lundi 6 février 2023

Psychonaut - (2014) XXIV Trips Around The Sun EP


Ah ! Les Flandres, terre de rock. La région n'en est pas à son premier groupe influent, reprenant les codes anglo-saxons avec talent, y ajoutant un sel propre, souvent arty, et parfois même un peu d'arrogance. La scène métallique bouillonne dans le sillage, entre autre, des Amenra, devenu un véritable phénomène.
De leur côté, les Psychonaut développe leur metal progressif sombre et mystique depuis 2013 avant de lâcher, l'année suivante, un premier disque. Cet EP, de 35 minutes, serait un double chez les Nails ou les compatriotes de Cocaine Piss. Pour le trio de Mechelen, c'est à peine le temps de quatre morceaux.

Le metal progressif des flamands mûri sous des riffs organiques, techniques, mutants sur des algorithmes savants, évoluant au fil des astres, à la recherche de nouvelles dimensions. Le Mantra qui descelle ces portes nous plongent à grand coup de post-metal atmosphérique dans le confins du connu avant de flotter 24 fois atour du soleil dès la piste suivante. Avec ce titre éponyme, et ses passages tantôt extrêmement sludgy, mais aussi stoner, le décorticage des rythmiques et des riffs, tout en contre-temps, peuvent évoquer un certain Tool (et seulement l'évoquer). Le titre Ascendacy rappel également un autre groupe passer maître dans ce genre d'art cérébral : Oceansize. N'allez pas plus loin qu'un feeling. Les passages ambiants, l'approche résolument doom, et le chant guttural empêche une comparaison plus approfondie. Ce fin équilibre entre chant clair et death est à retrouver dans l'Opeth des premières heures (l'excellent Morningrise). Le psychédélisme, omniprésent, est un autre point commun avec les suédois.
Comme sur le très bien nommé Psychedelic Mammoth, quelle belle image, avec son ambiance spatiale et épique, fournissant, en plein milieu, un solo de guitare des plus fumé, juste pour le fun.

Un bien beau premier effort pour les belges, qui montrent une personnalité forte, dark psyché, dans un habillage maîtrisé, pour une version Rosetta des Ulcerate (si c'est pas une comparaison flatteuse). Malgré ce maelstrom cosmique de références, le disque s'offre une unité solide. Du très bon donc, pour un départ en voyage dont on espère qu'il ouvrira les portes vers de nouvelles nébuleuses infernales. 

B+
(et des proboscidiens sous influence dans ta...)

vendredi 3 février 2023

Coil - (1987) The Unreleased Themes For Hellraiser


Que de gâchis. Lorsque le jeune Clive Barker, le vent en poupe, recevra les fonds pour adapter sa nouvelle à succès The Hellbound Heart, il fonce voir le groupe dont il rêvait pour sa bande originale. Amis et amateur de Barker, qui n'a jamais caché son envie de travailler avec eux, les Coil ont lu le roman avant qu'il ne soit publié et sont vite impliqués dans les délires esthétique de l'auteur, que le groupe nourrit en lui faisant part des leurs. Dans cette affinité nouvelle qui frôle l’exaltation pour l'écrivain britannique, le groupe se lance, avant d'élaborer leurs deuxième album, dans l'écriture de morceaux : le thème du film, le thème principal, le thème de la boîte, entre autre... Tout le monde oublie un point quelque peut important, inscrit en grande lettre, sur une colline, au sens propre : HOLLYWOOD. En pleine mode de l'horreur "en caoutchouc" (rappelez-vous tous ces effets spéciaux savoureux), les producteurs sont plus qu'enthousiaste de voir débouler des corps déformés et des démons sado-masos, mais pas un groupe industriel. Ils ont un protégé à mettre en avant et  ne laisse tout simplement pas le choix à Barker : ça sera Christopher Young à la compo.

Ce dernier fera un travail honorable sur le film et la bande son fait partie intégrante du mythe. Pour les Coil, c'est plus difficile à avaler : ils abandonnent leur morceaux et les espoirs de projection. Ils décident cependant de sortir une partie du résultat de leur travail sur une plaque 10 pouces. Seul trois des six titres sont repris et complétés par des compositions destinées à diverses publicités commerciales. Plus tard, une réédition comprenant les six titres d'Hellraiser et aucune publicité sera publiée.

