vendredi 26 août 2022

Nine Inch Nails - (1995) Futher Down The Spiral


La tradition se poursuit et, consécutivement à la sortie de The Downward Spiral, le groupe sort l’album de remix Further Down The Spiral, similairement à ce qu’ils avaient proposé avec Fixed pour Broken (et un peu avec le maxi-single Head Like A Hole pour Pretty Hate Machine).

La démarche est la même que précédemment : remix jusqu’en boutiste à vocation de réinterprétation, collaboration étroite avec des proches du groupe (pour ainsi dire les mêmes que sur l’exercice précédent), mains à la pâte du live band,... La principale différence entre Fixed et Further The Spiral est simple : les matériaux de base. Là où le premier tentait de rendre industriel et électronique un album foncièrement rock, The Downward Spiral offre une palette sonore électronique encore plus conséquente, un niveau d’arrangement de base pléthorique et une multitude de sons cachés un peu partout.

Les talents en présence ne s’y tromperont pas.


Ce qui frappe, c’est la cohérence sur l’ensemble du disque, aussi bien dans sa v1 (US) que 2 (UK) : l'œuvre a été pensée dans sa globalité avec des ponts entre les morceaux et le souci de la temporalité. Ce long EP poursuit l’esthétique sonore et visuelle de son modèle, avec cette machine qui tourne, qui avance, qui détruit, qui laisse à peine quelques traces de l’être humain. Les hostilités commencent avec une remix de Piggy, qui devient rock indus hargneux entre les mains expertes de Rick Rubin.

Les deux études de J.G. THIRLWELL pourrait, dans leur démarches, faire penser à ce que l’homme avait proposé avec ses remixs de Wish sur Fixed, c'est-à-dire une trituration du morceau original, un petit plaisir typique d’ingé son, pour un résultat toujours intéressant (et plus excitant que précédemment, je pense particulièrement au Self-Destruction Final, savoureux).

Comme pour le précédent opus, de nouvelles prises sont au menu mais également des portions parfaitement inédites comme ce At The Heart Of It All, composé par Aphex Twin, une pure réussite, à la fois organique et grandiloquante. Il vient également prêter main forte au groupe lui-même sur The Beauty of Being Numb, en clôturant ce mur de son en un véritable moment de plénitude pour les bienheureux. 

Coil proposent, durant leur temps de parole, pas moins de 4 remix. Notons le Bottom de Downward Spiral, un morceau tout droit sortie d’un disque du trio anglais, tant le morceau n’appartient plus à NIN. On y retrouve cette beauté plastique, ce travail sur le son si particulier. L’interlude Eraser (polite) créer un moment suspendu, néo-folk, limite liturgique, d’une beauté… tout simplement un grand moment du disque. Erased, Over, Out, remixe à nouveau ce même titre en une longue complainte parfaitement flippante, qui pourrait sortir de leur album Black Light District. Encore une fois une contribution juste parfaite.

A noter que sur la v2, Charlie Clouser, claviériste du groupe, offre deux remix, Heresy et Ruiner, très EBM, vraiment réussies. Thirlwell substitue Self-destruction Part 2 par la Part 3 qui se trouve être une remix bien plus intéressante, avec une vraie direction artistique : le morceau est plus posé, court et menaçant, jouant sur le long pont de l’original.  


Les deux versions se complètent : l’une est plus sombre (la v1), l’autre plus variée (v2)...


Bien que l’on puisse voir cet EP comme une œuvre secondaire, elle marque les esprits à l’époque en devenant un véritable cas d’école d’un album de remix aboutit. Les critiques et le public y aperçoivent une approche artistique totale et la preuve par quatre que Reznor (et la dope) maîtrise son œuvre d’une main de fer. En tous les cas, il est consolidé en tant que force active du rock US. S’en suivra une tournée de légende avec Bowie, durant laquelle le concert du groupe se fondra à celui de l’idole. Ils y interpréteront la remix de Piggy ici présente et quelques autres issues de singles.


A-

(quitte à plonger plus bas encore)


Nine Inch Nails - (1994) The Downward Spiral

 


Album de la consécration pour la formation basée alors à la Nouvelle-Orléans, The Downward Spiral (TDS) propulsera le père Reznor au statut de figure majeur de la scène rock américaine des années 90 : rock star rincée, artiste maudit, ingé-son de génie, producteur surdoué, bête de scène, artiste multi-facette,...

L’objet dit tout : la pochette et le livret arbore une imagerie plastique, arty et dérangeante et une typographie caractéristique, tout en minuscule (en hommage à Bukowski ?). Entre insectes écrasés et machines rouillées, on y devine le passage ancien de l’humain. 

Tout ce soin, c’est pour mieux nous plonger dans l’univers et l’histoire de cet album. TDS raconte un peu l’histoire d’un être humain, le Mr Self-Destruct du premier morceau, qui entre dans la spirale descendante de la dépression. Dès ce premier titre, on peut entendre les rouages de cette immense machinerie en marche, qui tourne, telle une locomotive qui avance sur ce personnage, inexorablement.  Tout le long de l’album, on peut percevoir ce bruit elliptique, cette spirale qui tourne sur elle-même (Mr Self-Destruct, Ruiner, Closer, Eraser, le morceau titre,...). Au travers de ce premier morceau, on aperçoit presque l’ensemble de l’album : toutes ses humeurs et thématiques, ainsi que son niveau de production et de soucis du détail encore plus affolant qu’auparavant. 

