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mardi 31 janvier 2023

Noir Désir - (2020) Débranché


On n'attendait plus vraiment une sortie de Noir Désir. Peut-être qu'on s'en foutait un peu. Vu qu'il était impensable de voir émerger des titres inédits, on pouvait toujours s'attendre à des bandes perdues, des chutes de studio,... Le problème, souvent, c'est que si on n'a pas trouvé ça une super bonne idée de le sortir avant, c'est que ça en est peut-être pas une... Ou alors des prestations en publique. A quand un gig complet datant de la tournée 666.669 Club ? Au final, Barclay nous monte un album acoustique. Pourquoi pas. Vu qu'à priori le vinyle a la cote et que les gens sont près à payer n'importe quoi si ça a l'air collector, autant sortir non pas un vinyle, mais deux vinyles : pas un 45 ou un 33, les deux.  

Sur le 45t est gravé l'enregistrement du passage du groupe à l'émission Much Electric, à Buenos Aires en 1997 durant la tournée 666.669 Club (bah, tiens). Et le son est assez misérable... Problème d'ingénierie ? De budget lors de l'enregistrement ? De conservation des bandes ? C'est dommage, surtout que la participation d'Ákos Szelevényi, saxophoniste hongrois, ayant déjà participé à l'album imprononçable su-nommé, est remarquable. On se consolera en se disant que des cuivres et un son parasité, ça fait vintage. Sans rire, bien qu'un véritable cachet s'en dégage, ça reste étrange et même douteux de fournir une telle qualité acoustique sur un enregistrement professionnel, enregistré en 1997, distribué en 2020. Bref, qu'en est-il des prestations ? Un Jour En France, où le saxophone virevolte, passe l'exercice de style assez facilement. Fin de siècle, peut-être le plus scarifié par sa qualité sonore, reproduit une ambiance particulière, plus spleen, plus mélancolique, plus désespérée. Choix intrigants, Song For JLP, n'est plus cette hidden track bizarre mais un titre country aux effluves éthylique et Back To You, une très bonne face-b, est joué avec énergie, fraîcheur et réussite. En résumé, la talent transfigure la technique. 

Quand le diamant vient se coller sur le sillon du plus large des deux disques, on ne peut-être tout à fait préparer à ce que l'on va entendre. Vous avez déjà eu la chaire de poule à l'écoute de Si Rien Ne Bouge ? Vous n'imaginez pas. La version immortalisé à la radio milanaise en octobre 2002 est un véritable joyau, de ceux qui cristallisent les émotions les plus fortes, qui font briller chaque instruments de la manière la plus éclatante. Le Vent Nous Portera ? Facile, il suffit de glisser de l'electro-acoustique à l'acoustique. Non. Faut-il encore l'habillé de sentiments et d'authenticité, ce qu'ils n'auraient pas pu aussi bien faire qu'avec cette interprétation habitée.  La version americana de L'Homme Pressé renvoi une bonhomie et un plaisir communicatif. Toute la sensibilité à fleur de peau du Des Visages, Des Figures est transcendée quand elle est épurée de son électricité. Les Ecorchés n'en perd pas une goutte d'énergie et A l'envers, A L'Endroit, ce grand morceau, déjà sublime en condition electro-acoustico-live, a tout le temps de déposer à nos pied sa poésie. En clôture, Song For JLP résonne une seconde fois, toujours très bon mais cette fois-ci avec un vrai rendu sonore. J'imagine que ça justifie le doublon. 

Et bien, malgré la démarche qui ne dupera personne, voici quand-bien même un disque à l’interprétation titanesque, qui ne manque pas d’intérêt. Ceci en tenant compte des situations : en pleine tournée des plus rock pour 1997, lors d'une tournée 2002 où les claviers et l’électronique s'invitent plus que jamais dans le paysage musical du groupe. Un vrai travail d'auto-réinterprétation. C'est cher payé la fantaisie du double album mais ce serait aussi passé à côté d'une pièce indispensable pour les fans. Sinon, ça existe en CD pour les vieux et les gens pas cool, et en streaming, mais parait que c'est mal... Vous voyez où je veux en venir.

