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mardi 28 mars 2023

Baby Fire - (2014) The Red Robe


La musique de Baby Fire se construit toujours sous forme de chansons au sens traditionnel, mais encore une fois, entre la structure carré du rock industriel et, ici, le son noire du doom. Le noir et le blanc des notes offrent à ce nouveau tableau une infinité de gris, entre glauque et horrifique (Dogs), tantôt gothique (le ritual Cold, qui porte bien son nom) tantôt sacré (quelques choeurs éparses).

La voix chaude et habitée de la britannique Dominique Van Cappellen humanise avec élégance et profondeur des riffs glacé, flirtant avec la Cold Wave (dont cet excellent Victory, très Joy Division). Mais les filles ne font pas les choses simplement et les lignes se brouillent à nouveau : les ambiances funeral doom-esque du morceau titre répondent aux lourdes gouttes de plomb des lugubre arpèges de guitare southern rock tandis que le rock grungisant se marie au post-punk ethereal.
Notons également le très martial et intense Mother, le space-doom occulte de The Perfect Dress, la balade noisy At The Very Heart ou le fragile Secret Ceremony.

Cette seconde oeuvre du power trio le plus déprimant de Bruxelles nous promet un séjour dans une demeure hantée durant lequel on doit se résigner à y rester piéger, toute issues étant impossible. Un peu comme un mash-up entre le Nosferatu de Murnau et The Shining de Kubrick. La plaque se finit sur le très Oxbow (bah tiens!) The Lit Light avec ses relents Ministry-ien, qui résume bien toute la joie de vivre mais surtout l'originalité et le bon goût de ce projet qui mérite toute l'attention qu'on a pu lui porter. Encore ! Qu'on se marre !

B++
(i do not want to shock the neighbours)

mercredi 8 mars 2023

Prick - (1995) Prick


Après la longue et frustrante existence de Lucky Pierre, Kevin McMahon retrouve son ancien claviériste live et ami, un certain Trent Reznor. Kevin, toujours quelques titres sous le bras, et Trent, toujours aussi boulimique de travail, se retrouvent finalement en studio pour que le deuxième produise et distribue enfin l'album inaugural du premier. Le projet part inévitablement vers le rock industriel en vogue, et sphère de compétence du fondateur de Nine Inch Nails.

Le duo n'aurait pas pu choisir un meilleur titre d'ouverture que ce Communiqué : l'écriture fine, à tiroir, ces changements de plans, ces saturations, le bruitisme, la déstructure, sont au service... d'une chanson. Car l'industrial de Prick est à ranger au côté des Outside de Bowie, des Year Zero de Nine Inch Nails (Riverhead), du Paradize d'Indochine ou encore de Stabbing Westward (particulièrement le single Animal et sa basse ensorcelée), c'est à dire des morceaux de rock avant tout, voire de pop-rock, avec des bruits bizarres.
Il  n'y a pas que sur ce titre que plâne l'ombre de Bowie. Déjà à l'époque de Lucky Pierre, McMahon ne pouvait que difficilement caché son influence (alors période Hunky Dory), bien que les sonorités électroniques ici présentes nous renvoient, de facto, à Outside ou Earthling (comme sur le quelque peu drum'n'bass Other People, où le backing vocal de Reznor se fait clairement audible). Outre Communiqué, Tough est un autre recyclage du premier groupe de l'interprète, transformé en cartouche indus évoquant l'Astonishing Panorama Of The Endtimes de Manson. Mais on retrouve également une touche Lucky Pierre au moment d'I Apologies ou de la balade No Fair Fight (qui finit en cacophonie désespérée).

Une seule chose empêche ce melting-pot décousu de s'effondré : le talent. Que cela soit la comptine camée Makebelieve, le punk-rock indus I Got It Bad ou les blues électro Crack, le bonhomme démontre un talent d'écriture éclatant, distillé à coup de breaks sentis, de mélodies superposées et de vocaux inspirés. Et même si les influences se font entendre, elles sont parfaitement digérées. La patte du producteur n'empiète jamais sur la vision de l'artiste : écrire des chansons. Un album de rock indus méconnu et, pourtant, un des tout grand.