Comme dans toute dépression, on a ces moments désabusés et de résignation (la balade Piggy, sa basse perchée, son solo de batterie magique, seul enregistrement connu de Reznor à la batterie) ; ces moments où l’on se rebelle contre tout (God Is Dead, hymne rock anticlérical) ; ces moments revanchard  où on ne se ment qu’à soi-même (Ruiner, sa rythmique sautillante, presque dansante, et son solo malsain).


La palette d’émotions est aussi large que celle des mélodies, se confrontant, contrastant avec ce chaos, ce mur de bruit, cette destruction industrialisée. L’illustration la plus frappante (et une des plus célèbres) reste March Of The Pig, véritable capsule d’énergie à la structure pour ainsi dire inexistante transformé un tube rock indus indéboulonnable. Ou encore ce The Becoming, long monologue maladif qui termine sur un chaos rageur. Ais-je évoqué Eraser ? Long crescendo hypnotique et schizophrène, envoûtant, qui va sournoisement chercher au fond de l’auditeur une émotion fébrile pour l’expulser dans ce final nihiliste ? La production et l’écriture alambiquée ouvrent les portes à nombre d’idées brillantes.

Mais parmi ce marasme sans concession se cache d'authentiques singles. Outre le March Of The Pig sus-cité, notons le célèbre et pornographique Closer, avec sa basse irréelle et son tempo hallucinogène. Son clip sur-stylisé et censuré reste la plus grande illustration de l’imagerie du groupe à ce moment M. Plus loin, nous retrouvons aussi Reptile, véritable tube puant le sexe, leçon de rock indus plombé.

 

L’album se termine un peu comme il a commencé, c'est-à-dire par un morceau qui l’illustre parfaitement (The Downward Spiral). La machine folle ralentit, se disloque définitivement et se crash dan une destruction totale : “Bang, so much blood for such a tiny little hole…”

Hurt, ce grand titre repris par qui vous savez et qui n’appartiendra plus jamais vraiment à son auteur (de ses propres mots), vient fournir l’épilogue qui clôt l’album, constatant amèrement les regrets et les dégâts. Un album de légendes.


A++

(+ + + +...)

Nine Inch Nails - (1992/12) Fixed EP

 

Décembre 1992 - Sur Discogs

Avec cette galette de 40 minutes, NIN ouvre la voie à une tradition dont les traces se retrouvent encore bien des années plus tard : celle d’accompagner chaque sortie par un EP de remix réinventant les originaux avec une approche jusqu’en boutiste. Véritable collaboration avec les artistes remixeurs, généralement proche du groupe, ce dernier (car seul dans ce cadre Reznor laisse le live band toucher à ses morceaux) n’hésite pas à réenregistrer certaines parties pour tout à fait coller aux ré-interprétations. Cette logique rentre dans une mouvance propre à son époque, où la musique électronique devient mainstream, la house et la techno font vibrer le plafond des boîtes, le hip-hop nous envoie ses samples en rafales revendicatrices  et l’art du remixing n’est plus un gadget mais une expression artistique à part entière.

Mentor, idole, collaborateur (cf. le court-métrage Broken), Peter Christopherson déboule avec Coil pour le premier titre, une reprise de Gave Up. A la fois hallucinée et fidèle, cette réinterprétation garde l’énergie originale mais la transforme en hymne Industrial Techno viscérale. Une toute grande réussite à la hauteur du duo.

J. G. Thirwell nous soumet deux remixs de Wish. Une première sympathique mais dispensable qui rallonge le titre avec une approche plus tribale, ambiante et electro (surtout dans le mix). Une seconde surnommées Fist Fuck, qui triture approximativement tous les sons du morceau pour leur donner un moment de gloire chacun. Intéressant pour l’oreille curieuse mais parfaitement oubliable. 

REZNOR et Chris VRENNA  (batteur du groupe live) se lancent, en collaboration avec (plus ou moins) d’illustres connaissances, dans la bataille: le morceau Throw This Away, long crescendo dark ambiant finissant sur une touche rock indus, sympathique, sans plus ; et les deux remix de Happinesse In Slavery. La première voit le monolithe indus se mouvoir en titre presque house. Osé mais réussi. La seconde nous replonge dans les heures de l’indus radicale, au frontière de la noise. Un délice.


Bref, je ne suis pas sûr qu’ils ont refixé grand chose mais ce grand bordel défile assez rapidement pour qu’on ai même envie d’y retourner.  