A-
(j'ai douté des détails, jamais du don des nues)

jeudi 19 janvier 2023

Orelsan - (2009) Perdu D'Avance



Le Grand Jacques disait qu'Orly était triste le dimanche mais c'est probablement à Caen qu'on doit se faire le plus chier. Aurélien n'est pas encore Orelsan mais avec son petit groupe d'affociniados de hip-hop, ils écrivent et jouent dans leur coin. Le mec a 25 ans quand il publie sur MySpace ses premiers titres Ramen, Saint-Valentin, Sale Pute,... Second degré total mais flow imparable, lyrics grossières mais soignées, l'intérêt musical reste douteux, peu aidé par une production DIY. Nourris par la culture geek d'une époque où elle est encore une insulte, l'enfant des années 90 transpire toutes ses influences. Il continue à s'amuser (et sort, autre autre, un slam de Batman - ah si) et fini par lâcher le titre Changement, autrement plus sérieux à tout point de vue. Enfin repéré, il empile pour un premier album, Perdu D'Avance.

Largement influencé par le rap old school, l'album sera le plus "hardcore" (lol) de toute sa discographie. En atteste la première pièce Etoiles Invisibles et sa boucle de piano samplée mais, bien sûr, son refrain très pop. Seul morceau préservé de ses vertes années, Changement et son refrain imparable, au beat plombé qui contraste avec ce rap rapide (un peu comme l’exécutait un Nonstop) se montre sous des parures et arrangements bien plus affriolants. L'ensemble de l'album est d'ailleurs une vraie réussite dans sa production pure, l'ami Skread n'étant pas le dernier venu dans le milieu (je ne suis pas wikipedia).

Le niveau des textes est déjà un cran au dessus. Pas tant thématiquement, car le français, plein de spontanéité, nous y dépose sa jeunesse, sa ville, ses soirées, ses amis, ses déboires amoureux, le tout saupoudré de références à la pop culture du Club Do' et d'un maximum de punchlines vulgaires (car ça les puncher). Les déclas machistes (Pour Le Pire) répondent au trips égocentriques (Logo Dans Le Ciel, facile mais très bien ficelés littérairement), façonnant cette image gagnante de looser magnifique au syndrôme de Peter Pan. Le véritable talent du jeune homme repose sur sa plume pure, son flow savant, ses trouvailles d'écritures ingénieuses ou ses jeux de mots facétieux. Il serait d’ailleurs aisé d'omettre complètement la musique lors de l'écoute tant il y a de choses dites avec la manière. La composition, sur l'ensemble du disque, semble facile mais pas sans intérêt. Outre l’efficience des refrains entêtants, des arpèges du très 80's Perdu D'Avance ou encore du son Snoopo-doggo-Dr. Dre d'Entre Le Bien Et Le Mal on peut noter la sombre nappe de clavier sur No Life, la french touch d'une Soirées Ratées ou le presque chip tune 50 Pourcents.

On parle de ce débat autour d'Eminem ? Il n'y a pas : la comparaison est évidente. Rappeur blanc sur musique de renoi pour publique blanc. Maîtrise indécente du verbe et du débit. Second degré. Amour du hip-hop (l'instru Gangstarr d'un Courez, Courez) sur refrain de pop (mais sans pour autant leur dire stop à base de popopopop). Elle est évidente mais elle s'arrête là : les univers sont différents, l'époque mais la sensibilité également. 
Voilà un premier effort réussi, non sans quelques facilités ou gimmicks, varié et spontané, qui manque parfois de caractère mais pas de personnalité, ni d'humour slice of life. Plus qu'à espérer que le canais affine son propos et sa musique pour moins puérilités et de grivoiseries racoleuses. Heureusement, l'histoire prouvera qu'il se bonifie avec le temps comme une bonne huit-six.

B
(j'sais pas qui c'est ton rappeur préféré mais sache qu'il est meilleur que lui)

lundi 16 janvier 2023

Noir Désir - (2022) Comme Elle Vient



Que faire de cet LP ? 20 ans après la fin de cette tournée mythique, 17 depuis le En public qui le deviendra bien vite, tout comme son DVD compagnon En Image ? Barclay cherche dans le fond de ses tiroirs quelque chose à se remettre sous la dents, puisqu'ils n'ont pas omis de laisser retomber les grands vents des anciennes tempêtes. En soi, on a toute les raisons de dire merci après l'intéressant Débranché et l'indispensable Elysée Montmartre 91 sortis dernièrement. Mais tendez l'oreille, ce concert vous sera peut-être familier, pas uniquement car une autre galette de la tournée est déjà sortie, mais bien car le son est celui du concert intégral du disque vidéo su-mentionné : le live à Evry de 2002, une des ultimes dates de l'ère Des Images, Des Figures. Un concert à l'image de la tournée : incroyable, s'il faut le dire, aux ambiances profondes et subtiles.

