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lundi 24 avril 2023

Coil - (1987) Gold Is The Metal (With The Broadest Shoulders)


Plus d'un vous dirons que Coil a sortit deux chefs d'oeuvres en autant d'album. La suite se fera attendre. En sortant "Gold Is The Metal", les britanniques veulent laisser de l'espaces à ces morceaux inachevés, ces chutes, ces versions alternatives. Cette compilation serait un package séparé, indique le groupe, une réminisance de ce qui fut. Ils tentent de créer quelque chose de parent, de parralèle, un compagnon à leur deux premiers disques, une retrospective sous un nouvel angle.

Coil, c'est un peu une musique d'ingés sons, la recherche et la manipulation sonore est centrale, pour mieux servir les intentions. La richesse des détails, des textures, comme une œuvre de Yves Klein, offre à un seul motif, un seul sample, de grandes possibilités de recyclage. Écouter le retravaille de ces sons, par soustraction, additions ou superpositions, ne peut être qu'intéressant. En cela, on se rapproche de l'oeuvre de William S. Burroughs (une des idoles de Peter Christopherson) : on découpe, on mélange, on remonte mais les sensations et les significations restent les mêmes, pour un résultat différents. Il est même difficile de faire la gymnastique intellectuelle de se détacher de "Horse Rotorvator", "Scatology" ou autre travaux, oublier ce que l'on sait.

Mais cela se suffit-il par soi même ? Beaucoup de ces mixs alternatifs sont épurés, on y décèle encore nettement les modèles ("Paradisiac" pour "Penetralia", "Red Slur" pour "Slur", ...) mais le résultat doit beaucoup au matériel de base. Parfois on aboutit à des choses vraiment différentes ("Thump", l'excellent "Cardinal Points", le megamix "Chickenskin"). Le pandémonium du disque étant ce retravail, sous forme de tryptique final, de la b.o. de "Hellraiser" d'un côté et "Five Minute After Death" de l'autre, augmenté de nouvelles sections. Très fort. Pour le reste, l'ambiant et la musique concrète se côtoie dans des morceaux souvent trop courts, sans atteindre la profondeur d'antant, fleurissant à peine, sans solidité.

Alors, oui, c'est interessant mais pas très bandant. Si le but était de proposer une oeuvre à part entière, qui se suffit à elle même, ce n'est pas une réussite. Mais cela reste une réécoute curieuse pour le fan (que je suis), mais pas pour tous les voyageurs sonores. Il ne suffit pas de changer le mobilier de place pour rendre les lieux plus ettrayants, ça reste toujours ta piaule.

B-
(i ask my lover "do you know where the desert roses bloom and grow ?")

dimanche 23 avril 2023

Front 242 - (1982) Geography


Avant les tenues pseudo-militaire, les provocs, les rythmiques martiales et la légende, les Front 242 l'écrivait déjà. Sur cette première galette, les belges étrennent leurs jouets. Les beats d'enragés n'étant pas encore à l'ordre du jour, il y avait toute la place pour les ambiances et les experimentations. En 1982, quand on fait de la musique électronique, tant reste à faire techniquement que tout reste possible sous les mains averties.
Front 242 tente cette approche rock dans le minimal synth, solutions abrassives dans les vapeurs cold wave, goût métalique dans des effluves froides. Le rapprochement ne doit pas se faire stylistiquement, il n'y a encore aucune trace de rock indus, plus aucune de l'indus séminal, mais un certain motus operandi, une philisophie du non-savant, de la machine en substitut à l'homme. L'EBM est toute proche, la synthpop quelques mètres derrière... Synthrock ? Le chainon manquant entre Gary Numan ("The Pleasure Principle") et Front Line Assembly

Dès lors, la froide musique du futur, riche, justement produite et arrangée, se permet des voyages acides ("With Your Cries"), organiques et ambiants ("Dialogue", "Kinetics"), aux plastiques industriels (les excellents "Least Inklings", "GVDT" et "Art & Strategy), proto-technos ("Black White Blue") ou comateux ("Kampfbereit"), s'imposant instantanément comme des modèles pour leur époque.

De cette collection de courts essais, pour ne rien perdre en fraîcheur et spontanéité, ils se permettent aussi le dansable tube "U-Men", hymne des dancefloor gothiques. Le groupe ne sort pas encore ici son manifeste mais un véritable tour de force. Le moins racé du groupe mais probablement un de leur tout meilleur.

A-
(they seem to live in Panavision
on a TV screen or in a non-stop dream)

lundi 17 avril 2023

Coil - (1986) Horse Rotorvator

 

En entrant, on pourait emprunter le "Anal Staircase" et reprendre là où "Scotology" nous avait laissé : martial, vicieux, pornographe... A y écouter de plus près, le son est bien différents : la prod prend une volée de gallons et les élucubration électroniques surgissent d'une cavité encore plus profonde. On entre-aperçoit même un brin de techno à venir (mais chut, c'est pour plus tard).

