jeudi 8 septembre 2022

Stromae - (2022) Multitude

 


Une nappe de clavier froide, un chœur world d’outre-tombe et des lyrics d’enragés. Ainsi commence le premier album en neuf ans de l’international bruxellois Stromae. Neuf longues années passées à gravir les échelons de la gloire, à trébucher sur ses travers et à chuter dans le précipice de la dépression. Le jeune homme est marqué psychologiquement et physiquement, il se cache dans le contre-jour des projecteurs, pour se protéger, et ses amateurs l’attendent. Avec ce premier titre, Invaincu, crescendo vindicateur, il balance un pied à la face de cette maladie invisible et l’autre à l’étrier. Efficace.
S’ensuit Santé, premier titre à avoir émergé sur le net, avec sa guitare sèche et son sifflement samplé capiteux, un pur produit estampillé Stromae.

La fête à la déprime continue avec la triplette La Solassitude (ses basses sous-marines), l’excellent et engagé Fils De Joie (une interprétation aboutie et des textes au top soutenant une boucle de violon entraînante mais mélancolique) et le tube L’Enfer.

Ce dernier représente parfaitement l’approche musicale et de production de cette galette, plus épurés que Racine Carré, tout aussi inventive, mais d’une habileté d'exécution de très haute gamme. L’auteur-compositeur ne se sent plus dans l’obligation de nous faire danser pour nous charmer et écrit ce qu’il ressent, dont ce texte très personnel, sensible. Un morceau simple mais qui sonne comme il doit.

En hommage à celui-ci, qui le comble de joie, Paul écrit C’est Que Du Bonheur, pour son fils, pour lui expliquer toutes les misères d’avoir un enfant. Reviens gamin, c’était pour jouer, surtout que ça n’invente vraiment pas le lait en poudre mais c’est sacrément bien écrit.

Ce jonglage entre instruments traditionnels du monde et l'électro-pop d’aujourd’hui restent la marque de fabrique de l’artiste, comme sur Pas Vraiment, sa mélodie imparable au ney turque et son phrasé savant en contre-temps. 

Plus loin, Mon Amour, petite balade inoffensive au ukulélé parle des déboires de l’adultère sur une mélodie indécollable (ce contraste musique/texte nous ramène à Moules Frites sur l’opus précédent). On clôt ce nouveau chapitre de l’artiste avec l'étonnant diptyque Mauvaise Journée / Bonne journée. Le premier au consonance latino revient sur le thème de la dépression : un titre sombre, chanté avec émotion. Mais la lumière et l'espoir s'aperçoivent au bout du scion, sur Bonne Journée, miroir musical et thématique de la moins bonne, qui prouve, encore une fois, que tout est une question de perspective. Un mouve astucieux et réussi.


Je ne sais pas ce qu’on pouvait attendre après neuf ans mais un album honnête et plus personnel me convient très bien. Court, le bas blesse quand il faut compter les compos en deçà, Riez ou Déclaration, mais le sens de la mélodie et la production aux petits oignons en font, en fait, des moments plus que sympathiques. Qu’y-a-t-il à jeter sur cet album ? Rien, sincèrement. Qu’est-ce qu’il y a à porter au nue ? Un peu de tout, pas grand chose. Un retour en grâce, moins varié que le précédent, plus maîtrisé, moins fédérateur, plus personnel. Encore une fois, tout est une question de perspective.


A-

(plutôt côté Bonne Journée)


mercredi 7 septembre 2022

Converge - (2004) You Fail Me

 