A
(et pas moins)

dimanche 12 février 2023

Wolvennest (Featuring Der Blutharsch And The Infinite Church Of The Leading Hand) - (2016) WLVNNST


Collectif, super-groupe ? Avec la lourdeur de La Muerte, le psychédélisme d'un Mongolito, la noirceur des Cult Of Erinyes et la voix ensorcelée de Shazzula, sur le papier, les bruxellois de Wolvennest donnent de quoi saliver... et, comme toujours, se poser des questions. C'est sans compter sur la participation du controversé et culte Der Blutharsch qui vient prêter main forte pour accoucher de ce premier effort. Kamoulox.

L'auditeur ne peut le savoir au moment de la sortie de ce disque mais les autrichiens apportent de manière prononcée leur empreinte et leurs ambiances. Unreal, au sonorité industriels, développe les ambiances incantatoires, rituelles, typique des belges mais aux saveurs métalliques et abrasives des saxons. Le résultat peut faire penser à un Laibach période metal en plus soufré.
L'apport particulier de Marc De Backer (de Mongolito) s'entend sur le solo mystique de Partir, titre à la frontière de la noise, soutenu par ces chœurs d'outre tombe pour  un contraste convaincant.

Out Of Darkness Deep, intense, fumeux, se fracasse en un chaos bruitiste alors que le gigantesque pavé Tief Unter, lourdingue, envoie une énorme machinerie de chaire et de metal, dévoreuse d'âme, antédiluvienne et lovecraftienne, dont surgit, littéralement, un solo à 6 cordes du fin fond des temps. Chou.
Le dernier titre, Nuit Noire De l’Âme (fun), ambiant industrial dans un style très... Blutharsch. Typique d'un groupe néofolk qui se tape un trip (les bidouillages sonores d'un Death In June, par exemple), une ambiance à la hauteur du patronyme. 

Voici un LP tout en contraste et en puissance, en subtilité et énergie. Plus "straight to the point" et froid que ce que proposera les bruxellois, qui ne recourront plus autant à l'expérimentations électroniques par la suite. Il est presque dommage que ce disque soit leur premier. Effectivement, ils n'ont pas l'occasion d'y afficher leur personnalité et la musique se trouve parfois un peu coincée entre les deux entités.  Quelques longueurs n'aident pas à ce sentiment d'incertitude. Il en est autre chose quand on le découvre rétrospectivement où, en connaissance des forces en places, le métissage piquera plus la curiosité et prendra plus de saveur. Il reste un album impeccable, intéressant, classieux et intense.

B++
(so unreal)

vendredi 26 août 2022

~X Nine Inch Nails - (2007/04) Year Zero

 

Avril 2007 - Sur Discogs

Autant le temps entre The Fragile et With Teeth a pu sembler long, autant 2 ans pour pondre celui-ci, c’est à se poser des questions.

Des questions auxquelles le père Reznor répond très vite. Effectivement, devenu monstre frénétique de la tâche en tournée, il passe le plus clair de son temps libre de boulimique du travail à écrire pour un nouvel album concept. Dans un futur proche, le gouvernement contrôle totalement la population et un groupe de résistants tente de renverser la vapeur.

Pour habiller son univers, Trent revient à quelque chose qu’on aime bien… L’INDUS. Plus celle de The Downward Spiral ou Pretty Hate Machine, encore autre chose, une indus plus électronique, qui n’hésite plus à remplacer les instruments par de la noise pure. 


Entendons-nous, les structures restent pop-rock, les émotions sont bien là mais la machinerie n’est jamais loin.

Finement sélectionnés, les sons s'amoncellent pour former un collage, un titre. Les instruments viennent se greffer pour une surdose de puissance, d’émotions ou d’humanité, pour un résultat parfois rythmic noise, parfois trip hop, foutrement rock.