D'un point de vue  technique, le son est presque parfait. On peine à croire à un enregistrement en direct outre l’interprétation. On note un mixage qui fait la part belle aux ambiance et instrumentations, la voix de Cantat étant plus en retrait et le public ne faisant que de brèves apparitions. Après cette longue tournée, le groupe est rodé, à son sommet artistique, le moindre arrangements, comme autant de friandises, sont éprouvés et leurs morceaux apparaissent tel leur état définitifs. De facto, la mosaïque que forment les morceaux est plus profonde mais moins énergique, moins hargneuse. C'est très bien aussi.

L’exécution est habitée, comme toujours, fumeuse, en témoigne cet éternellement magnifique Si Rien Ne Bouge. L’exalté Les Ecorchés répond à un Pyromane, tout en mesure, en émotions et contrastes. Septembre En Attendant se métamorphose en jam atmosphérique, plus Led Zep que jamais, sans oublié l'odeur de poudre d'un One Trip One Noise, qui n'aura jamais été aussi hallucinatoire et brouillant. Jusqu'au bouquet final, tout ce qu'il faut est là.

Mais... Avait-on vraiment besoin de ce disque ? Alors que cette tournée fut presque enregistrée sur toute ses dates ? Qu'il existe sûrement des prises pro d'une poireauté de gigs inédits ? On attend toujours une chute de la tournée 666.667 Club... Que faire de cet LP ? Le (ré-)écouter ? OUI, ne nous privons pas de belle chose. Le (r)acheter ? Mais plutôt crever.

Et donc :
comme dans Artistiquement : A
comme dans Démarche : D
(Quand on vivait mieuxIl y avait Paul et Mickey on pouvait discuterMais c'est Mickey qui a gagné)

lundi 10 octobre 2022

Vianney - (2016) Vianney


Allant de pair avec les inévitables apparitions publiques et médiatiques croissantes, la stardom du jeune homme devient éminente
Pour confirmer tous les biens que ces bienfaiteurs et investisseurs ont fondé en lui, Vianney Bureau ne va pas renverser les tables mais reprend le propos où il l'avait laissé deux ans plus tôt, l'augmentant d'une rhétorique d'écriture et de composition enrichies par une bouteille bienvenue.
Plus de place pour les approximations, l'auteur palois délivre une collection de morceaux plus carrés, cohérentes, prenant des direction artistiques claires. 
Le travail de production, toujours aussi pléthorique, s'en ressent et sert moins d'ornement glamour à des compositions qui n'en ont plus vraiment besoin. Mieux jaugés, les épanchement orchestraux quelques fois ronronnant, souligne le sujet, le complète mais ne l'étouffe que rarement.
Le garçon a trouvé son style et utilise ces divers éléments extra-compositif dans ce cadre.
En témoigne ce Sans Le Dire d'ouverture chargé mais touchant.

Vocalement plus aboutit, l'artiste ose plus (Oublie-Moi et ses montées dans les aïgues sans ridicule) tout en gardant ce phrasé type (qui peut agacer) mais reconnaissable et marquant, lui donnant toutes les raisons de continuer dans cette voix.
Le ton est encore plus sombre que sur le précédent effort (qui était plus spleen que sombre), retenons ce Fils A Papa, à part dans la discographie du français, longue plainte obscure aux violons ambiants et oppressant aboutissant à une spirale instrumentale chaotique. Un autre moment suspendu, L'Homme et l'Ame, hommage au victime des attentats parisiens de novembre 2015, tout en tact et émotions, au final en forme de communion cathartique dont la surprod de variété n'arrive pas à occulter une sincérité palpable.