2004 - Sur Discogs - La version Redux sert de référence à cet article

Quand le quatuor de Salem entre en studio pour empaqueter You Fail Me (YFM), ils ont eu plus que l'occasion de roder leurs morceaux dans l’intimité de la tournée Jane Doe, principalement lors de jams à l’occasion des soundchecks. Si vous trouviez le précédent opus compact et sombre, vous serez servis. Effectivement, autant musicalement que thématiquement, YFM s’inscrit dans la continuité de son aînée, morte sans nom. 
Dès First Light/Last Light, avec ses accords de guitares electro-acoustiques, le groupe nous emmène dans une descente infernale. Telle cette main coupée sur la pochette, qui nous tirerait les chevilles vers le néant (et rien ne sert de lutter), Black Cloud nous précipite dans ses orages émotionnels. Le son est plus noir, plus tranchant, plus inquiétant que jamais.
Si les traumatismes enfuis furent mis à nu au cutter, la sortie de Jane Doe ne les auras pas guéri complètement et Bannon tente de panser cette dépression avec des textes toujours aussi lyrique et une interprétation écorchée vive. Il narre ses échecs et ses ratures, sentimentales et mentales, ceux qu’il a infligés aux autres, ceux que les autres lui ont infligés et surtout ceux infligés à lui-même.

La chute sur le très hardcore Hope Street se poursuit, en traversant tout les étages de la remise en question (notons le très heavy Heartless), pour aboutir sur l’excellent sludge You Fail Me, qui se joue de l’apesanteur : toujours plus bas, toujours plus désespéré.
Les musicos sont à leur sommets respectifs et les morceaux, toujours plus compacts, foisonnants, touffus, sont des véritables panoramas d’écritures (l'excellent Drop Out). Mention spéciale, encore une fois, à Ben Koller, batteur de son état, pour sa frappe juste mais complexe.
Pour ratifier ce moment suspendu, plus aériens, s’ensuit la balade poussiéreuse et maladive In Her Shadow. C’est pour mieux nous faire définitivement perdre pied dans la dernière partie du disque, avec ce duo incandescent Eagles Become Vultures/Wolves At My Door qui se complètent mutuellement.
La temporalité à toute son importance sur cette œuvre avec sa construction particulière. Les morceaux s’enchaînent sans temps-morts, sans intro ou outro. La nature des compositions étant versatile, il est parfois difficile de se rendre compte des transitions entre celles-ci. Ce qui contribue non seulement à ce sentiment d’unité dense entre les morceaux, claustrophobique, mais également à cette irrésistible chute, ce sentiment vertigineux, ce fond qui se rapproche inexorablement vers une fin amer.

On termine sur une touche humoristique avec un aller-retour dans la figure : Death King, In Her Blood (qui renvoit à In Her Shadow) et Hanging Moon expulsent leurs rafales métalliques à coup de riffs syncopés. Il est vrai que l'album, dans son unité extrême, tombe à quelques moments dans une certaine redondance. Il s'agirait bien du seul point imputable tant cette plongée dans l'univers de YFM est intense, fascinante et exaltante. Un autre grand disque, un chouïa en deçà de son prédécesseur, du grand standing dans la mâchoire du le reste du monde.

A-
(fuper !)


mardi 6 septembre 2022

Stromae - (2013) Racine Carrée


En 3 ans, on avait un peu oublié le Bruxellois. Après le succès phénoménal d’Alors On Danse, le premier album devait confirmer les espoirs que la Belgique plaçait en son nouveau poulain. Ce fut un résultat en demi-teinte, dans lequel les médias semblaient trouver tout ça réellement fantastique alors que côté public, il fallait trouver quelqu’un qui avait réellement écouté cet album complet. Même parmi les singles, seul Te Quiero semblait avoir retenu l’attention. Les mois passent et on se rappelle surtout de ce morceau du Hit Connection 2010 qui avait si bien accompagné le mois morose de la rentrée.

Mais avec la sortie de ce second album, le Maestro a trouvé les mots (justes) et les sons (variés).

Dès Ta Fête (assez hymne rock dans l’idée) et ce pour l’ensemble de l’album, le volume de la production, aux reliefs multiples, saute aux oreilles. Sans l’ombre d’un doute, l’artiste à pris de la bouteille et utilise bien mieux ses outils, qui ne sont plus des jouets. 

Au niveau de l’écriture, le jeune homme a également acquis en maîtrise, avec des titres à tiroirs aux mélodies inventives, qui se superposent, parfois dans un même morceau, se jouant des contrepoint.

En témoigne Papaoutai, imparable, avec son texte piquant mais universel et son interprétation solide. L’ensemble de la production bénéficie d’un niveau de chant et d'interprétation bien supérieure, en tout point, à ce que proposait Cheese.