Mais dès "Slur", et sa poésie dissonnante, on ne peut que constater le gap, la différence d'inspiration, d'esthétisme, d'ornementation. John a amélioré son chant de manière drastique, il s'accouple à des bidouillages sonores ne collant déjà plus à l'imagerie industrial stricte, développant un univers propre, atteignant une poésie déviante et une beauté décadente. Nous n'entrons pas juste dans une nouvelle annexe mais bien une nouvelle dimension. 
Par la fenêtre, bordant la jetée, ce sont les plages d'Italie, celles de "Ostia", où Passolini se fait assasiné. Cette mélancolie et cette voie solonelle magnifie dans la poésie le meurtre de ce génie, icône d'un esthétisme homosexuel assumé, le sublime et le romanise.

La garçonnière d'antant a été restaurée en atelier. L'électronique est leur instrument, mais le synthétique laisse place à l'acoustique échantilloné, sous une mutlitude de formes, pour autant de couleurs, conférant à leur musique une approche plus savante, plus grandiose... plus convenue ? Non, plus juste. Plus mélodique, rapprochant plus que jamais leur musique, avec ces structures ritual, de celle de leurs compatriotes et camarades des Current 93. Car "Babylero", cette comptine world, la marche "The Golden Section" ou l'excellente reprise à fleur de peau "Who By Fire" (de Cohen) sont moins industrial que neo-folk.
Leur sous-basements formateurs ont été augmenté d'expérience et de savoir faire. En résulte des titres ambiant et ritual maîtrisés : le cinématique "Ravenous", le bruitiste "Blood From The Air" ou l'hypnotisant, fascinant, organique, fataliste "The First Five Minute After Death". Les travaux sur la B.O. de "Hellraiser" n'auront donc pas été vains, s'ils ont permis d'offrir une telle pièce.

Pour finir le tour du propiétaire, notons ce "Penetralia", tour de magick, image réminisante au futur antérieure, ressemblant à s'y méprendre à de prochaines remix, surtout de celles offerte au père Reznor. Un truc qui ressemblent à tant d'autres choses à venir. Pour sa part, "Circles Of Mana", et ses cuivres swing, ses bruitismes bipolaires et ses déclamations d'aliénés, ne ressemblent à rien d'autre. Chic et réussi.
Vous l'aurez compris. Voici leur premier chef-d'oeuvre, une oeuvre d'une poésie fragile et maculée, un rêve pollué. 

A+
(putain que c'est beau)

mardi 4 avril 2023

Pan Sonic - (1995) Vakio


C'est en 1993 que Pan Sonic voit le jour, d'abord en un seul mot avec un "a" au milieu, d'abord en trio, d'abord en faisant de la techno. Avant la sortie du présent album, le groupe s'émancipe musicalement ; pendant, une célèbre marque d'électronique éponyme leur font changer de nom ; après, Sami Salo quitte ses comparses et les laisse en duo. 
Sur ce premier effort, ces laborantins du son cherchent la formule de l'infini dans le microcosmique, la richesse dans l'épuration, l'intensité dans les grands espaces, dans la lenteur hypnotique. A traits d'infra et d'ultra, de basse ou de son, le groupe de Turku se focalise sur l'infiniment petit, le silencieux, le susurré, l'infiniment peu pour que chaque expérimentation devienne infiniment beaucoup, car en créant le manque, moins fait plus, chaque variation de son étant autant de nouvelles trouvailles, de paysages à explorer. Que ça soit l'intro "Alku", ce long signal fluctuant - drone minimaliste, le techno glitch "Radiokemia", l'industriel "Urania", le funky "Hapatus", le tribal et ingénieux "Tela", le métronomique "Sahkotin", presque french touch, ou "Reso", noise et ambiant, rien n'est impossible, tout devient possible, malgré cette approche stylistique potentiellement restrictive.
L'écoute au casque est vivement recommandée, évidemment, car le travail sur la plastique sonore à toute son importance, pour entendre chaque fréquence, chaque aspérité noise, ultrasonique, vibratoire. Le mix, et la production en général, a toute son importance : les sons industriel, dans leur pureté dénudés, se ressentent d'autant plus, physiquement.
Mais tout l'intérêt de cette galette et du groupe n'est pas que dans ce minimalisme technologique, cette froideur futuriste mais bien cet autre concept avec lequel il est couplé : l'humain, l'organique, comme des cœurs qui battent, des entrailles qui respirent, ceux de créature cybernétique mais définitivement humaines. Et ce contraste, entre l'âme et la technologie, exprimé par des sonorités délicates et sales, apporte une poésie qui différencie le groupe de bon nombre de leurs homologues, et parmi les plus célèbres, plus fédérateurs... et ce malgré un habillage qui pourra paraître plus qu'austère, il faut le dire.

A-
(la suite, les bites !)


lundi 6 février 2023

Kiss The Anus Of A Black Cat - (2007) If The Sky Falls, We Shall Catch Larks


La première chose que l'on remarque, c'est cette voix, grave et fragile, parfois à la limite de la rupture, avec un léger accent dont on ne sait où. Nick Cave n'est pas loin : moins basse, sans envolés exaltées. Sevenfold, avec son accord electro-acoustique et ses cœurs masculins répétés, poussiéreux, laisse échappé un solo orientalisant pour une ambiance que n'aurait pas renié les 16 horsepower s'ils versaient dans les sonorités noisy.

