dimanche 23 avril 2023

Front 242 - (1982) Geography


Avant les tenues pseudo-militaire, les provocs, les rythmiques martiales et la légende, les Front 242 l'écrivait déjà. Sur cette première galette, les belges étrennent leurs jouets. Les beats d'enragés n'étant pas encore à l'ordre du jour, il y avait toute la place pour les ambiances et les experimentations. En 1982, quand on fait de la musique électronique, tant reste à faire techniquement que tout reste possible sous les mains averties.
Front 242 tente cette approche rock dans le minimal synth, solutions abrassives dans les vapeurs cold wave, goût métalique dans des effluves froides. Le rapprochement ne doit pas se faire stylistiquement, il n'y a encore aucune trace de rock indus, plus aucune de l'indus séminal, mais un certain motus operandi, une philisophie du non-savant, de la machine en substitut à l'homme. L'EBM est toute proche, la synthpop quelques mètres derrière... Synthrock ? Le chainon manquant entre Gary Numan ("The Pleasure Principle") et Front Line Assembly ? 

Dès lors, la froide musique du futur, riche, justement produite et arrangée, se permet des voyages acides ("With Your Cries"), organiques et ambiants ("Dialogue", "Kinetics"), aux plastiques industriels (les excellents "Least Inklings", "GVDT" et "Art & Strategy), proto-technos ("Black White Blue") ou comateux ("Kampfbereit"), s'imposant instantanément comme des modèles pour leur époque.

De cette collection de courts essais, pour ne rien perdre en fraîcheur et spontanéité, ils se permettent aussi le dansable tube "U-Men", hymne des dancefloor gothiques. Le groupe ne sort pas encore ici son manifeste mais un véritable tour de force. Le moins racé du groupe mais probablement un de leur tout meilleur.

A-
(they seem to live in Panavision
on a TV screen or in a non-stop dream)

lundi 17 avril 2023

Coil - (1986) Horse Rotorvator

 

En entrant, on pourait emprunter le "Anal Staircase" et reprendre là où "Scotology" nous avait laissé : martial, vicieux, pornographe... A y écouter de plus près, le son est bien différents : la prod prend une volée de gallons et les élucubration électroniques surgissent d'une cavité encore plus profonde. On entre-aperçoit même un brin de techno à venir (mais chut, c'est pour plus tard).

Mais dès "Slur", et sa poésie dissonnante, on ne peut que constater le gap, la différence d'inspiration, d'esthétisme, d'ornementation. John a amélioré son chant de manière drastique, il s'accouple à des bidouillages sonores ne collant déjà plus à l'imagerie industrial stricte, développant un univers propre, atteignant une poésie déviante et une beauté décadente. Nous n'entrons pas juste dans une nouvelle annexe mais bien une nouvelle dimension. 
Par la fenêtre, bordant la jetée, ce sont les plages d'Italie, celles de "Ostia", où Passolini se fait assasiné. Cette mélancolie et cette voie solonelle magnifie dans la poésie le meurtre de ce génie, icône d'un esthétisme homosexuel assumé, le sublime et le romanise.

La garçonnière d'antant a été restaurée en atelier. L'électronique est leur instrument, mais le synthétique laisse place à l'acoustique échantilloné, sous une mutlitude de formes, pour autant de couleurs, conférant à leur musique une approche plus savante, plus grandiose... plus convenue ? Non, plus juste. Plus mélodique, rapprochant plus que jamais leur musique, avec ces structures ritual, de celle de leurs compatriotes et camarades des Current 93. Car "Babylero", cette comptine world, la marche "The Golden Section" ou l'excellente reprise à fleur de peau "Who By Fire" (de Cohen) sont moins industrial que neo-folk.
Leur sous-basements formateurs ont été augmenté d'expérience et de savoir faire. En résulte des titres ambiant et ritual maîtrisés : le cinématique "Ravenous", le bruitiste "Blood From The Air" ou l'hypnotisant, fascinant, organique, fataliste "The First Five Minute After Death". Les travaux sur la B.O. de "Hellraiser" n'auront donc pas été vains, s'ils ont permis d'offrir une telle pièce.

Pour finir le tour du propiétaire, notons ce "Penetralia", tour de magick, image réminisante au futur antérieure, ressemblant à s'y méprendre à de prochaines remix, surtout de celles offerte au père Reznor. Un truc qui ressemblent à tant d'autres choses à venir. Pour sa part, "Circles Of Mana", et ses cuivres swing, ses bruitismes bipolaires et ses déclamations d'aliénés, ne ressemblent à rien d'autre. Chic et réussi.
Vous l'aurez compris. Voici leur premier chef-d'oeuvre, une oeuvre d'une poésie fragile et maculée, un rêve pollué. 