Pour faciliter la comparaison, le dance Bâtard ressemble étonnamment à un titre du premier opus mais avec tout le savoir-faire acquis par l'expérience. Bluffant.

Un autre point fort sont les ponts, les relais et le liant qu’il arrive à créer entre les cultures. Il n’hésite pas à ajouter un quelque chose de rumba, d’afro ou de cubain à des titres comme Ave Cesaria (ces claquements de mains, son accordéons et ses chœurs ! un morceau plein de spleen et d’idées), Tous les mêmes (un grand tube au cuivres déhanchants et au texte réfléchis) ou Humain A l’Eau (hommage anti-raciste revendicateur à son Afrique natale sur des rythmiques syncopées).

Parmi les autres réussites, parlons un peu de ce Moules Frites, petite comptine dansante au sujet grave (le sida) ou encore de cet épatant Carmen. Vous ne vous trompez pas, il s’agit bien de l'œuvre de Bizet, l’air L’Amour Est Un Oiseau Rebelle en particulier. Là où nombre d'artistes se contentent de sampler ou recopier une section (salut les Verves), seul le motif et quelques mots sont repris, mais reconfigurés dans un mix electro-pop au lyrics savamment bien écrite (avec l’aide du camarade Orelsan). On ne peut que reconnaître instantanément l'œuvre au quelle l’hommage est rendue mais sans que celle-ci soit spoliée (notez un clip magnifique, en animation, qui illustrera si habilement qu’il sera bien difficile d’ôter les mots des images pour toutes écoutes ultérieures).

Ajoutons Quand c’est, ses nappes de clavier sombres et ses sons glitch, qui jonglent avec les frontières des genres, entre balade electro-pop, IDM et tip-hop. 


L’album fini sur Merci, un instrumental hautement aboutit au piano mélancolique et aux chœurs d’une tristesse burinante mais rehaussé par l’ambiançant AVF (Allez Vous Faire…), avec les potosses Maitre Gims (qui est en forme et fournit une contribution similaire à ce qu’il faisait chez Sexion D’Assaut) et Orelsan (pareil à lui même, ce qui est meilleur que la plupart des autres). Un morceau qui ne vole pas bien haut mais qui reste d’une efficacité entêtante.


Tout ça pour dire qu’avec ce nouveau longue durée, Stromae a sauté des échelons et des échelles. Peu de choses sont à jeter (peut-être le morceau Sommeil, quelconque, et quelques mots moins sentis), la diversité est de rigueur et le niveau d'exécution général a pris en galons. La suite sera attendue au tournant : il faudra faire aussi bien que cet album abouti, accrocheur et fédérateur.


A-

(et AVF...)


Slipknot - (2001) Iowa


L’enregistrement de cet opus sera un long chemin de croix. Les ego commençant à se gonfler de substances addictives, de groupies faciles et de star-power mal assumée, les 9 de Des Moines se supportent à peine, ne s’écoutent plus, somment chacun une voix au chapitre commun mais enregistrent séparément, de leur côté.
Ross Robinson rempile à la (sur-)prod et sert d’assistant sociale. Mais ce qui s’annonce comme un boxon programmé prendra une tournure toute autre : c’est sans compter sur l’envie commune d'en découdre, de faire l’album qu’ils veulent faire et envoyer balader royalement le monde entier, quitte à se compter parmi les victimes. Au démoulage, on découvre un album noire, féroce, rapide, brutal, viscéral.

Première observation, les morceaux sont tout simplement mieux composés. Toujours sans fioritures, on recense un vrai sens de la mélodie (malgré la violence), des enchaînements excellemment menés et des breaks finement posés. Joey Jordison reste trop sur-mixé et étouffe parfois le reste des instruments, surtout que les cordes sont nettement plus inspirées et de vrais riffs se font entendre. On lui pardonne vite car toujours aussi incroyable techniquement, il ne doit cependant plus porter tout seul certains titres, comme c’était le cas précédemment.