Le chant mesuré de Nihil, As In Nihilism, sur cette ritournelle à la guitare, fait raisonner la référence absolue Current 93 ou, dans une moindre mesure et un autre registre, les (excellents) compatriotes de Keaton. Soutenu par un background sonore à la frontière du drone, cette longue complainte de désespoirs, devient revendicatrice au fil de accords de guitare martelés.

Neofolk, le projet de Gant (Belgique), mené comme les vents et les marrées par Stef Irritant, pioche chez les modèles du genre ses motifs répétés, tantriques, qui s'ouvrent et se referment au grès des émotions, tel un coquelicot noir des champs flamands. Le groupe (et c'est là qu'il se différencie du reste de la scène) n'en est pas pas moins très moderne, soutenu par ces sons industrial qui tracent en noir et blanc les pourtours de la créature urbaine qui s'y tapisse.

Le monument Sighing, Seething, Soothing (près de vingt minutes) nous emmène voir un Velvet Underground (Heroïne) qui échange sa veste en cuire pour un costume élimé. Ce moment suspendu frôlerait l'excès en terme de durée mais se sauve, à l'étiquette du tolérable, sur un final au parfum ethereal. Adroitement joué.

Almost, Silver, habité, parachève ce disque sur son dark folk à la fois sensible et puissant. Le groupe belge nous balance ici un bien bel os inaugural à ronger, évitant, parfois de peu, de confondre tantra hypnotique et répétition chiante, ce sur quoi même les plus grands de la discipline ont parfois trébuché. A suivre.

B+
(ce qui est toujours mieux que d'embrasser sa soeur, j'imgaine)

vendredi 3 février 2023

Coil - (1987) The Unreleased Themes For Hellraiser


Que de gâchis. Lorsque le jeune Clive Barker, le vent en poupe, recevra les fonds pour adapter sa nouvelle à succès The Hellbound Heart, il fonce voir le groupe dont il rêvait pour sa bande originale. Amis et amateur de Barker, qui n'a jamais caché son envie de travailler avec eux, les Coil ont lu le roman avant qu'il ne soit publié et sont vite impliqués dans les délires esthétique de l'auteur, que le groupe nourrit en lui faisant part des leurs. Dans cette affinité nouvelle qui frôle l’exaltation pour l'écrivain britannique, le groupe se lance, avant d'élaborer leurs deuxième album, dans l'écriture de morceaux : le thème du film, le thème principal, le thème de la boîte, entre autre... Tout le monde oublie un point quelque peut important, inscrit en grande lettre, sur une colline, au sens propre : HOLLYWOOD. En pleine mode de l'horreur "en caoutchouc" (rappelez-vous tous ces effets spéciaux savoureux), les producteurs sont plus qu'enthousiaste de voir débouler des corps déformés et des démons sado-masos, mais pas un groupe industriel. Ils ont un protégé à mettre en avant et  ne laisse tout simplement pas le choix à Barker : ça sera Christopher Young à la compo.

Ce dernier fera un travail honorable sur le film et la bande son fait partie intégrante du mythe. Pour les Coil, c'est plus difficile à avaler : ils abandonnent leur morceaux et les espoirs de projection. Ils décident cependant de sortir une partie du résultat de leur travail sur une plaque 10 pouces. Seul trois des six titres sont repris et complétés par des compositions destinées à diverses publicités commerciales. Plus tard, une réédition comprenant les six titres d'Hellraiser et aucune publicité sera publiée.

Sur cette dernière, on entends tout le talent du groupe pour les pièces ambiantes. Le Hellraiser Theme ou le Main Theme nous renvoie à des titres précédents (les rythmiques très martiales de Scatology, les ambiances de Cathedral In Flames - que Barker adore) ou futurs (Ostia, First Five Minute After Death). On aperçoit l'approche d'un Restless Day ou du Babylero sur le Box Theme, qui s'englue dans les dissonances infernales. Les trois autres morceaux, dans la même veine, nous emmènent toujours plus loin dans le glauque plastique. Le gâchis absolu n'est même pas tant dans la non utilisation de ces morceaux. Ils auraient, avec leur sons inquiétants, malsains, et leur approche moderne, apporter encore une autre dimension au film, moins conventionnelle, plus en phase avec l'imagerie et le message paranormale mais en même temps humain et décadent. Lorsque l'on peut seulement imaginer les images superposés à ce son, l'histoire aurait été raconté différemment. L'autre grand regret : le son n'est pas aussi recherché qu'à l'accoutumé (ce qui reste relatif), les morceaux devaient être écris sur support électronique, via des samples, pour ensuite être arrangé en symphonique avec orchestre (auquel Barker tenait). Et ça, qu'est-ce que ça aurait été intéressant à entendre !

Les morceaux issues de publicités ne sont pas indispensables, certes, mais étonnantes, pas tout à inintéressantes. Définitivement trop courtes pour pouvoir développer grand chose, on y retrouve la patte Coil surtout à partir de Video Recorder et Airline 2.  Il y a même un côté video game music avec les Cosmetic 1 & 2 (Koji Kondo en mode sympho) ou Accident Insurance (Yasunori Mitsuda sur les Chrono). Certains valent le coup d'oreille, surtout pour l’exercice de style, où comment faire riche avec peu de temps. Brian Eno l'a expérimenté avec le Microsoft Sound et il en disait : "et je suis retourné travailler sur des pièce qui étaient longues de trois minutes, cela ressemblait à un océan de temps". C'est beau, hein...