A+
(putain que c'est beau)

vendredi 14 avril 2023

Noto - (1996) Spin


Avant la période faste des années 2000 (la série des "Xerrox" ou les collaborations avec Sakamoto), Alva Noto experimente dans le glitch et le minimal depuis le millieu des années 90.
Sur ce premier effort, il travail un point important de son domaine d'expertise, de son oeuvre mais tout simplement de la musique : la temporalité. Via un panorama de 24 titres complétement glitch, assez courts, on ne peut en dénombré que 12 originaux, simplement numérotés. L'autre moitié ? Les mêmes joués plus lentements (ou plus rapidement ?). Ne se perdant pas dans de la simple démonstration, Carsten Nicolai brouille les pistes en mélangeant les morceaux et les versions favorisant le feeling, envisageant chaque pièce comme une fin en soit, il remonte la temporalité (encore une fois) de son album en choisisant son rythme. Dans l'ensemble, le résultat est non seulement interessant mais également heureux, prévilégiant les ambiances (surtouts sur les "Low", correspondant aux edits lentes) via des structures et tempos épurés, répétitifs et techno. L'ingénieuries sonore est évidemment primordiale avec une recherche approfondie sur sa plastique, faisant muter les sons et observant leur rapport entre eux. On notera un peu de field recording pour enrichir l'assortiment acoustique.

Une telle approche me fait songer à d'autres experimentations sur le temps et le rapport à l'oeuvre et son interpretation que l'on peut retrouver, par exemple, chez le cinéaste Michael Snow, avec ses même paradoxe. Le résultat peut-être interessant, fascinant, parfois beau, mais quelque peu chiant également. Car il est autant captivant de voir à quel point la modification d'un seul élément puisse changer complétement le visage de quelque chose, son execution systématique, et donc facile, voir outrancière peut également rendre le débat stérile. En outre, l'homogénéité de l'approche, des couleurs et la répetition des titres (indubitablement) implique une redondance ampoulante. 

Ca ne devrait cacher ce "Spin 01 High" étonnemment dramatique qui en deviendrait inquiétant en "Low"; le "21 High" crépusculaire et naturel et son contre-parti technico-décadent ou encore "22 Low" industriel répondant à un high cinématographique et techno. Vous l'aurez compris, j'adhère à l'expérience, sans donné tout crédit au résultat, et trouve ce manifeste du teuton osé et péremptoire : il est là pour compter et faire avancer le schmilblic.

B-
(the high end of low)

mardi 11 avril 2023

Walpurgis Volta - (1988) Walpurgis Volta


La musique du 20ème siècle fut populaire, celle du peuple, du croquant. Le punk fit l'effet d'un ras de marée car il l'était. Bruxelles n'y échappa pas. Les retombées post furent plus visibles mais il y a forcèment eu un avant. Parmis certains acteurs notables, un certain Bob Seytor sort du lot : d'abord batteur chez les Chainsaw, puis chanteur chez Contingent, il y rencontre Eric Lemaître (guitare). Les deux comparses resteront sur cet acquis et créeront, quelques années plus tard,  l'experience Walpurgis Volta accompagné, entre autre, de Georges Lemaire (basse) (des noms à retenir).

D'ailleurs, on repaire déjà ce jeu de basse funky qui s'oublie dans un frénetisme de rock et de roll. Car même si la guitare ne rate aucune occasion de claqué et de saturé, les riffs acérés des WV sont avant tout éfficaces, entrainants, mélodiques,... C'est pour mieux accompagnés ces punchlines sur la violence, la jungle rurrale, le désespoire, les guerres pscyhologiques ou armée, signées avec vélocité, d'une voie nasiarde, dans un français au léger accent metropolitain, désabusée, criarde, arrogante jusqu'à la vulgarité.