La galette commence très fort avec un enchaînement de hits en devenir : People=Shit (ce long crescendo de haine pure) ; Disasterpieces (un classique) ; My Plage (un morceau death groovy et un refrain “nu”) ; Everything Ends (le plus grand tube du groupe, c’est juste que personne ne s’en est encore rendu compte) et The Heretic Anthem (LE tube de ce disque, avec son break, sa batterie, son refrain racoleur… tout est fou).
Le son, d’une violence inouïe, navigue entre death et hardcore, saupoudré de quelques réminiscences nu-metal soufflée avec justesse.
Corey Taylor a progressé de manière phénoménale et s’impose d’emblée comme un des tout meilleurs chanteurs de musique extrême. Outre ce coffre qui lui permet de littéralement gueuler sans frémir, la palette des émotions et des capacités débloquent celle des possibilités. Ses textes sont encore bien loins d’être poétique (pour certains, ils sont parfaitement stupides) mais il a développé un infaillible sens de la punchline.
Gently, vestige de Mate. Feed. Kill. Repeat. offre un moment de recueillement pestilentiel : une ambiance glauque, où l’hallucination psychotique n’est pas loin, pour une interprétation habitée. Ce morceau est, selon votre humble serviteur, l’illustration parfaite du savoir-faire Iowien en termes de génération d’ambiance. Un titre incroyable.
A partir de ce moment, l’album ralentit de rythme et perd légèrement le suffrage du plus grand nombre. Là où Left Behind a sa réputation de single pour lui et n’a rien à prouver sur son potentiel mélodique, The Shape, I Am Hated , New Abortion et Metabolic attire quand même l’oreille par leur capacité à faire très bien avec moins. Effectivement, ces morceaux n’ont jamais été des classiques du groupe (et ne furent pour ainsi dire plus jouées en concert après la tournée promotionnelle de celui-ci). Cependant, elles recèlent chacune d’un quelque chose, une bonne idée, un parti pris attrayant. Là où la nonette était parfois prise en flagrant délit de remplissage plus que maladroit et grimait une bonne idée d’un fard vulgaire, ils arrivent ici à convertir l’essai et rendre intéressants leurs morceaux à priori moins inspirés. Bonifier ses temps faibles est une force en soi, qui n’est pas donné à tout le monde, et le signe que le métier entre.
Finissons sur deux belles pièces en les personnes de Skin Ticket et Iowa. Je regroupe ces deux titres car ils font partie de ces morceaux que j’aime appeler “à ambiance”, non pas purement ambiant mais possédant une réelle atmosphère, en l'occurrence extrêmement malsaine et dérangeante. Le premier est complètement plombé, organique, et le second, le morceau titre, une longue complainte de 15 minutes à la limite de la démence. Un délice durant lequel on a pu  admirer le talent de Craig Jones et Sid Wilson.

Bien, bien… Reste le grand débat de sa vocation commerciale. Joey Jordison avait, à l’époque, conté à l’illustre Kerrang! : "Iowa, encore plus que le premier disque, était l’album que nous voulions vraiment réaliser”. Outre mettre en lumière les contraintes inhérentes au premier compact, il éclaire sur la volonté du groupe d’envoyer un message et d’y parvenir avec le second. Cet album est trop organique et rempli de haine adolescente pour être complètement malhonnête. En outre, pour contre-exemple, prenez à peu de chose près n’importe quel obus des 20 dernières années d’un groupe comme Cannibal Corpse (au hasard, rien de personnel) avec tous les codes (clichés ?) qu’il se trimbale (pochette dégueu, blasts, prod de cave, riffs carrés, chant typé) et dites moi qu’il n’est pas calibré pil-poil pour un public cible. Sont-ils taxés de groupe commercial ? Alors quand un groupe joue avec ses tripes aussi violemment et fort que Slipknot, je ne vois pas en quoi ils le sont plus. Je vous laisse sur cette pierre qui roule et je m’en vais troller plus loin.
Bise, hein, dis…

A-
(but maybe it's wrong, fucked and over-rated)

samedi 3 septembre 2022

~X Nine Inch Nails - (2007/11) Y34RZ3R0R3M1X3D (Year Zero Remixed)

 

