dimanche 23 octobre 2022
Slipknot - (2004) Vol.3: The Subliminal Verses
dimanche 11 septembre 2022
Slipknot - (2008) All Hope Is Gone
Il y a, à priori, des albums pour lesquels on doit accorder plus de temps. Non pas à cause de la nature intrinsèque du disque, ce n’est pas toujours par complexité et austérité, mais à cause de notre oreille fatiguée, inattentive ou tout simplement non avertie. C’est un peu le cas de All Hope Is Gone que je n’ai pour ainsi dire jamais touché pendant plusieurs années avant de, au hasard d’une playlist sur un service de streaming bien connu, replonger le nez dedans et me demander ce qui avait bien pu se passer.
Premier constat à l’écoute, le groupe s’y emploie à montrer leur visage le plus heavy, en prenant un parti-pris moins violent et plus mélodique, plus "chansons" (toute proportion gardée). Bien qu'ils y sont déjà revenu, dans une moindre mesure, sur l'exercice précédent, notons un plus grand nombre de solos guitares (tout en feeling, sans trop de démonstration). Après les escapades aventureuses sur The Subliminal Verses, le groupe a pris goût pour prendre son temps et laisser souffler leurs pièces.
Là où Slipknot s’est toujours affiché sans réelle influence majeure (sauf sur le premier auto-produit et ses influences Mike Patton-ienne), je trouve qu’il est difficile de ne pas entendre l’empreinte de Pantera sur ce disque, pour son côté heavy mais sans concession mais surtout son chant plus hardcore mais sensible. J'appellerai à la barre Gehenna, balade lourde, embrumée, avec son chant qui monte dans les aigus, atypique de Corey Taylor ou du groupe. Je ne peux m'empêcher de penser à des titres tel This Love ou Cemetary Gates, à la fois menaçants et poétiques. Joey Jordison n’en fait pas trop et y reste très juste (il ne sait toujours pas s’arrêter mais reste juste). C’est un point (selon moi positif) récurrent sur l’ensemble de la galette.
Pour mieux illustrer mon propos, outre cette réussite, notons deux autres balades. Snuff, balade rock aux guitares electro-acoustiques, qui renvoie un peu (un peu) à Vermillion Pt. 2, en moins dépouillé et plus grandiose, plus Stone Sour, où le batteur se refrène de toute velléité. Ou le très heavy-FM Dead Memories, très beau morceau, lourd, où l’homme au masque kabuki s'y donne à cœur joie mais ponctue le titre d’un aspect death metal qui contraste avec succès son penchant mélodique.
Les 9 savent toujours écrire des hits metal et ne s’en privent pas avec l’excellent Sulfur et son refrain diablement entêtant ou Psychosocial, un des plus grands succès populaires du groupe, dans lequel ils ont savoureusement bien mis tout en place pour que ça tape du talon. Le morceau d’ouverture, dans la pure tradition des (sic), Sarcastrophic ou autre Slipknot, écume ses plans impétieux avec une maîtrise qui renvoie ses homologues au rang d’épisodes sympas.
Mais il savent encore écrire des choses inédites également, dont ce remarquable Butcher’s Hook, construit presque uniquement sur des contre-temps, ce qui n’est pas sans rappeler la djent en vogue, mené par un refrain nu-metal des débuts du groupes.
Le sardonique This Cold Black sort également du lot avec cette course-poursuite entre les cordes, fûts, groupe et auditeurs, une cavalcade qui m'evoquerait une version extrême et sombre du Surrender d’Elvis Prestley... (ndr : fuck me, right ?)
Dans le mois bon, parlons de Vendetta, très bien écrit pour le live, avec ses changements de tempos et d’ambiances, mais qu’on ne retiendra pas. Wherein Lies Continue et sa belle mélodie vocale, la pièce la plus heavy metal 80’s des familles, souffre de convenance. Rien de honteux à signaler.