Le quatuor s'emploie a appliqué toute son adresse sur le rockabilly "Roule La Rolls", hypersaturé ; un "Suicide, Suicide" violent et rapide; ou le "Cowboy Solitaire" country dégueulasse et gressillé ; mais aussi le southern rock gutural et noise de "Vietnam Blues" ; encore le F.M. "Le Quotidien" (qui ferait penser à Téléphone) ; ou bien la tension extrême d'un "Regard Glacé" ; et les chaloupements alambiquée des rythmiques reggae (un classique) de "L'Ethylique".
Vous l'avez compris, rien ne pourrait être plus dangereux, plus urbain, plus punk que les bruxellois.
Mais que de fraîcheur, que de haine, que de pisse, que de jeunesse, que d'envie d'en découdre... Une envie qui m'a parfois rappelé les français de Haine Brigade. Le début d'une trop courte aventure en commun pour le groupe, mais le début de diverses carrières qui marqueront la scène de la capitale belge et de son fameux Magasin 4.

B+
(mais ça veut dire quoi walpurgis volta ?)



Sunn O))) - (2003) White1


2003, Seattle, rien n'a changé : le Dr John Carter essaie de sauver des vies, les grunges (sans d) sont toujours morts, plus personnes ne prend les Supersonics au sérieux, Stephen O'Malley et Greg Anderson semblent investir dans des amplis toujours plus grands...
Au lieu de poursuivre dans la droite lignée de leurs précédents travaux, les deux hipsterO'métalleux tentent de nouveau métissages, de nouveaux mélanges homogènes.
Avec la complicité et le verbe (qu'il sait rendre beau) de l'illustre Julian Cope, ils transforment le grave et plaintif "My Wall" en un spoken words sur fond de dark ambiant. Les riffs y sont moins épais, le drone plus discret et quelques arpèges viennent offrir une ambiance de fin du monde. Cet accent gallois semble déclamer, dans un décor en cendre, une apocalypse proche, pour un spleen (néo-)folk industrial et ambiant entre Khanate et KTL (l'autre projet du duo), à renfort de saturations et de nappes électroniques. Et puisque le silence qui suit l'œuvre des grands leur appartiennent encore, c'est lorsque la fureur bruitiste se dissipe que l'air devient glassant.
Sur "The Gates Of Ballard", une balade traditionnelle norvégienne est récité par la vocaliste de Thor's Hammer (un des premiers groupe du duo), pour laisser place à un moelstorm stoner de percussion et de batterie, un riff accrocheur -simple et primal, qui renvoit plus que jamais à Earth- pour un résultat tellement païen et folklorique (à nouveau). 
Le groupe se jouant irréverssiblement de ses propres codes, c'est du côté de Nurse With Wound (NWW) ou de Matt Uelmen (la série "Diablo") qu'ils semblent puiser l'inspiration du dark ambiant "A Shaving Of The Horn That Speared You", aux arpèges désolées et dissonnances sordides. 
Accompagné sur l'ensemble de la galette de l'oeil bienveillant, l'écriture attentive et l'onglet grattouilleur de Joe Preston (Melvins), les deux états-uniens cassent la routine et balancent une continuité somme toute logique à leur oeuvre mais aventureuse, moins fidèle à leur style, mais interessante. Long, le LP laisse cependant un léger goût d'inachever, passant à côté d'une conclusion qui arrivera pourtant lors la prochaine livraison, suite directe. Les accueils contemporains et retrospectifs auront été plus circonspectes mais s'y fier serait passé à côté d'une direction artistique différente, cohérente et claire.
 
NB : l'édition vynile vous fera de l'oeil avec sa bonus track "Cut Wooded" : très "Salt Marie Celeste" des NWW, le titre s'engouffre dans du pure ritual de bonne facture mais tombe malencontreusement dans le hors-sujet... selon votre humble serviteur.

A
(bam ! dès l'intro, tu kiffs)