Sur cette dernière, on entends tout le talent du groupe pour les pièces ambiantes. Le Hellraiser Theme ou le Main Theme nous renvoie à des titres précédents (les rythmiques très martiales de Scatology, les ambiances de Cathedral In Flames - que Barker adore) ou futurs (Ostia, First Five Minute After Death). On aperçoit l'approche d'un Restless Day ou du Babylero sur le Box Theme, qui s'englue dans les dissonances infernales. Les trois autres morceaux, dans la même veine, nous emmènent toujours plus loin dans le glauque plastique. Le gâchis absolu n'est même pas tant dans la non utilisation de ces morceaux. Ils auraient, avec leur sons inquiétants, malsains, et leur approche moderne, apporter encore une autre dimension au film, moins conventionnelle, plus en phase avec l'imagerie et le message paranormale mais en même temps humain et décadent. Lorsque l'on peut seulement imaginer les images superposés à ce son, l'histoire aurait été raconté différemment. L'autre grand regret : le son n'est pas aussi recherché qu'à l'accoutumé (ce qui reste relatif), les morceaux devaient être écris sur support électronique, via des samples, pour ensuite être arrangé en symphonique avec orchestre (auquel Barker tenait). Et ça, qu'est-ce que ça aurait été intéressant à entendre !

Les morceaux issues de publicités ne sont pas indispensables, certes, mais étonnantes, pas tout à inintéressantes. Définitivement trop courtes pour pouvoir développer grand chose, on y retrouve la patte Coil surtout à partir de Video Recorder et Airline 2.  Il y a même un côté video game music avec les Cosmetic 1 & 2 (Koji Kondo en mode sympho) ou Accident Insurance (Yasunori Mitsuda sur les Chrono). Certains valent le coup d'oreille, surtout pour l’exercice de style, où comment faire riche avec peu de temps. Brian Eno l'a expérimenté avec le Microsoft Sound et il en disait : "et je suis retourné travailler sur des pièce qui étaient longues de trois minutes, cela ressemblait à un océan de temps". C'est beau, hein...

Au final, une chronique qui met plus de temps à être lue que la musique à s'écouler. Une petite histoire dans l'histoire du groupe, un bout de plastoc étonnant à découvrir, surtout pour les fans (des anglais ou de la franchise Hellraiser, ou des deux). Non dénué de charme et d'intérêt.

B
(The consequences of raising hell…)

mardi 31 janvier 2023

.hopesfall. - (1999) The Frailty Of Words


Un objet marginal que ce The Frailty Of Words, première offrande des Hopesfall. Résolument hardcore dans son énergie, ces jeunes gens fleurtent avec tout les interdits pour arriver à leur fin. A grand renfort de contre-temps et contre-points, de breaks incessants, d’enchaînements de plans, de changements de rythme, ce petit monde, dans une démarche exutoire, se rapprochent plus du progressif que des casquettes de baseball. En témoigne cet inaugural Shrines Through qui m'a évoqué un certain Between The Buried And Me... qui leur est postérieur. Tout comme la plupart des références auxquels je ferrai allusion durant cette chronique.

Le math metal In Reflection poursuit le repérage. Le grand point faible reste à mon sens cette voix : à la limite du caricaturale en gutural, pas très assuré en chant clair, les limites sont criantes. Dans les passages hard, imaginez Greg Puciato en mode hysterique. Les quelques incartades plus claire ressemble à s'y méprendre à un chant nu-metal d'un groupe de ton lycée. Bien que l'instrumentation l'accompagne avec beaucoup de variétés, de maîtrise et de talent. Mention super top bien à la section rythmique et surtout la basse de Chris Kincaid.

Un production assez froide, peut-être nécessaire pour laisser parler la musique sans y interférer, m'a fait craindre un manque d'émotion, masqué par cette montagne de technicité. Heureusement, Endeavor me rassurera rapidement, avec son désespoir et son énergie. Cette gestion des moments électo-acoustiques m'a fait songé à Opeth, tout comme le très bon instrumental Lament, qui me rappel par moment l'excellent album Damnation des suédois (rho, j'étais jeune).

Le groovy From Your Hands offre un peu plus de chaleur encore, tout comme A Winter's Rose et ses touches heavy, parfois djent. Le carré et monolithique Comfort et ses breaks de feux, très hardcore, torrentiel, nous claque au visage comme une gifle (encore cette basse d'amour). Oceansize, pourtant fondé la même année, ne peut-être une influence mais nous y retrouvons cependant un arrière gout dans le lumineux A New Day, tout comme dans le long prog The Broken Heart Of A Traitor qui clôture le débat, juste après l'instrumental qui donne son titre à l'album, très typé 90's (un petit quelque chose des Red Hot période Californication... ou c'est moi).

Voilà donc un bout de plastique rond étonnant ou pour le moins intéressant. Sans vouloir accabler le chanteur Doug Venable, il aurait tout à gagner de travailler à l'élargissement de ses capacités, les émotions n'en seront que plus vraies. Un son moins froid (ou plus personnel ?) serait peut-être bienvenu mais rien n'est moins sûr. Et je ne voudrais pas terminer sur des commentaires négatifs face à tel melting-pot de genre et de talents. La suite !