L’épilogue éponyme, death metal et rapide à souhait, refrain ample et puissant, vient mettre un point final à une œuvre qui n’aura définitivement pas plus à tous. Certes, le son de la bande masquée est un peu oublié mais la sincérité est palpable. J'aime à envisager ce disque comme une parenthèse plus posée et mélodique, plus nuancé, qui sera quand même l’occasion pour le groupe de livrer des prestations live plus polychromiques. Le niveau d’écritures est très bon et la somme totale de réussites plaide largement en la faveur de cette offrande. Et ne venez pas me parler d’album commercial, ça ne sera jamais un argument recevable.
A-
(vous qui entrez ici, n'abandonnez pas tout espoir)
mardi 6 septembre 2022
Slipknot - (2001) Iowa
vendredi 2 septembre 2022
Slipknot - (1999) Slipknot
La nature même de la création de cette nonette fut chaotique (changement de line-up incessant, désintérêt des majors, aller-retour en studio, prestations live agressives). Réussissant à mettre en boîte quelques démos et un mini-album, Mate. Feed. Kill. Repeat. (chronique ici), le groupe de Des Moines finit par tomber dans le giron du producteur Ross Robinson. Ce dernier se voie convertit en assistant aux prestations scéniques du groupe et accepte de produire ce premier album avec pour objectif de transposer ce chaos primordiale en disque qui tourne rond.
Pour y insuffler la vie, le producteur spécialiste néo-metallique (il est déjà derrière le succès de Korn) ne veut retenir que l’aspect le plus spontanée, virulent, déchaîné du groupe, en mettant bien en avant ce son “nu”, si vendeur. La formation se retrouve en studio avec un cahier de charge serré, un album complet à remplir et la nécessité de repenser sa vision artistique en faisant une croix sur ses velléités funk et ses inspirations Mr. Bungle-iennes (en témoigne Only One qui perd toute créativité au lavage). Pour ce collectif à l'orée de sa carrière, c’est beaucoup et ça se ressent.
Les morceaux, très courts (une moyenne de 3 minutes), reposent sur de vraies idées mais rarement sur une écriture profonde. On a parfois l’impression qu’on part dans tous les sens sans se demander où on se rend, pour un résultat parfois juste défoulant (Surfacing, Liberate, Eeyore, (sic)) mais parfois juste stérile (Diluted, Me Inside, Get This).
De l'autre côté de la pièce, notons quand-même quelques morceaux plus aboutis…
Eyeless avec son refrain bourrin et son intro drum’n’bass.
L’archi-tube Wait And Bleed : groove, break de feu et mélodie imparable.
Spit It Out, autre grand tube, avec son phrasé rap, ses sonorités nu metal et sa rythmique remuante.
Purity, de son côté, envoie un son lourd, à la basse bien ronde, que contrebalance un refrain en chant clair. Un morceau accrocheur qui évoque déjà un certain Left Behind.
Joey Jordisson fait des merveilles derrière ses fûts et Robinson ne s'y trompe pas, le sur-mixant sans vergogne. Corey Taylor quant à lui a encore beaucoup à développer et montre un visage plus accrocheur mais un panel moins large que son prédécesseur, bien qu'il livre une prestation honnête et déchainée. Un constat également applicable à l'ensemble de ses collègues qui semblent parfois même en régression, un peu comme ses guitares accordée très bas qui fournissent le riff minimum, "straight to the point".
Slipknot étant également un groupe à ambiance et ce premier album n’en manque pas. Prosthetics ou Scissors, viscéraux et cérébraux, dont une production poussive entache parfois le feeling, entame sans honte cette tradition. Il est amusant de constater, sur le second, un chant et une ambiance très proche d'un Korn des premières heures.
En résumé, un album aussi défoulant que agaçant qui recèle autant d'actes manqué que d'uppercuts bien sentis. Cette écriture dans l’urgence du studio, cette obstination à la brutalité et cette production au nougat (riche, sucrée et parfois écœurante) ouvrira au groupe les voies des charts du monde entier mais le condamnera à la répétition et aux approximations artistiques. Un produit honnête à la sensibilité de grande distribution.