B

(sans soucis)


Nine Inch Nails - (1992/09) Broken EP

Septembre 1992 - Sur Discogs

Après 3 années, des kilomètres de bitumes parcourus, des kilomètres de planches arpentées et des kilomètres de coke sniffées, le père Reznor croit en son nouveau dieu, la scène et ses guitares saturées… In Rock We Trust. Ca fait soulever les foules, ça fait soulever les filles, ça fait soulever les plumes des critiques. Alors abreuvé par toute cette énergie, il claque 8 titres, 30 minutes frontales, pied au plancher. Après une intro devenue mythique où se cache quelque part un sample de Bowie, Wish envoie vers une autre orbite la NIN-sphère. Mais quel morceau mes amis ! Que de haine, que de hargne, que de décibels, que de distorsions… et ce break. Ce morceau devient instantanément la représentation même de NIN en live. Ce genre de morceau qui piquera la vedette à Metallica à un fa/fu-meux festival deux ans plus tard (Woodstock 94, un bootleg à écouter dans les plus bref délais). 

S’enchaîne le pachydermique mais fulgurant (si si) Last, une leçon de composition.

L’abyssal Help Me I Am In Hell (le premier d’une longue liste de compos instrumentaux signé NIN) ouvre la porte du monstre, de la broyeuse Happiness In Slavery. Un morceau purement incroyable, au relent BDSM, à la croisée du bruitisme, du spleen et de la colère. En un mot I-N-D-U-S. 

Gave Up clôture les titres originaux en te bafant façon. Un autre classique en devenir. 

S’en suit, en dessert, Physical (You’re So), une version encore plus salace et rock que l’original de Adam and the Ant, et SuckTrent s’auto-reprend, puisqu’il s’agit d’une version “hard” d’un titre qu’il a enregistré lui-même avec le projet Pigface. Un classique live pour plusieurs années.


Au fil des titres, se profile une plaque fumeuse, brutale, poisseuse, sale, désespérée, incandescente. A la hauteur des clips et, surtout, du court-métrage produit par le héros Peter Christopherson : brièvement considéré comme un snuff, longtemps considéré comme culte, malsain et introuvable… comme quoi internet n’a pas que des défauts.


Il faut être plus que cassé pour produire un disque pareil mais c’est lorsque l’on brise la coquille que l’on peut extraire toute la substance.


A

(dans les dents)

Nine Inch Nails - (1989) Pretty Hate Machine


Le premier morceau du premier album de ce groupe mythique commence par un direct, rock et groovy Head Like A Hole, qui ne quittera plus jamais les setlists du groupe. Le premier constat est le niveau proprement hallucinant de la production et la multitude de détails pour un premier album. Trent Reznor est un acrobate dont l’authenticité des émotions à vifs tient en perpétuel équilibre sur cette corde qu’est la recherche du détails, du “son”, de la plastique sonore, du samples distordu jusqu’à le rendre indéchiffrable (démarche comparable à celle du mentor Coil). Cette ambivalence, omniprésente, restera le moteur de l’ensemble de l'œuvre à venir.

Un fondu plus tard, le martial et organique Terrible Lie nous coupe le souffle avec son break improbable et son couplet final en forme de coup de poing haineux. Down in it, premier vrai morceau du groupe, premier single, enchaîne en distribuant ses quelques mandales bien électroniques, définitivement rock… 

Rock avant tout, le sens de la mélodie, véritable fil d’ariane de Pretty Hate Machine, n’est jamais oublié, seulement enrobée de matière froidement électronique. A contrario de la mouvance EBM de l’époque dans laquelle un Front Line Assembly, par exemple, posait sur des morceaux electro des riffs de guitares carrés. Cette approche sonore explique, en partie, la transformation des titres lors des futures prestations scéniques du groupe pour atteindre une esthétique complètement différente dans leur interprétation, encore aujourd’hui. 

Les morceaux s’enchaînent en offrant tout un panorama de paysages. L’obsédante balade Sanctified avec sa basse vicieuse et ses saturations sauvages, animales.

Le hanté Something I Can Never Have, interprété à fleur de peau.

Le sophistiqué Kinda I Want To, pilule indus à tiroir ; la fusée Sin, un futur tube ; le crescendo That’s What I Get ou l’obscène The Only Time (cette basse dégoulinante). La rondelle se termine sur un dansant Ringfinger qui a la lourde tâche de clôturer tout ça… sans tout à fait y parvenir. Force est de constater que les morceaux deviennent moins marquants, ce qui reste très relatif, sur la fin du disque. La réécoute est vivement recommandée, au casque évidemment, pour laisser à certaines compositions le temps de se révéler. Même si la maturité globale des morceaux, pour ainsi dire jamais joués en concert au moment de leur mise en boîte, reste étonnante. 


Tout ce qui fera le groupe durant les 30 prochaines années et plus (oui, espérons bien plus) est présent : des émotions, et des distorsions, tels des créatures de métal, comme l’illustre si bien la pochette. Ou de jolies machines de chair, doté d'émotions, comme la haine par exemple.


A-

(avec les compliments du chef)


The WRS - (2022) Capicúa

Sur Discogs Si tu sors plus de deux albums, en Belgique, t'es obligé d'avoir une couv' d' Elzo ( Le Prince Harry, My Dilige...