B+
(il n'y aucune raison de les laisser tomber)

Noir Désir - (2020) Débranché


On n'attendait plus vraiment une sortie de Noir Désir. Peut-être qu'on s'en foutait un peu. Vu qu'il était impensable de voir émerger des titres inédits, on pouvait toujours s'attendre à des bandes perdues, des chutes de studio,... Le problème, souvent, c'est que si on n'a pas trouvé ça une super bonne idée de le sortir avant, c'est que ça en est peut-être pas une... Ou alors des prestations en publique. A quand un gig complet datant de la tournée 666.669 Club ? Au final, Barclay nous monte un album acoustique. Pourquoi pas. Vu qu'à priori le vinyle a la cote et que les gens sont près à payer n'importe quoi si ça a l'air collector, autant sortir non pas un vinyle, mais deux vinyles : pas un 45 ou un 33, les deux.  

Sur le 45t est gravé l'enregistrement du passage du groupe à l'émission Much Electric, à Buenos Aires en 1997 durant la tournée 666.669 Club (bah, tiens). Et le son est assez misérable... Problème d'ingénierie ? De budget lors de l'enregistrement ? De conservation des bandes ? C'est dommage, surtout que la participation d'Ákos Szelevényi, saxophoniste hongrois, ayant déjà participé à l'album imprononçable su-nommé, est remarquable. On se consolera en se disant que des cuivres et un son parasité, ça fait vintage. Sans rire, bien qu'un véritable cachet s'en dégage, ça reste étrange et même douteux de fournir une telle qualité acoustique sur un enregistrement professionnel, enregistré en 1997, distribué en 2020. Bref, qu'en est-il des prestations ? Un Jour En France, où le saxophone virevolte, passe l'exercice de style assez facilement. Fin de siècle, peut-être le plus scarifié par sa qualité sonore, reproduit une ambiance particulière, plus spleen, plus mélancolique, plus désespérée. Choix intrigants, Song For JLP, n'est plus cette hidden track bizarre mais un titre country aux effluves éthylique et Back To You, une très bonne face-b, est joué avec énergie, fraîcheur et réussite. En résumé, la talent transfigure la technique. 

Quand le diamant vient se coller sur le sillon du plus large des deux disques, on ne peut-être tout à fait préparer à ce que l'on va entendre. Vous avez déjà eu la chaire de poule à l'écoute de Si Rien Ne Bouge ? Vous n'imaginez pas. La version immortalisé à la radio milanaise en octobre 2002 est un véritable joyau, de ceux qui cristallisent les émotions les plus fortes, qui font briller chaque instruments de la manière la plus éclatante. Le Vent Nous Portera ? Facile, il suffit de glisser de l'electro-acoustique à l'acoustique. Non. Faut-il encore l'habillé de sentiments et d'authenticité, ce qu'ils n'auraient pas pu aussi bien faire qu'avec cette interprétation habitée.  La version americana de L'Homme Pressé renvoi une bonhomie et un plaisir communicatif. Toute la sensibilité à fleur de peau du Des Visages, Des Figures est transcendée quand elle est épurée de son électricité. Les Ecorchés n'en perd pas une goutte d'énergie et A l'envers, A L'Endroit, ce grand morceau, déjà sublime en condition electro-acoustico-live, a tout le temps de déposer à nos pied sa poésie. En clôture, Song For JLP résonne une seconde fois, toujours très bon mais cette fois-ci avec un vrai rendu sonore. J'imagine que ça justifie le doublon. 

Et bien, malgré la démarche qui ne dupera personne, voici quand-bien même un disque à l’interprétation titanesque, qui ne manque pas d’intérêt. Ceci en tenant compte des situations : en pleine tournée des plus rock pour 1997, lors d'une tournée 2002 où les claviers et l’électronique s'invitent plus que jamais dans le paysage musical du groupe. Un vrai travail d'auto-réinterprétation. C'est cher payé la fantaisie du double album mais ce serait aussi passé à côté d'une pièce indispensable pour les fans. Sinon, ça existe en CD pour les vieux et les gens pas cool, et en streaming, mais parait que c'est mal... Vous voyez où je veux en venir.