Au rayon du bruitisme au service des compositions, des morceaux incroyables comme l’écrasant Vessel ou l’épique The Great Destroyer (au final purement noise, à la Esplendor Geometrico vs Masami Akita) sont les plus dignes représentant du “son” Year Zero, avec une domination claire de l’outil électronique. Cependant, de vrais moments rock sont à noter (le tube Survivalism ou encore le menaçant et groovy Meet Your Master). Quelques morceaux plus easy-listening (l’increvable Beginning Of The End, The Good Soldier,...) relaient des morceaux au relents trip-hop pas piquer des hannetons : le dansant Me, I’m Not ou le diable The Greater Good avec ses lignes de basses putasses (sâles mais affriolantes).

Les deux curiosités de la plaque, outre le sus-nommé Great Destroyer au patronyme tout trouvé, sont la balade sur-saturées The Warning, qui s’infiltre dans la cervelle sans-retour, (cette ligne de basse) et le noisy-dance (sisi) God Given, où Trent joue un gospel white power fanatique. L’album nous salue bien bas sur une duette finale plus calme : In This Twilight, balade fébrile à la rythmique violente et Zero Sum, trip-hop ambient post-apocalyptique totalement résigné. Une totale réussite.


Avec ce Year Zero aux nombreux contrastes (encore et toujours), la puissance mécanique et électronique laissent librement les émotions exulter, sans jamais oublier le sens des mélodies (encore et toujours). La formation prouve qu’en gardant leur patte, elle arrive encore et toujours à trouver de nouvelles formes d’expression. Ce qui est à retenir, c’est qu’en termes de compositions, cette offrande marche dans les pas de With Teeth. Elle possède pour elle une large accessibilité et d’une très grande palette de style et de couleurs. L’habillage sonore va peut-être rebuter quelques lambas.

C’est pour cette polarité, ce comble de contraste, que je considérerai toujours Year Zero comme le troisième plus grand disque de Nine Inch Nails


A

(et de toute façon, je fais ce que je veux…)


~X Nine Inch Nails - (2002) And All That Could Have Been. Live

 

2002 - Sur Discogs


Le disque n’est même pas encore tout à fait lu par l’Hi-Fi que la rythmique violente de Terrible Lie surgit du néant et t’en claque une en pleine face. Les beaux diables derrière leur écran de fumigène hurlent leur rancœur et te fixent au sol. Après cette déclaration de guerre, au final de fin du monde, on t’envoie un missile sonique en la personne de Sin. Reznor racollent l’assemblée avec son célèbre “Are you fuckin’ pigs ?”, puis t’envoie la salve indus rock’n’roll March Of The Pigs, au cas où tes genoux te tiendraient encore debout. Pour calmer le jeu, mais sans perdre en intensité, on souffle avec une vicelarde version de Piggy.

Quand le quintet se décide enfin à sortir une offrande live, ils n’ont pas empaqueté leurs valises pour rigoler. La puissance du son est impressionnante, soutenue par une postproduction juste mais relevée et par un line-up au sommet, représenté par James Dillon à la batterie, organique et tout en mesure (Reznor, multi-instrumentiste, n’a jamais excellé à la batterie mais a toujours bien sû s’entourer).

L’odeur d’essence se mêle à celle du soufre et de la sueur pour une ambiance incandescente à la hauteur de la réputation du groupe. Les morceaux les plus rocks, furieux et poisseux (comme ce The Frail habité ouvrant à ce The Wretched haineux et désespéré) sont relayés par des moments de recueillements dont les émanations émotionnelles sont d’une grande beauté (The Mark Has Been Made au mix heavy ou The Great Below crépusculaire). 

Tout le contraste plastique de la tournée émane de cette galette.

En témoigne cette apothéose : le massif et puissant Head Like A Hole ; l’hypnotique et délicat The Day The World Went Away - véritable aurore boréale branchée sur amplificateurs ; le sinueux et explosif Starfuckers, Inc. et l’au-revoir murmuré par Hurt, puissant et sensible, habillé par un arrangement tout spécial.