mardi 4 avril 2023

Pan Sonic - (1995) Vakio


C'est en 1993 que Pan Sonic voit le jour, d'abord en un seul mot avec un "a" au milieu, d'abord en trio, d'abord en faisant de la techno. Avant la sortie du présent album, le groupe s'émancipe musicalement ; pendant, une célèbre marque d'électronique éponyme leur font changer de nom ; après, Sami Salo quitte ses comparses et les laisse en duo. 
Sur ce premier effort, ces laborantins du son cherchent la formule de l'infini dans le microcosmique, la richesse dans l'épuration, l'intensité dans les grands espaces, dans la lenteur hypnotique. A traits d'infra et d'ultra, de basse ou de son, le groupe de Turku se focalise sur l'infiniment petit, le silencieux, le susurré, l'infiniment peu pour que chaque expérimentation devienne infiniment beaucoup, car en créant le manque, moins fait plus, chaque variation de son étant autant de nouvelles trouvailles, de paysages à explorer. Que ça soit l'intro "Alku", ce long signal fluctuant - drone minimaliste, le techno glitch "Radiokemia", l'industriel "Urania", le funky "Hapatus", le tribal et ingénieux "Tela", le métronomique "Sahkotin", presque french touch, ou "Reso", noise et ambiant, rien n'est impossible, tout devient possible, malgré cette approche stylistique potentiellement restrictive.
L'écoute au casque est vivement recommandée, évidemment, car le travail sur la plastique sonore à toute son importance, pour entendre chaque fréquence, chaque aspérité noise, ultrasonique, vibratoire. Le mix, et la production en général, a toute son importance : les sons industriel, dans leur pureté dénudés, se ressentent d'autant plus, physiquement.
Mais tout l'intérêt de cette galette et du groupe n'est pas que dans ce minimalisme technologique, cette froideur futuriste mais bien cet autre concept avec lequel il est couplé : l'humain, l'organique, comme des cœurs qui battent, des entrailles qui respirent, ceux de créature cybernétique mais définitivement humaines. Et ce contraste, entre l'âme et la technologie, exprimé par des sonorités délicates et sales, apporte une poésie qui différencie le groupe de bon nombre de leurs homologues, et parmi les plus célèbres, plus fédérateurs... et ce malgré un habillage qui pourra paraître plus qu'austère, il faut le dire.

A-
(la suite, les bites !)


samedi 1 avril 2023

Univers Zéro - (1977) Univers Zéro


Le rock progressif, toujours plus pointilleux, toujours plus technique, voit émerger un courant plus idéologique que musical, ce qu'on a appelé le Rock In Opposition. Entendez par là en opposition à l'industrie du disque, car même pour du prog, les mecs étaient bizarres (et galeraient pour sortir leurs disques). Les frontières avec d'autre sous-genre du prog sont très fines ou même, osons l'avouer, pour ainsi dire inexistantes. En l'an de grâce 1977, les bruxellois de Univers Zéro sortent leur premier disque et deviendront une figure emblématique du mouvement.

La musique d'Univers Zéro, avec ce mélange de musique de chambre, ses structures prog et son feeling free jazz, très peu interessée par les mélodies proprement dites, sonne comme la bande originale d'un film muet, d'une pièce de théâtre vaudevilesque. Presqu'autant visuelle qu'auditive, les histoires que nous comptent les instruments nous tranportent vers des images, des émotions, des intrigues, et ce dans une grande cacophonie fluide. Ce rapport à l'imaginaire, cette musique racontée, aidée par ces instruments de chambre, ne pourrait cacher l'influence de compositeur comme Igor Stravinsky. Un peu comme dans ce premier titre ("Ronde"), où ils nous sembleraient suivre les périgrination d'une entreprise inconnue, par des êtres étranges, insoucients d'être sujet d'observations attentives, se déménant comme des beaux diables, avec frénésie, face à l'adversité. Non dépourvu d'un certain sens psychédélique, le krautrock n'est parfois pas si loin, tout comme la zheul dans ce visionage à la loupe du macrocosmique. Aidé par ces claviers, on pourrait pensé à quelques oeuvres de bande son vidéoludique, tel "Carabosse", ce cirque désorganisé sinistre.

Personnellement peu adepte de la notion de virtuosité en tant que fin en soi, il faut admettre que le niveau d'execution affiché par cette bande de gai lurons est tout bonnement incroyable, juste, et, le plus important, au service des morceaux, systèmatiquement dans l'esprit. Je prends pour témoin ce "Malaise" aux rythmiques de coeur lourd, transpirant, le vertige brouillant la raison, ou encore le bien nommé "Complainte" à la tension dramatique palpable.
Moment marquant, "Docteur Pietot", cette effroyable calvacade, sombre et glauque, gris cendre, cette usine de mort, comme autant d'automates à la chaîne, s'appliquant à leur part du mal, est une sorte de Fantasia industriel, portant définitivement la griffe des belges

Moins sombre que ce que le groupe proposera par la suite, clairement inscrit dans son époque, pourvu d'une maitrise de haute volée et d'une personnalité propre, ce premier disque est une réussite qui ne demande qu'à être poursuivie toujours plus loin.... 
Au grand dam des hermetiques...
...à la jubilation des exaltés des 8 cordes...
...ou tout simplement au grand plaisir des curieux.

A-
(sont un peu réac à deux balles, nan ?)

The WRS - (2022) Capicúa

Sur Discogs Si tu sors plus de deux albums, en Belgique, t'es obligé d'avoir une couv' d' Elzo ( Le Prince Harry, My Dilige...