Au final, une chronique qui met plus de temps à être lue que la musique à s'écouler. Une petite histoire dans l'histoire du groupe, un bout de plastoc étonnant à découvrir, surtout pour les fans (des anglais ou de la franchise Hellraiser, ou des deux). Non dénué de charme et d'intérêt.

B
(The consequences of raising hell…)

samedi 28 janvier 2023

Zos Kia/Coil - (1984/02) Transparent

Sur Discogs

Zos Kia serait principalement l'oeuvre de John Gosling avec la participation plus ou moins obscure de John Balance et Peter Christopherson. Donc un Coil + 1 ou un peï + Coil, on sait pas. Donc du coup, on se retrouve devant un split (1+Coil) + (Zos Kia-1) ? L'équation simplifiée : des feedbacks, des boucles, des  triturations analogiques, des nappes glauques sur cris de possédés = un album très power electronic. Mais vraiment pas que.

Sicktone est effectivement un vrai (et sympathique) morceau de power electronics, tout comme Poisons, et sa rythmique noise à la Esplendor Geometrico augmenté de quelques pointes de frénésie évoquant les sulfureux Sutcliffe Jugend. On pense également à Genocide Organ sur Baptism of Fire, très industriel. Mais derrière ce chaos, les textures sonores sont assez recherchées, dont ce Violations qui nous renvoie déjà gentiment à Scatology, le premier LP de Coil, qui sortira l'année suivante. La patte de Christopherson, bienvenue sans être envahissante, se fait sentir à plus d'un moment. Outre cette signature, on ne peut pas occulté un son assez Throbbing Gristle, évidemment, évoquant le coffret TGV, les accents british et la piètre qualité sonore facilitant l'amalgame. Il s'agit d'ailleurs de l'énorme point faible de cette galette, les prises étant presque toutes enregistrées dans des conditions live ou proches (festival, répétitions, démos), très brutes. Les titres frontaux prennent des couleurs là où les moments à ambiances perdent leurs saveurs. On frôle le bootleg et la catégorisation "album" est un scandale. Le déjà assez moyen Silence & Sorcery n'a aucune chance d'atteindre son but et c'est d'autant plus rageant sur Stealing The Words qui arrive pourtant à produire quelque chose  en racontant cette histoire marécageuse, engluée dans une acoustique douteuse.

J'ai particulièrement été interpellé par les excellents Sewn Open et Sicktone 2, qui rouleau-compressent comme du... drone metal (ouai! je sais!), avec ces noires pulsions métalliques et ses bidouillages incessants. Il y a également le très dansant On Balance, au multiple relief, très... ambiant techno (oui-oui). Et tout cela se passe en mille-neuf-cent-quatre-vingt-trois.

Et bien finalement, quand je lisais les avis relativement désastreux sur ce disque je reste assez étonné de que j'y ai découvert. C'est très varié et les comparaisons possibles sont flatteuses, surtout que certaines leur sont ultérieures. Le problème, de facto, est le manque de personnalité. Pas vraiment aidé par une ingénierie sonore quelques fois ignoble pour un enregistrement officiel et quelques pièces sympathiques, tout juste, voire carrément fades (les deux versions de Truth, longues tirades de Charles Manson, au frontière de l'emmerdement). Une collection moins marquante qu'elle n'est historique pour les fans du célèbre duo ou de la scène de l'époque, elle reste sympathique pour l'oreille tolérante et curieuse.

NB : les dernières versions CD offrent deux titres bonus de Ake, l’ancêtre de Zos Kia, sans les Coil : un No Mas très Ramleh, et un machin appelé Rape.

B-
(pas si transparent que ça)

jeudi 26 janvier 2023

Coil - (1985) Scatology



Dans la foulée de l'enregistrement de leur premier EP, le duo poursuit son travail et cisèle son premier longue durée. Dans la logique thématique de cet effort, qui sonnait comme le sous-sol de leur édifice, les britanniques se lancent cependant dans une collection de morceaux, comme autant de pièce de puzzle, ou de vie, construisant cette demeure où l'on sniffe, on baise, on pique, on se déchire, on s'entre-déchire, on s'oublie, on se dépose, on se décharge, on créé...