L’album complète finalement bien son penchant DVD en offrant un condensé plus intense du savoir faire scénique de la formation. Un reproche que plusieurs observateurs ont pu faire, outre cette surproduction (qui, je le répète, à mes yeux, reste honnête et ne trahit en rien l’âme live du groupe), c’est justement ce côté presque best-of. La promotion n’avait jamais caché cette intention et l’ensemble du produit reste parfaitement cohérent. Pour ceux qui doutent : ils n’ont jamais beaucoup communiqué avec le public et ils ont toujours joué pied au plancher. Cela reste un choix artistique qui se discute (bien sûr). Reste un nombre affolant de bootlegs pour ceux qui veulent (je ne me suis jamais gêné).


A

(et de rien pour les dents cassées)

~X Nine Inch Nails - (2005) With Teeth


5 longues années, c’est à priori le temps qu’il faut pour mettre sur pied un cd et un dvd live, faire une cure de désintox (définitive cette fois-ci), écrire une collection de chansons et bodybuilder son corps. En tout cas, le père Reznor ne s’est pas ennuyé. Changement de vie, changement de fonctionnement. Fini les heures passées dans un studio à trouver la solution dans les rails de coke, le gars s’impose des deadlines pour terminer ses morceaux, séparant composition, enregistrement et production. C’est un homme sain dans son corps (mon dieu, quel changement) et dans sa tête (mon dieu… quel changement) qui revient avec autre chose qu’un album-concepte et une envie claire de faire du rock.


L’album s’ouvre sur All The Love In The World, morceau atypique, débutant comme une ballade piano/boite à rythme déprimée pour partir dans un trip vaguement gospel, au multiple cœurs se superposant, désespéré mais entraînant. OK. S’ensuit un bon gros paquets de morceaux rock, plus ou moins FM, (le furieux You Know What Your Are ?, les contretemps de Collector, le plombé et suave The Line Begins To Blur, ...).

Reznor se laisse complètement aller à ses envies et revendique ses influences et son amour pour la musique pop-rock avec le très FM The Hand That Feed (hymne anti-républicain) ou le punk-rock indus Getting Smaller (qui aura fait frapper des touches sur les forums dédiés).

Mais ce qui aura vraiment fait hurler les hardcores restera Everyday Is Exactly The Same, titre à la mélodie imparable mais pure produit piano-rock, ou encore le léger Sunspots, d’une simplicité pop à priori trop limpide.


Les balades ne sont pas en reste. Love Is Not Enough et sa rythmique venimeuse, l’intense morceau-titre (un modèle de compo reznorienne), le magnifique Right Where It Belongs ou l’ovni pop-drone (ah sisi) Beside You In Time, un peu long et déroutant au premières écoutes (mais qui prendra une dimension live incroyable). Une autre livraison atypique est à signaler en la pièce Only, avec son piano cabaret lounge sombre et son phrasé accusateur.


Vous l’avez compris, on est moins face à de l’indus qu’à un pop-rock avec des sons un peu méchants. Les éléments électro sont là pour colorer des compos qui n’en n’ont pas vraiment besoin, pour mettre un peu plus de forme au fond. 

With Teeth reste donc un album du renouveau, une sorte de passage initiatique nécessaire pour que son auteur puisse se recentrer sur sa musique, pour qu’il laisse libre court à tous les possibles et se fiche enfin de ce qu'on peut bien penser de lui. Une véritable collection de son savoir-faire avec ses moments forts, ses moments plus discrets, ses choix qui, de loins, semblent discutables, mais une authenticité non-réfutable. Un peu décrié lors de sa libération en pleine nature, ce LP deviendra au fur et à mesure quelque chose de solide et mythique pour une frange de fans fidèles qui ont compris qu’un artiste n’était pas forcément obligé de reproduire une formule (et c’était quoi la formule NIN, en fait ?). Ils sont de retour et ils montrent les dents.