Heureusement, ils n’ont pas dit leur dernier mot.
C++
(tchouk-tchouk, boum-boum)
mercredi 31 août 2022
Slipknot - (1996) Mate. Feed. Kill. Repeat.
Dans le fin fond de l’Iowa, à Des Moines, cette ville qui servit de théâtre à un épisode ubuesque de South Park (où elle est dépeinte comme arriérée d’une quinzaine d’années) se forme une petite scène musicale, une scène rock et metal où se croisent et s’entre croisent personnes, idées et styles. De cette argile se forme une entité, un certain Slipknot.
Dans cette formation en comité réduit, le quintet tourne déjà et se forge une réputation scénique chaotique et agressive. Très vite sort, le jour d’Halloween, un premier LP pressé à 1000 exemplaires : Mate. Feed. Kill. Repeat.
Bien plus qu’une simple démo, pas assez produite pour être considéré comme un album à part entière, distribué confidentiellement, cette galette sert de carte de visite dont le premier titre, sobrement intitulé Slipknot, met très vite les bases du présent et du futur du groupe : un morceau brut de décoffrage, trop bourrin et haineux pour s’encombrer d’une structure. Un morceau d’ouverture type pour le groupe qui réitéra la démarche avec des (sic) (sur Slipknot), Sarcastrophic (The Gray Chapter) voir, dans une certaine mesure, People=Shit (Iowa).
Au rayon recyclage, Gently est plus heavy, plus lent, plus doom, moins dark ambiant, plus cérébrale, moins aliéné que dans sa version présente sur Iowa, six ans plus tard.
Il se dégage une ambiance très sombre et chaotique mais une ouverture d’esprit assez claire. On retrouve déjà cette basse très ronde, groovy, et un niveau d’écriture étonnement abouti (parsemé de solos guitare, une denrée rare chez les américains).
Le plus étonnant reste finalement ces influences premières du groupe (principalement l’oeuvre de Mike Patton) que l’on retrouve sur des morceaux comme Do Nothing/Bitchslap, death funk metal sombre au final indus, Only One ou Confessions, avec leurs basses endiablées, leur phrasés rapés et leurs moments disco (no shit). Complètement décalées du reste de l’album (ou de la vision qu’on peut avoir du groupe), l'homogénéité est préservée par un son crade et violent.
Épisode second des recyclages, Tattered and Torn, dans une version plus courte que celle connue sur le premier album auto-intitulé, s’affiche plus franche et potentiellement moins tirée par les cheveux.
Enchaînant un Some Feel qui aurait pu figurer sur une plaque ultérieur de la formation, avec ses breaks bien sentis, l’album se clôture sur un Killers Are Quiet qui n’est rien d’autre que le morceau Iowa avec des paroles différentes. Un morceau déjà très réussi, moins surproduit, plus franc et ce n’est presque pas plus mal, qui se termine en long, trop long, passage indus ambient censé cacher une hidden track découverte sans trop de hasard, un bazar très indus, limite bruitiste, mystérieux, carrément inutile, comme toute bonne piste cachée qui se respecte sur une production 90’s.
Voilà un album/démo finalement riche de ses influences death, nu, groove, indus, funk, jazzy, disco, parfois dark ambiant, et complètement ancrée dans son époque. Le groupe y montre déjà un savoir-faire certain pour créer des ambiances. Le nu metal étant plus vendeur que le funk metal en déclin, la réputation scénique du groupe le précédant, on comprend pourquoi Ross Robinson gardera l’aspect le plus sombre et violent du groupe pour le prochain "premier" album, quitte à envoyer complètement chier l’aspect le plus créatif.
B
(étonnement, peut-être... ou pas!)
The WRS - (2022) Capicúa
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