Cet album est saisissant, de par son approche sans compromission, ses fondements résolument modernes voire avant-gardistes et son exécution maîtrisée.
Comme l'annonce Ubu Noir, avec ses boucles triturés, indéchiffrables, absent de tout instrument, construit de samples et de bruits, soustraits, rajoutés, modifiés, modulés et transformés en musique : l'approche Industrial réminiscente d'un Throbbing Gristle (TG) n'est déjà plus une démarche mais un mode de fonctionnement. En cet absence d'attachement à toute musique savante, ils rédigent leurs propres sciences, leurs propres codes. Genesis P-Orridge soulignait que TG était les seuls punks, de par leur vrai approche "non-musicienne" et le DIY permanent, mais là où les kids pouvaient se rêver aussi (peu) virtuose que leurs idoles, et le mouvement s'en nourrissait, le niveau d'expertise affiché par un Christopherson rabaisse toute velléité d'identification. Ils n'en ont pas besoin. Balance sera cette contre-balance, ce sel humain, ce facteur x, l’élément versatile. 
Comme sur ce Panic, un vrai plaisir d'ingé son où John hurle et geint comme un malheureux, la machine l'absorbant complètement. Les rythmiques sont multiples, les contre-points une base de travail. Un véritable hymne industriel qui renvoie à des Front Line Assembly, parfois Front 242 mais surtout Skinny Puppy. L'album est d'ailleurs très martial est reflète en cela son époque (je pense à ces Aqua Regis et Solar Lodge qui partagent leur sonorités avec celle des contemporains Einsturzende Neubauten). Ce somptueux Restless Day, à l'instru tendue et à la mélodie vocale de comptine, le tout saupoudré des bruitisme malsain au feeling neo-folk. Difficile d'imaginer qu'approximativement toute la scène industrielle des années 80 et 90 n'ai pas été influencé dans la plastique, la rythmique, les sons et la structure de morceaux comme ceux-ci.

L'ambiant At The Heart Of It All, dont les moments de recueillement se voient striés de longues complaintes electroniques stridentes et de quelques notes de piano spleen nous pose la question : est-ce au cœur de l'enfer que celui-ci est le plus calme ? Un de ces morceaux qui raconte une histoire au même titre que l'interlude Clap, halletant, ou l'entraînant GODHEAD = DEATHEAD.

S'il faut chercher la bête, on trouve toujours, la prestation de John montre très vite et clairement ses limites techniques, sans compromettre son intégrité et son authenticité mais la limitant cruellement. Sur le pourtant très intéressant Tenderness Of Wolves, son chant suintant la dépravation en deviendrait caricatural s'il n'était subtilement couplé à cette rythmique assommante, ces cris d'enfants et ses nappes humides. Même constat sur le schizophrénique et maladif The Spoiler qui, en outre, sans être raté, souffre de sa rythmique frénétique. Cherchant une musique rituelle et spirituellement stimulante, le groupe n'aide pas vraiment son album en y appliquant avec une telle assiduité des structures répétitives, qui peuvent sembler redondantes. 

Le disque se termine originellement sur une autre belle histoire, le solennel Cathedral In Flames. Certaines versions rajoutent l'excellente et cultissime reprise grave et lourde de Tainted Love de Cold Cell (et son clip dingue). Un morceau d'histoire se referme ainsi qu'un grand moment de musique. Un premier LP encore fragile, parfois rattrapé par ses intentions et convictions mais dégageant une vraie personnalité et une sensibilité propre, servant de terreaux fertile à tant d'esprits créatifs ultérieurs. Absolument fascinant.

A-
(y a un cul sur la pochette, lol)

mercredi 25 janvier 2023

Coil - (1984) How To Destroy Angels EP



Dans les braises encore chaudes du feu follet Throbbing Gristle, l'entité Psychic TV entretien une chaleur somme toute relative. Deux personnalité des plus marginales s'y rencontrent et, voulant se consumer artistiquement, humainement et physiquement de leur propres flemmes, ils s'en vont peindre les murs de leur garçonnière particulière des couleurs qui leur siéent le mieux. Après les tribulations power electronics mystiques de Zos Kia, à plusieurs, John et Peter se recentrent, Coil naît.

Un premier EP 12" est monté assez rapidement, How To Destroy Angels. Gravé d'une seule face sur certaine édition, parfois couplé avec du bruit blanc ou autres joyeusetés inaudibles sur d'autres, le disque contient un seul et unique morceau dark ambiant. Sur la pochette, on parle de "musique rituelle pour l'accumulation d'énergie sexuelle masculine", ce qui est assez intéressant car je ne trouve la musique ni franchement ritual ambiant, ni franchement sexy, même si ce sous-titre évoque déjà toute l'imagerie Coil à venir : sexe, drogue, homosexualité, occultisme, numérologie,... S'ensuit un long texte éclairants les desseins de l'oeuvre, hommage au dieu Mars. Par la suite, le duo ne sera pas toujours aussi loquace et préférera les sous-entendus et le symbolisme, ouvrant une autoroute aux interprétations (parfois fantaisistes).

Durant ces presque 17 minutes, l'EP déploie des nappes elliptiques de clavier, à la fois froides et horriblement vivantes, solennelles et vicieuses, augmenté de percussions métalliques (au sens propre) comme autant d'objets de torture (ou de plaisir). Profondément mystérieux et inquiétant, la galette se veut également très riche, les différents sons et effets s'égrainant en abondance, tout en gardant une cohérence, ne formant qu'une seule et même pièce. Définitivement, aucun instrument n'aura été maltraité ni trituré durant l'enregistrement de ce disque, tout étant de synthétique et de sample, persistant dans cette idéologie industrial séminale. Le travail et le retravail sur le son n'atteint pas encore des sommets mais reste plus que raffiné pour une ambiance malsaine, claustrophobe, suintante.

