dans la cour des légendes.
Abandonnant leurs influences, parfois criantes, pour ne laisser que leur propre son, enfin trouvé, le gang du Massachusetts offre une livrée compacte, suintante, enfumée, claustrophobe, viscérale, énergique, profonde, touchante, émotive.
L’album évoque les relations humaines déchues et leurs conséquences. Pour en parler, Bannon sort ses textes les plus personnels et poétiques pour accompagner au mieux la décharge émotionnelle musicale.
Comme libérée des ces références qui sont autant de carcans, le groupe sort le couteau suisse et l'habileté de composition pour l’utiliser. Tout ce petit monde est à sa place et se transfigure, l’inspiration est là, en témoigne l’arrivée et l’impacte immédiat du nouveau batteur, Ben Koller qui amène dans la résonance de ses fûts une nouvelle dimension aux compositions.
Notons également cette nouvelle basse, issue du doigté juste de Nate Newton, plus sublime que jamais, en témoigne Hell To Pay, à la section rythmique dégueu et obsédante.
Un portefeuille plus épais permet au groupe une production aux petits oignons, certes quelque peu étouffée par ce mur de décibels, mais qui relève le goût de l’album en vue d’écoutes plus attentives et prolongées et qui sert particulièrement des titres plus posées tel que les envolées de The Broken Vow ou Heaven In Her Arms qui résume à lui tout seul tout le spleen d’une rupture et le sentiments contradictoire qui en découle (et ce break de feu de dieu).
Un autre pure moment de cette galette reste le Pheonix In Flight qui porte magnifiquement bien son nom, allant chercher dans les cendres d’une relation perdue la force pour rouvrir les ailes, se retrouver, être à nouveau quelqu’un qui a du sens. Mes aïeux, un moment de grande puissance lyrique, d’une beauté palpable, résumant à lui tout seul le thème de l’album… pour s’écraser, tout en contraste, en une désillusion nommée Pheonix In Flames.
N’allez pas croire que le mathcore est oublié : Thaw et ses contretemps possédés ; Concubine (quelle ouverture !) sonique, modèle d’école ; ce Fault and Fracture, pure condensée d’écriture en 3 minutes top chrono ou encore Bitter And Then Some, boule de feu.
Si une référence doit être notée, on mentionnerai quand même sans rougir Jesus Lizard dont l’ombre plane sur Distance and Meaning ou encore Homewrecker. Au jeu des comparaisons (peut-être futiles), ce dernier, à trois lettres près, porte le même nom qu’un titre du reptile marchant sur l’eau et possède la même décharge énergétique absolue pour une même idée de fond (coïncidence ? on ne pense pas).
Pour clôturer ces 45 minutes bien remplies, qui défie les lois du temps et de l’espace, est lâché le dernier tout grand moment : le morceau titre, Jane Doe, sludge protéiforme cathartique. Plus de onze minutes et demie de pure maîtrise intense dont aucune seconde n’est à jeter.

Tout est dit. Bisous.


A++

(do you wanna? do you wanna? do you wanna be my Jane Doe ? 🎵)

dimanche 28 août 2022

Converge - (1998) When Forever Comes Crashing

 

1998 - Sur Discogs

Avec ce When Forever Comes Crashing (WFCC), lâché deux ans après son ainé, Converge a clairement pris en maturité. On n’est pas encore à ce son “type”, compacte, glauque, soufré mais on s’en rapproche furieusement. En attendant, quand My Unsaid Everything vient te gifler, t’es quand même content d’être venu.

L’empreinte Mathcore est plus marquée, avec son lot de contretemps très bien senti (ceux de Conduit sont affolants, Letterbomb en envoie quelques ogives) pour un résultat résolument intense.


Le panelle d’émotions est plus large et plus juste qu'auparavant en atteste ce The High Cost Of Playing God et ses breaks de malade, pachydermiques ou ce The Lowest Common Denominator, sludge et noisy, à la frontière de la sanité mentale.

Ten Cents, balade dépressive, puant l’humidité et la moisissure, se croupie avant que Year Of The Swine, puissant, efficace, presque death, avec sa batterie survitaminée et ses slides de guitare bavantes, nous bondisse à la carotide. Un autre moment marquant.


Dans sa globalité, l’album est qualitativement plus relevé que Petitioning The Sky (dont la popularité, il faut se l’avouer, reposait énormément sur son premier titre, le brillant The Saddest Day). Il transparaît cependant une certaine répétition dans l’écriture au fil de l’album (il faut laisser le temps au temps comme disait les autres).

Love As Arson, pleins de haine et de pipi, clôture les débats, juste parce qu'il ne faudrait pas, avant de partir, oublier pourquoi on est venu. Merci !


A-

(non, mais continuez, faites comme si je n'étais pas là)


vendredi 26 août 2022

Converge - (1996) Petitioning The Empty Sky LP

 

1996 - Sur Discogs 

Après un premier album auto-produit et échangé sous le manteau, Converge accouche d’un EP 4 titres, Petitioning The Empty Sky, servant d’hors d'œuvre à un futur longue durée. 

Distribué sur un label plus sérieux mais qui a le bras long, Ferret n’hésite pas à ressortir le même disque, augmentée de 4 autres nouveaux titres et d’en faire un LP (ce qui ne sera pas au goût du groupe).

Cet album, enfin, cette compil, enfin, bref, doit son prestige en grande partie à son premier morceau, The Saddest Day, sept minutes de hardcore au relent brutal death prog. Un bazar multifacette, aux changements d’ambiance, de textures, de couleurs et d’émotions parfaitement et incroyablement maîtrisé. On est encore assez loin du Converge d’un Jane Doe, mais ça en a déjà l’odeur. Certes, le chanteur Bannon n’a pas encore atteint tout son potentiel et le groupe semble hésiter, comme sur le reste de l’album, à soit complètement embrasser certaines voix, soit à oser en suivre d'autres mais le talent brut est palpable. La sueure, la pisse et le pot d’échappement ravagent le nerf olfactif.

Le reste de l’album pourrait être une formalité, la messe serait déjà dite.

Des morceaux efficaces et/ou plombés éclatent, où on peut entrevoir dans les étincelles le futur du mathcore (Forsaken, Shingles, Color Me Blood).  Les idées sont là, de bonnes idées, mais leurs digestions n’est pas aussi limpide que ce que le groupe proposera par la suite. De facto, l’album est plus disparate, plus panoramique, ce qui lui procure un certain charme, avec des morceaux plus marqués les un des autres. 

Côté pile, on peut parler de Farewell Note To This City, très mélodique, ambiant mais à l'interprétation frôlant la caricature de soi-même, sauvée par son honnêteté et son feeling.

L’influence du modèle Fugazi est criante particulièrement sur l’excellent Dead ou encore Albatross, l’art de faire des miracles : 1 minute 40 désespérée et à fleur de peau. 

Définitivement hardcore (comme en atteste encore Buried But Breathing, skate mathcore - sisi), l’album restera cette fusée cathartique, d’une jeunesse pétrit de talent et de haine. Une carte de visite pour ce groupe à l’avenir que l’on connaît.


B+
(continuez, messieurs, continuez)

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