A-

(avec le sourire carnassier)

Nine Inch Nails - (2000) Things Falling Apart


On prend la même formule, on ne reprend pas les mêmes et on recommence quand même. Dans la saga des EP de remix, suite et pas fin. L’ensemble de l’ère The Fragile (TF) aura été un long chemin de croix. Les Fragility Tour 1.0 et 2.0 consécutifs auront été, en coulisse, une longue descente aux enfers pour le groupe, individuellement et en tant qu’entité. Cependant, quelques mois après sort le sujet de cette chronique : Things Falling Apart.


Derrière cette très jolie pochette, premier constat : 2 originaux inédits, une reprise et 7 remixs, dont 3 de la même chanson (oui, comme dans TROIS). Comparé au précédent EP, la  démarche compositionnelle et de re-création est substituée par celle d'assemblage de raretés et b-sides. J’imagine que Further Down The Spiral comptait son lot de Mr. Self-Destruct… Ça fait quand même remplissage.


Ce qui devrait être le plus excitant reste donc les deux compositions originales, extraites parmi le dédales de morceaux que Reznor aurait écrit durant les sessions de l’album modèle. La première, The Great Collapse, instrumental fort sympathique, reste dans la veine de TF, avec son côté ambiant et trip-hop. Sympathique, certes, mais le choix de ne pas l’avoir retenue lors du cut final n’est pas insensé non plus. Bien qu’il soit intéressant de découvrir une chute de studio, ce n’était pas un trésor perdu (notez cependant que le morceau sert clairement de brouillon à The Greater Good, titre présent 7 ans plus tard sur Year Zero). Il en est tout autre pour le second inédit, un peu plus loins, 10 Miles High qui possède une vraie force émotionnelle, une mélodie entêtante et une interprétation viscérale. Petit hick, ce n’est pas vraiment un inédit : le titre se trouvait déjà sur la version vinyle de l’album et sur certaine version du single We’re In This Together. Ça fait tache.


Allez, pas grave, il y a une reprise de Metal de Gary Numan, un autre héros, cette fameuse reprise que le groupe travaille depuis 95. Cela s’entend : le morceau est une leçon de sur-prod avec ses arrangements en cascades mais long, downtempo, presque lent…


Au rayon des remixs, notons que Slipping Away reconfigure complètement le morceau Into The Void en autre chose de plus trip-hop noisy, assez réussi. La version de The Wretched propose un mix très épuré à la rythmique forte pour un résultat ambiant et plus inquiétant mais pas franchement intéressant. 

On croise par contre une véritable pépite en la remix de The Frail, au violon, parfumé de sons glitch corrosifs, qui vaut le coup d’oreille. Toute la dramaturgie de l’original est préservée, voire sublimée. 

De son côté, Where Is Everybody ? (version) clôture ses tribulations posées et ambiantes en un final rythmique et glitchy à souhait. 

On termine sur les trois remixs de Starfuckers, Inc. : la deuxième, par Dave Ogilvie, prend une vraie direction, dance, entraînante et fondamentalement réussie. Certes déroutante et peu au goût de certains puristes mais l’exercice de réinterprétation est là. Aux relents rythmic noise, les deux autres peinent à briller, soit de par ce mix elliptique et quand même vachement répétitif pour la première, soit par une direction artistique transparente pour la dernière. Ça fait forcé.

 

La galette est glitch et noisy mais terriblement molle. Les vraies réussites manquent de cette puissance qui empêche le papier peint de décoller. On ne retrouve en rien ce sentiment d’unité que possédaient les autres exercices du genre. Un sentiment de longueur et de répétition omniprésent précipitera définitivement cette galette à tomber en pièce.