Un premier effort concluant, très court, qui laisse un peu sur sa faim, qui ne révolutionnera pas le genre, peut-être trop froid et pas assez organique, mais dont il est difficile ne pas y deviner l'impacte dans la matière des futurs maîtres (Lustmord, évidemment, Nodvargr ou autre Akira Yamaoka). La bande son d'Hostel s'il avait été un bon film, d'un Silent Hill sado-maso ou d'Hellraiser... ah, ça, ça sera pour plus tard.

B
for maximum potency it should only be played in circumstances that are exclusively male and/or onanistic in nature

samedi 3 septembre 2022

~X Nine Inch Nails - (2007/11) Y34RZ3R0R3M1X3D (Year Zero Remixed)

 

Novembre 2007 - Sur Discogs

Reznor est en fin de contrat avec son label Interscope et ne rêve que de liberté. Problème : sur papier, il lui reste un album à fournir et comme il a plutôt envie de les envoyer chier, il ne se prend pas trop la tête. Il invite des connaissances, des producteurs et autres remixeurs professionnels à travailler sur les morceaux de son dernier opus, Year Zero, d’en faire une compil et de balancer l’os au producteurs morfals. La démarche est forcée, la conviction abonnée absente. L’espoir reste que ce perfectionniste rechignerait à offrir un torchon au peuple juste par intérêt et qu’il prendrait le projet, si le bras le corps est impossible, du bout des doigts.


Premier constat, aucun doublon dans les titres retravaillés (sur la version CD, celle de référence pour cette chronique) contrairement aux albums de remix précédents. Un bon point car nous avions eux nos doses de Starfuckers, Inc. ou autre Mr. Self Destruct.

La liste des intervenants est presque aussi longue que celle des morceaux présents sur la galette (12 pour 14 morceaux) ce qui devrait assurer une certaine diversité dans les mets.


Saul Williams, le protégé de Trent (pour qui il produit le LP Niggy Stardust) fournit l’entrée avec une version de Hyperpower!, qui n’a pas été retouché d’un son, mais sur lequel l'intéressé badigeonne son flow avec la justesse qu’on lui connaît. Bien que la démarche semble simpliste, le résultat est très énergique et péchu. Plus loins, sa remix de Survivalism, trip-hop glitch propose un vrai re-travail et un résultat efficace voire carrément entêtant. Très bien.

Modwheelmood, le side-project du claviériste live du groupe (Alessandro Cortini), a le coup de main et livre quant à lui une remix vraiment intéressante du monument Great Destroyer en ne se basant que sur son aspect mélodique et une approche etherreal du plus bluffant effet. 

Arrive alors une curiosité. A l’époque de la sortie de ce disque, le site officiel de NIN était devenu un temple tentaculaire pour les fans : une multitude de médias, un forum et un domaine dédié uniquement aux remix de fans. Reznor tombe sur une remix dance de My Violent Heart et décide de l’ajouter au cut final de cette compilation. Il faut bien avouer que cette version est très réussie, une vraie réinterprétation. Ce parti pris dansant est, à part entière, un des visages de ce disque. En témoigne la participation de Ladytron, compagnon de tournée, avec cette savante version techno dansante de la ballade The Beginning Of The End (qui termine sur le motif de The Downward Spiral, clin d'œil sympa). Les bigbeat Capital G d’Epworth Phones et le french funky house (à la Daft Punk) de Meet Your Master pondu par The Faint réchauffent les lombaires et les talons. La version IDM de Me, I’m Not concoctée par Olof Dreijir est plus que osée, le morceau étant pour ainsi dire méconnaissable. Très épurée, tournant pour ainsi dire autour de percussions technos issues de micro-samples de l’original , le morceau s’égare malheureusement sur la longueur (14 très longues minutes !). Ce n’est pas indigent mais pas tout à fait réussi. Côté dancefloor, notons la décevante apport de Stephen Morris et Gillian Gilbert de New Order sur God Given qui est plus un mix alternatif qu’une remix. Une démarche similaire lors de leur deuxième essai, en dessert, Zero-Sum, mais pour un dressage plus réussi.


Dans le registre “passable”, Bill Laswell (qui participe à tous les albums remixs du monde) n’est pas très inspiré sur son mix alternatif de Vessel. Le The Warning de Stefan Goodchild et Doudou N'Diaye Rose se montre plus convaincant avec sa rythmique plus martiale mais son apport quasi nul.

On terminera sur cette offrande très etherreal et dark ambiante d’In This Twilight par l’autrichien Fennesz, au poil, et puis, surtout, sur ce magnifique plat de résistance Another Version Of The Truth du Kronos Quartet avec Enrique Gonzalez Müller, aux instruments à cordes (frottés) tourmentées et ses nappes électroniques inquiétantes. Quelque chose qui ressemble un peu à ce qui a été entendus avec le déjà très beau The Frail sur Things Falling Apart.