Novembre 2007 - Sur Discogs

Reznor est en fin de contrat avec son label Interscope et ne rêve que de liberté. Problème : sur papier, il lui reste un album à fournir et comme il a plutôt envie de les envoyer chier, il ne se prend pas trop la tête. Il invite des connaissances, des producteurs et autres remixeurs professionnels à travailler sur les morceaux de son dernier opus, Year Zero, d’en faire une compil et de balancer l’os au producteurs morfals. La démarche est forcée, la conviction abonnée absente. L’espoir reste que ce perfectionniste rechignerait à offrir un torchon au peuple juste par intérêt et qu’il prendrait le projet, si le bras le corps est impossible, du bout des doigts.


Premier constat, aucun doublon dans les titres retravaillés (sur la version CD, celle de référence pour cette chronique) contrairement aux albums de remix précédents. Un bon point car nous avions eux nos doses de Starfuckers, Inc. ou autre Mr. Self Destruct.

La liste des intervenants est presque aussi longue que celle des morceaux présents sur la galette (12 pour 14 morceaux) ce qui devrait assurer une certaine diversité dans les mets.


Saul Williams, le protégé de Trent (pour qui il produit le LP Niggy Stardust) fournit l’entrée avec une version de Hyperpower!, qui n’a pas été retouché d’un son, mais sur lequel l'intéressé badigeonne son flow avec la justesse qu’on lui connaît. Bien que la démarche semble simpliste, le résultat est très énergique et péchu. Plus loins, sa remix de Survivalism, trip-hop glitch propose un vrai re-travail et un résultat efficace voire carrément entêtant. Très bien.

Modwheelmood, le side-project du claviériste live du groupe (Alessandro Cortini), a le coup de main et livre quant à lui une remix vraiment intéressante du monument Great Destroyer en ne se basant que sur son aspect mélodique et une approche etherreal du plus bluffant effet. 

Arrive alors une curiosité. A l’époque de la sortie de ce disque, le site officiel de NIN était devenu un temple tentaculaire pour les fans : une multitude de médias, un forum et un domaine dédié uniquement aux remix de fans. Reznor tombe sur une remix dance de My Violent Heart et décide de l’ajouter au cut final de cette compilation. Il faut bien avouer que cette version est très réussie, une vraie réinterprétation. Ce parti pris dansant est, à part entière, un des visages de ce disque. En témoigne la participation de Ladytron, compagnon de tournée, avec cette savante version techno dansante de la ballade The Beginning Of The End (qui termine sur le motif de The Downward Spiral, clin d'œil sympa). Les bigbeat Capital G d’Epworth Phones et le french funky house (à la Daft Punk) de Meet Your Master pondu par The Faint réchauffent les lombaires et les talons. La version IDM de Me, I’m Not concoctée par Olof Dreijir est plus que osée, le morceau étant pour ainsi dire méconnaissable. Très épurée, tournant pour ainsi dire autour de percussions technos issues de micro-samples de l’original , le morceau s’égare malheureusement sur la longueur (14 très longues minutes !). Ce n’est pas indigent mais pas tout à fait réussi. Côté dancefloor, notons la décevante apport de Stephen Morris et Gillian Gilbert de New Order sur God Given qui est plus un mix alternatif qu’une remix. Une démarche similaire lors de leur deuxième essai, en dessert, Zero-Sum, mais pour un dressage plus réussi.


Dans le registre “passable”, Bill Laswell (qui participe à tous les albums remixs du monde) n’est pas très inspiré sur son mix alternatif de Vessel. Le The Warning de Stefan Goodchild et Doudou N'Diaye Rose se montre plus convaincant avec sa rythmique plus martiale mais son apport quasi nul.

On terminera sur cette offrande très etherreal et dark ambiante d’In This Twilight par l’autrichien Fennesz, au poil, et puis, surtout, sur ce magnifique plat de résistance Another Version Of The Truth du Kronos Quartet avec Enrique Gonzalez Müller, aux instruments à cordes (frottés) tourmentées et ses nappes électroniques inquiétantes. Quelque chose qui ressemble un peu à ce qui a été entendus avec le déjà très beau The Frail sur Things Falling Apart.