C+

(et ça fait délabré)


Nine Inch Nails - (1999) The Fragile

1999 - Sur discogs


Trois années et demi s’écoulent entre la fin de la tournée des clubs qui clôtura la promotion de Further Down The Spiral et la sortie de The Fragile (TF). Dans l’entre-faite, Reznor a fait joue-joue avec la B.O. de Lost Highway de David Lynch (pour laquelle il écrit, entre autres, le culte The Perfect Drug, accompagné de son clip qui l’est tout autant). Trois ans et demi, c’est finalement peu pour un double mais c’est une éternité pour les fans qui n’ont jamais attendu aussi longtemps entre deux offrandes du projet. Reznor accouche des 23 titres de la version CD dans la douleur. En proie aux addictions et à la dépression, il passera des heures, des jours et des mois dans son studio à travailler, modifier, recommencer, s’acharner, détruire, recommencer, enregistrer, ... En résulte l'œuvre la plus personnelle du projet à ce jour.

Ce qui manquait à Trentounet pour rentrer dans la légende était de claquer un deuxième chef-d'œuvre mais à contre courant, qu’il brille là où on ne l’attend pas. Il s'exécute. Les instruments acoustiques ou electromécaniques, avec leurs fragilités et leurs aspérités, se substituent au visage le plus indus du groupe. Au lieu de les créer de toutes pièces de façon électronique, le groupe va rechercher les imperfections dans la nature même des cordes. Ce qui reste, c’est cette recherche du son, avec l’utilisation parfois très détourné des instruments ou de sources sonores. Tout au long de ce disque qui se repose entièrement sur les contrastes, certains thèmes, motifs ou thématiques viennent et reviennent, à la volée ou à la dérobée, d’un morceau à l’autre, d’un disque à l’autre.

L’ouverture Somewhat Damaged, avec ce motif rythmique répété, augmenté par de plus en plus d’intervenants, jusqu’à ce final catharsistique, est une véritable explosion émotionnelle.

L’émotion et les contrastes sont les maîtres mots de TF, s’exprimant sous des formes plus ou moins brutes. Comme dans ce The Day The World Went Away, tout en spleen qui nous surprend avec ce mur de son à la puissance dramatique. La charge émotive de We’re In This Together (un grand classique presque jamais joué en live) nous prend à la gorge. Le rock (le tube organique indus The Frail/The Wretched ; le volcanique et rock’n’roll No, You Don’t), côtoie des instrumentaux inspirés, entre trip hop et histoire sans parole (l’intense Just Like You Imagined, le nostalgique La Mer, la décadente procession Pilgrimage). Les balades rock hantées ne sont pas oubliées avec le protéiforme The Fragile, le tout en mesure Even Deeper ou l’absolument sublime The Great Below, qui clôture cette première partie, nommée Left.


Il serait culotté de contredire ceux qui trouvent que Right perd en intensité par rapport à son voisin de digipack. Cependant, ne vous trompez pas et prenez votre temps, car il ne manque pas de bonnes idées et de quelques surprises. L’halluciné The Way Out Is Through (qui rappel un peu le titre The Downward Spiral, surtout dans leur approche live) reprend magnifiquement le sujet là on l’avait laissé. S’ensuit l’hypnotique basse d’Into The Void, le groovy Where Is Everybody ? (un morceau sous-estimé) et l’inquiétant instrumental The Mark Has Been Made. Le easy-listening rock Please ouvre gentiment la voie aux hit rock indus Starfuckers, Inc. (avec son clip bien provoc). L’album se termine sur un instrumental sonic (Complication), et quelques curiosités (dont l’excellente baffe rock The Big Come Down), et ce long et malsain dernier morceau, l’ambiant Ripe (With Decay), un véritable pied de nez, où Mike Garson, claviériste de Bowie, vient martelé quelques notes glaçantes.