Et bien mes aïeux, contre toute attente, que de choses à dire ! Mais pourquoi tant d'indifférence -que dis-je ?- de dédain général ? L’album a souffert de cette vision de brebis galeuses donnée en pâture, la communication n’a pas aidé. La comparaison avec l’arty et visionnaire Further Down The Spiral est encore et toujours inévitable mais n’a plus de sens. Celui-ci est une collection de remix, pas un concept album. Et à ce jeu là, celui avec l’EP de remix qu’avait échut The Fragile est tout à l’avantage du sujet de cette chronique. Facile, je vous l’accorde

Une orientation globale trop dance ? Sûrement, ça ne fait pas très sérieux et on aime bien avoir l’air ténébreux dans la fanbase du groupe. Le choc culturel. C’est oublié l’amour du maestro pour ce style. 

Pour ma part la diversité, l'éclectisme, le fun, certaines audaces, et, tout simplement, la qualité des remixs permettent finalement de passer un agréable moment, certes longuet. Un peu fan-service, c’est évident. Faites vous plaisir, si vous avez aimé Year Zero, ouvrez un peu plus les œillères, laissez frétiller vos genoux et, j’espère que vous trouverez ce que je lui ai trouvé. Sinon, c’est pas grave, hein, c’est peut-être moi qui me trompe.

B
(pour une fiesta de fin du monde)

vendredi 26 août 2022

~X Nine Inch Nails - (2007/04) Year Zero

 

Avril 2007 - Sur Discogs

Autant le temps entre The Fragile et With Teeth a pu sembler long, autant 2 ans pour pondre celui-ci, c’est à se poser des questions.

Des questions auxquelles le père Reznor répond très vite. Effectivement, devenu monstre frénétique de la tâche en tournée, il passe le plus clair de son temps libre de boulimique du travail à écrire pour un nouvel album concept. Dans un futur proche, le gouvernement contrôle totalement la population et un groupe de résistants tente de renverser la vapeur.

Pour habiller son univers, Trent revient à quelque chose qu’on aime bien… L’INDUS. Plus celle de The Downward Spiral ou Pretty Hate Machine, encore autre chose, une indus plus électronique, qui n’hésite plus à remplacer les instruments par de la noise pure. 


Entendons-nous, les structures restent pop-rock, les émotions sont bien là mais la machinerie n’est jamais loin.

Finement sélectionnés, les sons s'amoncellent pour former un collage, un titre. Les instruments viennent se greffer pour une surdose de puissance, d’émotions ou d’humanité, pour un résultat parfois rythmic noise, parfois trip hop, foutrement rock.

Au rayon du bruitisme au service des compositions, des morceaux incroyables comme l’écrasant Vessel ou l’épique The Great Destroyer (au final purement noise, à la Esplendor Geometrico vs Masami Akita) sont les plus dignes représentant du “son” Year Zero, avec une domination claire de l’outil électronique. Cependant, de vrais moments rock sont à noter (le tube Survivalism ou encore le menaçant et groovy Meet Your Master). Quelques morceaux plus easy-listening (l’increvable Beginning Of The End, The Good Soldier,...) relaient des morceaux au relents trip-hop pas piquer des hannetons : le dansant Me, I’m Not ou le diable The Greater Good avec ses lignes de basses putasses (sâles mais affriolantes).

Les deux curiosités de la plaque, outre le sus-nommé Great Destroyer au patronyme tout trouvé, sont la balade sur-saturées The Warning, qui s’infiltre dans la cervelle sans-retour, (cette ligne de basse) et le noisy-dance (sisi) God Given, où Trent joue un gospel white power fanatique. L’album nous salue bien bas sur une duette finale plus calme : In This Twilight, balade fébrile à la rythmique violente et Zero Sum, trip-hop ambient post-apocalyptique totalement résigné. Une totale réussite.


Avec ce Year Zero aux nombreux contrastes (encore et toujours), la puissance mécanique et électronique laissent librement les émotions exulter, sans jamais oublier le sens des mélodies (encore et toujours). La formation prouve qu’en gardant leur patte, elle arrive encore et toujours à trouver de nouvelles formes d’expression. Ce qui est à retenir, c’est qu’en termes de compositions, cette offrande marche dans les pas de With Teeth. Elle possède pour elle une large accessibilité et d’une très grande palette de style et de couleurs. L’habillage sonore va peut-être rebuter quelques lambas.

C’est pour cette polarité, ce comble de contraste, que je considérerai toujours Year Zero comme le troisième plus grand disque de Nine Inch Nails


A

(et de toute façon, je fais ce que je veux…)


~X Nine Inch Nails - (2002) And All That Could Have Been. Live

 

2002 - Sur Discogs


Le disque n’est même pas encore tout à fait lu par l’Hi-Fi que la rythmique violente de Terrible Lie surgit du néant et t’en claque une en pleine face. Les beaux diables derrière leur écran de fumigène hurlent leur rancœur et te fixent au sol. Après cette déclaration de guerre, au final de fin du monde, on t’envoie un missile sonique en la personne de Sin. Reznor racollent l’assemblée avec son célèbre “Are you fuckin’ pigs ?”, puis t’envoie la salve indus rock’n’roll March Of The Pigs, au cas où tes genoux te tiendraient encore debout. Pour calmer le jeu, mais sans perdre en intensité, on souffle avec une vicelarde version de Piggy.