Et bien mes aïeux, contre toute attente, que de choses à dire ! Mais pourquoi tant d'indifférence -que dis-je ?- de dédain général ? L’album a souffert de cette vision de brebis galeuses donnée en pâture, la communication n’a pas aidé. La comparaison avec l’arty et visionnaire Further Down The Spiral est encore et toujours inévitable mais n’a plus de sens. Celui-ci est une collection de remix, pas un concept album. Et à ce jeu là, celui avec l’EP de remix qu’avait échut The Fragile est tout à l’avantage du sujet de cette chronique. Facile, je vous l’accorde

Une orientation globale trop dance ? Sûrement, ça ne fait pas très sérieux et on aime bien avoir l’air ténébreux dans la fanbase du groupe. Le choc culturel. C’est oublié l’amour du maestro pour ce style. 

Pour ma part la diversité, l'éclectisme, le fun, certaines audaces, et, tout simplement, la qualité des remixs permettent finalement de passer un agréable moment, certes longuet. Un peu fan-service, c’est évident. Faites vous plaisir, si vous avez aimé Year Zero, ouvrez un peu plus les œillères, laissez frétiller vos genoux et, j’espère que vous trouverez ce que je lui ai trouvé. Sinon, c’est pas grave, hein, c’est peut-être moi qui me trompe.

B
(pour une fiesta de fin du monde)

vendredi 2 septembre 2022

Slipknot - (1999) Slipknot

 


La nature même de la création de cette nonette fut chaotique (changement de line-up incessant, désintérêt des majors, aller-retour en studio, prestations live agressives). Réussissant à mettre en boîte quelques démos et un mini-album, Mate. Feed. Kill. Repeat. (chronique ici), le groupe de Des Moines finit par tomber dans le giron du producteur Ross Robinson. Ce dernier se voie convertit en assistant aux prestations scéniques du groupe et accepte de produire ce premier album avec pour objectif de transposer ce chaos primordiale en disque qui tourne rond.

Pour y insuffler la vie, le producteur spécialiste néo-metallique (il est déjà derrière le succès de Korn) ne veut retenir que l’aspect le plus spontanée, virulent, déchaîné du groupe, en mettant bien en avant ce son “nu”, si vendeur. La formation se retrouve en studio avec un cahier de charge serré, un album complet à remplir et la nécessité de repenser sa vision artistique en faisant une croix sur ses velléités funk et ses inspirations Mr. Bungle-iennes (en témoigne Only One qui perd toute créativité au lavage).  Pour ce collectif à l'orée de sa carrière, c’est beaucoup et ça se ressent.


Les morceaux, très courts (une moyenne de 3 minutes), reposent sur de vraies idées mais rarement sur une écriture profonde. On a parfois l’impression qu’on part dans tous les sens sans se demander où on se rend, pour un résultat parfois juste défoulant (Surfacing, Liberate, Eeyore, (sic)) mais parfois juste stérile (Diluted, Me Inside, Get This).

De l'autre côté de la pièce, notons quand-même quelques morceaux plus aboutis…

Eyeless avec son refrain bourrin et son intro drum’n’bass.

L’archi-tube Wait And Bleed : groove, break de feu et mélodie imparable.

Spit It Out, autre grand tube, avec son phrasé rap, ses sonorités nu metal et sa rythmique remuante.

Purity, de son côté, envoie un son lourd, à la basse bien ronde, que contrebalance un refrain en chant clair. Un morceau accrocheur qui évoque déjà un certain Left Behind.

Joey Jordisson fait des merveilles derrière ses fûts et Robinson ne s'y trompe pas, le sur-mixant sans vergogne. Corey Taylor quant à lui a encore beaucoup à développer et montre un visage plus accrocheur mais un panel moins large que son prédécesseur, bien qu'il livre une prestation honnête et déchainée. Un constat également applicable à l'ensemble de ses collègues qui semblent parfois même en régression, un peu comme ses guitares accordée très bas qui fournissent le riff minimum, "straight to the point".