Bref, un opus imposant, titanesque, aux multiples facettes, aux multiples contrastes, aux multiples émotions, aux multiples lectures, qui se redécouvre et se laisse redécouvrir longtemps. Un petit suicide commercial et artistique qui sera soutenue tambour battant par une tournée plastique et destructrice, qui représentera aux mieux la vision et les interets de cette (double-)galette. Le temps et une fan-base prédicatrice finiront par éclairer cet album sur sa fascinante beauté, subtilité, variété, fragilité…


A++

(et des bisous partout…)

Nine Inch Nails - (1995) Futher Down The Spiral


La tradition se poursuit et, consécutivement à la sortie de The Downward Spiral, le groupe sort l’album de remix Further Down The Spiral, similairement à ce qu’ils avaient proposé avec Fixed pour Broken (et un peu avec le maxi-single Head Like A Hole pour Pretty Hate Machine).

La démarche est la même que précédemment : remix jusqu’en boutiste à vocation de réinterprétation, collaboration étroite avec des proches du groupe (pour ainsi dire les mêmes que sur l’exercice précédent), mains à la pâte du live band,... La principale différence entre Fixed et Further The Spiral est simple : les matériaux de base. Là où le premier tentait de rendre industriel et électronique un album foncièrement rock, The Downward Spiral offre une palette sonore électronique encore plus conséquente, un niveau d’arrangement de base pléthorique et une multitude de sons cachés un peu partout.

Les talents en présence ne s’y tromperont pas.


Ce qui frappe, c’est la cohérence sur l’ensemble du disque, aussi bien dans sa v1 (US) que 2 (UK) : l'œuvre a été pensée dans sa globalité avec des ponts entre les morceaux et le souci de la temporalité. Ce long EP poursuit l’esthétique sonore et visuelle de son modèle, avec cette machine qui tourne, qui avance, qui détruit, qui laisse à peine quelques traces de l’être humain. Les hostilités commencent avec une remix de Piggy, qui devient rock indus hargneux entre les mains expertes de Rick Rubin.

Les deux études de J.G. THIRLWELL pourrait, dans leur démarches, faire penser à ce que l’homme avait proposé avec ses remixs de Wish sur Fixed, c'est-à-dire une trituration du morceau original, un petit plaisir typique d’ingé son, pour un résultat toujours intéressant (et plus excitant que précédemment, je pense particulièrement au Self-Destruction Final, savoureux).

Comme pour le précédent opus, de nouvelles prises sont au menu mais également des portions parfaitement inédites comme ce At The Heart Of It All, composé par Aphex Twin, une pure réussite, à la fois organique et grandiloquante. Il vient également prêter main forte au groupe lui-même sur The Beauty of Being Numb, en clôturant ce mur de son en un véritable moment de plénitude pour les bienheureux. 

Coil proposent, durant leur temps de parole, pas moins de 4 remix. Notons le Bottom de Downward Spiral, un morceau tout droit sortie d’un disque du trio anglais, tant le morceau n’appartient plus à NIN. On y retrouve cette beauté plastique, ce travail sur le son si particulier. L’interlude Eraser (polite) créer un moment suspendu, néo-folk, limite liturgique, d’une beauté… tout simplement un grand moment du disque. Erased, Over, Out, remixe à nouveau ce même titre en une longue complainte parfaitement flippante, qui pourrait sortir de leur album Black Light District. Encore une fois une contribution juste parfaite.

A noter que sur la v2, Charlie Clouser, claviériste du groupe, offre deux remix, Heresy et Ruiner, très EBM, vraiment réussies. Thirlwell substitue Self-destruction Part 2 par la Part 3 qui se trouve être une remix bien plus intéressante, avec une vraie direction artistique : le morceau est plus posé, court et menaçant, jouant sur le long pont de l’original.  


Les deux versions se complètent : l’une est plus sombre (la v1), l’autre plus variée (v2)...


Bien que l’on puisse voir cet EP comme une œuvre secondaire, elle marque les esprits à l’époque en devenant un véritable cas d’école d’un album de remix aboutit. Les critiques et le public y aperçoivent une approche artistique totale et la preuve par quatre que Reznor (et la dope) maîtrise son œuvre d’une main de fer. En tous les cas, il est consolidé en tant que force active du rock US. S’en suivra une tournée de légende avec Bowie, durant laquelle le concert du groupe se fondra à celui de l’idole. Ils y interpréteront la remix de Piggy ici présente et quelques autres issues de singles.


