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mardi 28 mars 2023

Baby Fire - (2011) No Fear



Après l'experience Keiki, la vocaliste Dominique Van Cappellen se lance, sans Raphaël Rastelli, dans un projet exclusivement féminin pour un registre moins sophistiqué, plus sombre, saturé, mais non moins interessant. Le grunge industriel du power trio est carré, parfois heavy, les riffs y sont tranchant, les breaks assassins. Une des premières comparaisons, d'une très longue liste, serait Filter. Mais le groupe ne s'arrête pas à ça.

Dominique étale, mais à grande couche, tous son talent, le mot interpretation n'ayant jamais été aussi apropos. Ecoutez plutôt le stoner This Baby où elle frôle la schyzophrénie. Assaisonant chaque titre de son charmant accent anglais, le très bleusy Insect/Flower ou le heavy Dark Ages sonnent comme autant de variante britpop. Si ça peut vous brancher, on pourrait presque parler d'un petit côté Wet Leg bien burné (et bien avant l'heure) ou un Hole british (le FM I Love To Cook). La lourdeur, on peut en reparlé pendant longtemps sur le haché Fingers ou le rouleau compresso-Karma-To-Burné Worst Things, et ce sans perdre en fragilité : on le constatera sur la parfaite dualité de Sober.

Pour ce premier essai, les filles ont su s'acoquiné de quelques noms sympas, que ça soit le fidèle Raphaël sus-cité sur ce Half-Sick Of Shadows à la Soundgarden, ou avec Dana Schechter (mais si : Swans, Angels Of Light,...) sur le marécageau et lugubre Soap, d'une épaisseur hyper-saturée. La palme revient au Melvins-eux Bureau d'Echange Du Mal II: Dust Soup (haha, lol) avec, pemettez du peu, l'inénarable Eugene Robinson d'Oxbow où la tension atteint une beauté impérieuse.

Entre grundge, doom, noise rock, drone, toujours sur un format de chansons, pour l'ensemble très courtes, les belges mangent à tout les rateliers, avec force de personnalité et d'authenticité. La courte durée de l'album l'aide peut-être à se sauvé d'une rythmique parfois répétitive et un vrai sens du break tellement assumé qu'il en devient abusifs. Mais rien n'est jamais parfait et, bon dieu, ne nous privons pas devant une petite pétite qui mérite qu'on porte toute notre attention à ses créatrices. 

B++
(sturm und drang total dans ta face)

mercredi 8 mars 2023

Prick - (1995) Prick


Après la longue et frustrante existence de Lucky Pierre, Kevin McMahon retrouve son ancien claviériste live et ami, un certain Trent Reznor. Kevin, toujours quelques titres sous le bras, et Trent, toujours aussi boulimique de travail, se retrouvent finalement en studio pour que le deuxième produise et distribue enfin l'album inaugural du premier. Le projet part inévitablement vers le rock industriel en vogue, et sphère de compétence du fondateur de Nine Inch Nails.

Le duo n'aurait pas pu choisir un meilleur titre d'ouverture que ce Communiqué : l'écriture fine, à tiroir, ces changements de plans, ces saturations, le bruitisme, la déstructure, sont au service... d'une chanson. Car l'industrial de Prick est à ranger au côté des Outside de Bowie, des Year Zero de Nine Inch Nails (Riverhead), du Paradize d'Indochine ou encore de Stabbing Westward (particulièrement le single Animal et sa basse ensorcelée), c'est à dire des morceaux de rock avant tout, voire de pop-rock, avec des bruits bizarres.
Il  n'y a pas que sur ce titre que plâne l'ombre de Bowie. Déjà à l'époque de Lucky Pierre, McMahon ne pouvait que difficilement caché son influence (alors période Hunky Dory), bien que les sonorités électroniques ici présentes nous renvoient, de facto, à Outside ou Earthling (comme sur le quelque peu drum'n'bass Other People, où le backing vocal de Reznor se fait clairement audible). Outre Communiqué, Tough est un autre recyclage du premier groupe de l'interprète, transformé en cartouche indus évoquant l'Astonishing Panorama Of The Endtimes de Manson. Mais on retrouve également une touche Lucky Pierre au moment d'I Apologies ou de la balade No Fair Fight (qui finit en cacophonie désespérée).

Une seule chose empêche ce melting-pot décousu de s'effondré : le talent. Que cela soit la comptine camée Makebelieve, le punk-rock indus I Got It Bad ou les blues électro Crack, le bonhomme démontre un talent d'écriture éclatant, distillé à coup de breaks sentis, de mélodies superposées et de vocaux inspirés. Et même si les influences se font entendre, elles sont parfaitement digérées. La patte du producteur n'empiète jamais sur la vision de l'artiste : écrire des chansons. Un album de rock indus méconnu et, pourtant, un des tout grand.

A
(et pas moins)

The WRS - (2022) Capicúa

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