Slipknot étant également un groupe à ambiance et ce premier album n’en manque pas. Prosthetics ou Scissors, viscéraux et cérébraux, dont une production poussive entache parfois le feeling, entame sans honte cette tradition. Il est amusant de constater, sur le second, un chant et une ambiance très proche d'un Korn des premières heures.


En résumé, un album aussi défoulant que agaçant qui recèle autant d'actes manqué que d'uppercuts bien sentis. Cette écriture dans l’urgence du studio, cette obstination à la brutalité et cette production au nougat (riche, sucrée et parfois écœurante) ouvrira au groupe les voies des charts du monde entier mais le condamnera à la répétition et aux approximations artistiques. Un produit honnête à la sensibilité de grande distribution.

Heureusement, ils n’ont pas dit leur dernier mot.


C++

(tchouk-tchouk, boum-boum)



jeudi 1 septembre 2022

Converge - (2001) Jane Doe


Avec cet album,
Converge entre définitivement dans la cour des légendes.
Abandonnant leurs influences, parfois criantes, pour ne laisser que leur propre son, enfin trouvé, le gang du Massachusetts offre une livrée compacte, suintante, enfumée, claustrophobe, viscérale, énergique, profonde, touchante, émotive.
L’album évoque les relations humaines déchues et leurs conséquences. Pour en parler, Bannon sort ses textes les plus personnels et poétiques pour accompagner au mieux la décharge émotionnelle musicale.
Comme libérée des ces références qui sont autant de carcans, le groupe sort le couteau suisse et l'habileté de composition pour l’utiliser. Tout ce petit monde est à sa place et se transfigure, l’inspiration est là, en témoigne l’arrivée et l’impacte immédiat du nouveau batteur, Ben Koller qui amène dans la résonance de ses fûts une nouvelle dimension aux compositions.
Notons également cette nouvelle basse, issue du doigté juste de Nate Newton, plus sublime que jamais, en témoigne Hell To Pay, à la section rythmique dégueu et obsédante.
Un portefeuille plus épais permet au groupe une production aux petits oignons, certes quelque peu étouffée par ce mur de décibels, mais qui relève le goût de l’album en vue d’écoutes plus attentives et prolongées et qui sert particulièrement des titres plus posées tel que les envolées de The Broken Vow ou Heaven In Her Arms qui résume à lui tout seul tout le spleen d’une rupture et le sentiments contradictoire qui en découle (et ce break de feu de dieu).
Un autre pure moment de cette galette reste le Pheonix In Flight qui porte magnifiquement bien son nom, allant chercher dans les cendres d’une relation perdue la force pour rouvrir les ailes, se retrouver, être à nouveau quelqu’un qui a du sens. Mes aïeux, un moment de grande puissance lyrique, d’une beauté palpable, résumant à lui tout seul le thème de l’album… pour s’écraser, tout en contraste, en une désillusion nommée Pheonix In Flames.
N’allez pas croire que le mathcore est oublié : Thaw et ses contretemps possédés ; Concubine (quelle ouverture !) sonique, modèle d’école ; ce Fault and Fracture, pure condensée d’écriture en 3 minutes top chrono ou encore Bitter And Then Some, boule de feu.
Si une référence doit être notée, on mentionnerai quand même sans rougir Jesus Lizard dont l’ombre plane sur Distance and Meaning ou encore Homewrecker. Au jeu des comparaisons (peut-être futiles), ce dernier, à trois lettres près, porte le même nom qu’un titre du reptile marchant sur l’eau et possède la même décharge énergétique absolue pour une même idée de fond (coïncidence ? on ne pense pas).
Pour clôturer ces 45 minutes bien remplies, qui défie les lois du temps et de l’espace, est lâché le dernier tout grand moment : le morceau titre, Jane Doe, sludge protéiforme cathartique. Plus de onze minutes et demie de pure maîtrise intense dont aucune seconde n’est à jeter.

Tout est dit. Bisous.


A++

(do you wanna? do you wanna? do you wanna be my Jane Doe ? 🎵)

The WRS - (2022) Capicúa

Sur Discogs Si tu sors plus de deux albums, en Belgique, t'es obligé d'avoir une couv' d' Elzo ( Le Prince Harry, My Dilige...