La tradition des morceaux plus léger, légèrement second degrés, inauguré par Pas Là, n'est pas perdue comme le révèle les entêtant Dumbo, Moi Aimer Toi (avec sa basse magique et ses cuivres qui rappelle les copains du Boulevard Des Airs) ou l'énergique Quand Je Serai Père. Des morceaux moins marquant viennent complété cette mosaïque sans l'enlaidir, le gaillard ayant appris à bonifier ses moments plus faibles pour les rendre juste moins fort. La voie d'une expérience qui continue à s'accumuler et qui offre, à ce instant i, une écoute agréable, régie par un talent certains et une maîtrise affutée.

B+
(et si ça vous gêne, c'est la même)

mardi 13 septembre 2022

Vianney - (2014) Idées Blanches

 



Une enfance paisible, en pleine ville lumière, à écouter le paternel graté des classiques de la chanson française. Rien de plus ne pousse le jeune Vianney à prendre la plume et esquisser ses propres pièces.
Soutenue par Isabelle Vaudey, qui deviendra sa manager, l’auteur-compositeur voit son premier single, "Pas Là", prendre un essor populaire assez étonnant. Apprécié des jeunes avec ses textes astucieux mais simples, il est une énigme à résoudre : hoax ou graine de talent ?
Puisqu’on bat le fer tant qu’il est chaud, il tente l’exercice de longue haleine et boucle un premier LP, sujet de cette humble étude.


Dès le joli et légèrement reggae "Aux Débutants de l’Amour", la première influence majeure se fait entendre, Georges Brassens : un style d’écriture décontracté mais authentique, ce phrasé clair et se jouant des syllabes. L’inspiration (ou l’hommage ?) se poursuit tout le long de la galette mais saute encore bien plus aux oreilles sur le délicat et réussi "Notre-Dame-Des-Oiseaux" (en hommage à son école d’enfance) ou il y articule les mots et roule ses “r” comme l'aurait fait l’éminent héraultais. Mais bien d’autres noms peuvent prétendre faire partie des forces impulsives (de l’arrière-garde ou de la nouvelle scène).
L’album met du temps à se mettre en route avec plusieurs morceaux simples, certes bien réalisés, aux paroles adroites et prometteuses, mais assez oubliables, faciles ("Tu Le Sais" ; "Chanson d’Hiver", inoffensive ; "On Est Bien Comme C"a, qui sonne définitivement comme un générique de série France Télévision).
Le tube révélateur sus-cité ("Pas Là") aux arrangements sympas, violons accrocheurs, couplets efficaces et refrain gaga qui s’infiltre dans la mémoire vive (de manière presque agaçante) ne manque bien sûr pas à l’appel.
Ce titre, à l’image de l’album, est très produit, pas toujours subtilement, peinturluré comme un camion volé.
En outre, les morceaux souffrent de quelques imprécisions de jeunesse et manquent de patte : ce "Labello", aux jolies lignes mélodiques mais au refrain naïf ou "Mon Étoile" à l'interprétation forcée.

A contrario, des titres comme "Je Te Déteste" (et ses changements de tempos intélligents) ou Veronica (son intro sifflée ingénieuse et ses mélodies vocales intouchables) élèvent le niveau avec des compositions fines, entraînantes, et des textes accrocheurs. Le guitariste-chanteur y dévoile un peu de son avenir, y démontre un style plus typé et semble s’aiguiser au fil des minutes. Même constat pour l’original "Les Gens Sont Méchants" aux aires vraiment réussies et son pont final qui met d’accord. "Tout Seul" et ses accords entêtants aurait pu figurer sur la fournée auto-titrée suivante.

Voici donc un premier album loin d’être mauvais mais encore trop fragile, démontrant un vrai talent inné de composition brut mais dont l'expérience doit encore en sculpter les formes et les contours. L’écriture est déjà plaisante et pose des bases saines.
Les idées sont là, l’envie pour sûr, mais il manque un savoir faire, comme l’indique ces refrains souvent translucides.
La version augmentée offre la possibilité de jeter une oreille sur la reprise heureuse de "Lean On" de Major Lazer. Car le garçon démontrera qu’il a le nez creux pour faire des reprises inspirées.


B-

(tous les gens ne sont pas méchants)

The WRS - (2022) Capicúa

Sur Discogs Si tu sors plus de deux albums, en Belgique, t'es obligé d'avoir une couv' d' Elzo ( Le Prince Harry, My Dilige...