A-

(quitte à plonger plus bas encore)


Nine Inch Nails - (1994) The Downward Spiral

 


Album de la consécration pour la formation basée alors à la Nouvelle-Orléans, The Downward Spiral (TDS) propulsera le père Reznor au statut de figure majeur de la scène rock américaine des années 90 : rock star rincée, artiste maudit, ingé-son de génie, producteur surdoué, bête de scène, artiste multi-facette,...

L’objet dit tout : la pochette et le livret arbore une imagerie plastique, arty et dérangeante et une typographie caractéristique, tout en minuscule (en hommage à Bukowski ?). Entre insectes écrasés et machines rouillées, on y devine le passage ancien de l’humain. 

Tout ce soin, c’est pour mieux nous plonger dans l’univers et l’histoire de cet album. TDS raconte un peu l’histoire d’un être humain, le Mr Self-Destruct du premier morceau, qui entre dans la spirale descendante de la dépression. Dès ce premier titre, on peut entendre les rouages de cette immense machinerie en marche, qui tourne, telle une locomotive qui avance sur ce personnage, inexorablement.  Tout le long de l’album, on peut percevoir ce bruit elliptique, cette spirale qui tourne sur elle-même (Mr Self-Destruct, Ruiner, Closer, Eraser, le morceau titre,...). Au travers de ce premier morceau, on aperçoit presque l’ensemble de l’album : toutes ses humeurs et thématiques, ainsi que son niveau de production et de soucis du détail encore plus affolant qu’auparavant. 

Comme dans toute dépression, on a ces moments désabusés et de résignation (la balade Piggy, sa basse perchée, son solo de batterie magique, seul enregistrement connu de Reznor à la batterie) ; ces moments où l’on se rebelle contre tout (God Is Dead, hymne rock anticlérical) ; ces moments revanchard  où on ne se ment qu’à soi-même (Ruiner, sa rythmique sautillante, presque dansante, et son solo malsain).


La palette d’émotions est aussi large que celle des mélodies, se confrontant, contrastant avec ce chaos, ce mur de bruit, cette destruction industrialisée. L’illustration la plus frappante (et une des plus célèbres) reste March Of The Pig, véritable capsule d’énergie à la structure pour ainsi dire inexistante transformé un tube rock indus indéboulonnable. Ou encore ce The Becoming, long monologue maladif qui termine sur un chaos rageur. Ais-je évoqué Eraser ? Long crescendo hypnotique et schizophrène, envoûtant, qui va sournoisement chercher au fond de l’auditeur une émotion fébrile pour l’expulser dans ce final nihiliste ? La production et l’écriture alambiquée ouvrent les portes à nombre d’idées brillantes.

Mais parmi ce marasme sans concession se cache d'authentiques singles. Outre le March Of The Pig sus-cité, notons le célèbre et pornographique Closer, avec sa basse irréelle et son tempo hallucinogène. Son clip sur-stylisé et censuré reste la plus grande illustration de l’imagerie du groupe à ce moment M. Plus loin, nous retrouvons aussi Reptile, véritable tube puant le sexe, leçon de rock indus plombé.

 

L’album se termine un peu comme il a commencé, c'est-à-dire par un morceau qui l’illustre parfaitement (The Downward Spiral). La machine folle ralentit, se disloque définitivement et se crash dan une destruction totale : “Bang, so much blood for such a tiny little hole…”

Hurt, ce grand titre repris par qui vous savez et qui n’appartiendra plus jamais vraiment à son auteur (de ses propres mots), vient fournir l’épilogue qui clôt l’album, constatant amèrement les regrets et les dégâts. Un album de légendes.


A++

(+ + + +...)

The WRS - (2022) Capicúa

Sur Discogs Si tu sors plus de deux albums, en Belgique, t'es obligé d'avoir une couv' d' Elzo ( Le Prince Harry, My Dilige...