Quand le quintet se décide enfin à sortir une offrande live, ils n’ont pas empaqueté leurs valises pour rigoler. La puissance du son est impressionnante, soutenue par une postproduction juste mais relevée et par un line-up au sommet, représenté par James Dillon à la batterie, organique et tout en mesure (Reznor, multi-instrumentiste, n’a jamais excellé à la batterie mais a toujours bien sû s’entourer).

L’odeur d’essence se mêle à celle du soufre et de la sueur pour une ambiance incandescente à la hauteur de la réputation du groupe. Les morceaux les plus rocks, furieux et poisseux (comme ce The Frail habité ouvrant à ce The Wretched haineux et désespéré) sont relayés par des moments de recueillements dont les émanations émotionnelles sont d’une grande beauté (The Mark Has Been Made au mix heavy ou The Great Below crépusculaire). 

Tout le contraste plastique de la tournée émane de cette galette.

En témoigne cette apothéose : le massif et puissant Head Like A Hole ; l’hypnotique et délicat The Day The World Went Away - véritable aurore boréale branchée sur amplificateurs ; le sinueux et explosif Starfuckers, Inc. et l’au-revoir murmuré par Hurt, puissant et sensible, habillé par un arrangement tout spécial.


L’album complète finalement bien son penchant DVD en offrant un condensé plus intense du savoir faire scénique de la formation. Un reproche que plusieurs observateurs ont pu faire, outre cette surproduction (qui, je le répète, à mes yeux, reste honnête et ne trahit en rien l’âme live du groupe), c’est justement ce côté presque best-of. La promotion n’avait jamais caché cette intention et l’ensemble du produit reste parfaitement cohérent. Pour ceux qui doutent : ils n’ont jamais beaucoup communiqué avec le public et ils ont toujours joué pied au plancher. Cela reste un choix artistique qui se discute (bien sûr). Reste un nombre affolant de bootlegs pour ceux qui veulent (je ne me suis jamais gêné).


A

(et de rien pour les dents cassées)

~X Nine Inch Nails - (2005) With Teeth


5 longues années, c’est à priori le temps qu’il faut pour mettre sur pied un cd et un dvd live, faire une cure de désintox (définitive cette fois-ci), écrire une collection de chansons et bodybuilder son corps. En tout cas, le père Reznor ne s’est pas ennuyé. Changement de vie, changement de fonctionnement. Fini les heures passées dans un studio à trouver la solution dans les rails de coke, le gars s’impose des deadlines pour terminer ses morceaux, séparant composition, enregistrement et production. C’est un homme sain dans son corps (mon dieu, quel changement) et dans sa tête (mon dieu… quel changement) qui revient avec autre chose qu’un album-concepte et une envie claire de faire du rock.


L’album s’ouvre sur All The Love In The World, morceau atypique, débutant comme une ballade piano/boite à rythme déprimée pour partir dans un trip vaguement gospel, au multiple cœurs se superposant, désespéré mais entraînant. OK. S’ensuit un bon gros paquets de morceaux rock, plus ou moins FM, (le furieux You Know What Your Are ?, les contretemps de Collector, le plombé et suave The Line Begins To Blur, ...).

Reznor se laisse complètement aller à ses envies et revendique ses influences et son amour pour la musique pop-rock avec le très FM The Hand That Feed (hymne anti-républicain) ou le punk-rock indus Getting Smaller (qui aura fait frapper des touches sur les forums dédiés).

Mais ce qui aura vraiment fait hurler les hardcores restera Everyday Is Exactly The Same, titre à la mélodie imparable mais pure produit piano-rock, ou encore le léger Sunspots, d’une simplicité pop à priori trop limpide.


Les balades ne sont pas en reste. Love Is Not Enough et sa rythmique venimeuse, l’intense morceau-titre (un modèle de compo reznorienne), le magnifique Right Where It Belongs ou l’ovni pop-drone (ah sisi) Beside You In Time, un peu long et déroutant au premières écoutes (mais qui prendra une dimension live incroyable). Une autre livraison atypique est à signaler en la pièce Only, avec son piano cabaret lounge sombre et son phrasé accusateur.


Vous l’avez compris, on est moins face à de l’indus qu’à un pop-rock avec des sons un peu méchants. Les éléments électro sont là pour colorer des compos qui n’en n’ont pas vraiment besoin, pour mettre un peu plus de forme au fond. 

With Teeth reste donc un album du renouveau, une sorte de passage initiatique nécessaire pour que son auteur puisse se recentrer sur sa musique, pour qu’il laisse libre court à tous les possibles et se fiche enfin de ce qu'on peut bien penser de lui. Une véritable collection de son savoir-faire avec ses moments forts, ses moments plus discrets, ses choix qui, de loins, semblent discutables, mais une authenticité non-réfutable. Un peu décrié lors de sa libération en pleine nature, ce LP deviendra au fur et à mesure quelque chose de solide et mythique pour une frange de fans fidèles qui ont compris qu’un artiste n’était pas forcément obligé de reproduire une formule (et c’était quoi la formule NIN, en fait ?). Ils sont de retour et ils montrent les dents.


A-

(avec le sourire carnassier)

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