A-
(j'ai douté des détails, jamais du don des nues)

lundi 30 janvier 2023

Slipknot - (2014) .5: The Gray Chapter


XIX, ouvre le bal masqué avec une mélodie marquante, toute l'énergie et les profondeurs du désespoirs. Cette excellente intro est marqué par une ambiance lourde et profondément déprimée. Les 9 ont, en six ans, affronté deux drames humains. Leur bassiste Paul Gray meurt d'une overdose de morphine. Le groupe n'a jamais caché les tensions explosives entre ses membres mais ont toujours revendiqué leur fraternité profonde. Le nouvel album sera entièrement dédié à Paul. De son côté, Joey Jordisson, la légende vivante, se voit forcé de quitter, mis à la porte pour toxicomanie. Le seul membre du groupe dont le talent n'était souillé d'aucune critique négative, même quand il en faisait trop. Il s'est avéré qu'il n'en était rien : il souffrait d'un lourd problème dorsal.
Sarcastrophe, bourrin, relance cette bonne vieille habitude d'un morceau d'ouverture bas de plafond, pied au plancher. Sans réelle structure, le groupe ne se gène pas pour montrer toute l'étendue de leur savoir faire acquis avec le temps. S'ensuit l'un des plus grand morceaux de Slipknot à ce jour : le nommé AOV. Un morceau intemporel synthétisant tout leurs acquis et leurs talents. Tout le monde y est bon. La prestation vocale de Taylor est sans faille : mélodies, registres, justesse. Les riffs, les breaks, les reprises... et ce pont. Le nouveau venu, Alessandro Venturella, n'est pas là pour faire le compte et fourni ses parties de basse avec brio. Jay Weinberg, qui a la lourde tâche de remplacer le monstre au masque Kabuki, derrière les futs et dans le cœur de fan (et surtout des moins fans) s'en sort  haut la main : moins technique, plus organique, moins démonstratif, plus en feeling.

Le tube Devil In I, à la mélodie simple mais aux arrangements riches avance un moment intense avant le bonbon dark popisant Killpop, entêtant, sombre et à fleur de peau. Un morceau étonnant, dans lequel ils arrivent à donner froid dans le dos sans violence. Un curieux et authentique succès. Quelle ouverture d'album ! Mais ce n'est pas tout : Skeptic tout entier dédié à Gray, cristallise la tristesse et la colère d'une perte, avec ce chant hurlé, ses riffs assassins et sa batterie puissante. C'est d'une violence aveugle, c'est tellement honnête et touchant.

S'enchaîne toute une série de très bonnes choses. Que ça soit Lech, belliqueux, sonnant tel la bande son d'une tranchées souterraines. Goodbye, touchant, plein de ressentit, et sa basse magique (ils ont du talents pour les balades). Les comparses Thomson et Root nous y servent, sur ce titre comme sur d'autres, quelques solos réussis bien ficelés. Ils ne sont jamais là pour peindre.
Le FM Nomadic et son mélange entre Duality et Before I Forget, plus un petit feeling à la Left Behind (et tout ça sans copier) aurait dû être un tube. Le montage savant de plans sur le cathartique Custer font mouche tandis que le miraculé The Negative One, à l'instar d'un Pulse Of The Maggots 10 ans plus tôt, richement fait de bric et de broc tient la route malgré tout par une sorcellerie inconue. 

Bref, vous l'aurez compris, tout est bon. Et quand bien même The One That Kill The Least est ronflant, il n'est pas indigent. Le clap de fin revient au "morceaux à ambiance" If Rain Is What You Want, type du groupe : variations dans le tempo, l'émotions, cette basse magique, le talent de Jones et Wilson.
Outre le voix de l’expérience technique, le groupe a développé un sens de la temporalité et de l'équilibre  dans cette violence (qui reste leur marque de fabrique) pour un résultat heureux, bien aidé par une production aux petits oignons. Tout ceci explique également la grande réussite de ce disque sous-estimé par le commun des mortels mais également par la fan base de la nonette. Pour ma part, le choix est fait. Un autre authentique best-of d'originaux.

A
(et désolé pour cette tartine mais il y avait tant de choses à dire)

dimanche 29 janvier 2023

Converge - (2009) Axe To Fall


Six albums en quinze ans de carrière ; un presque sans faute dont un chef-d'oeuvre, de ceux qui redéfinissent les codes dans un genre pourtant compacte ; une suite spirituelle à la hauteur et cette dernière galette en forme de synthèse, en signe de chant du signe. Avec ce dernier don, le quatuor de Salem semblait arriver en bout de cycle. Que faire après tant d'énergie dépenser pour la cause ? Il leur restait une cartouche, une idée, qui leur trottait en tête depuis un moment...

Un album de collaborations. L'idée n'est pas d'hier. Nombre d'artistes ou de maisons de disques se sont déjà lancés corps perdu (ou pas, en fait) dans l'entreprise pour s’acquitter d'un contrat, pour remplir les bacs, pour faire tourner la machine, sous couvert d'un petit plaisir coupable, comme on ferait un album de reprises ou de remix. Est-ce que les Converge seraient à court d'idée ? Non. Cela reste un album de leur mains, ils composent et jouent sur tout, parfois seuls. Ils ne forcent jamais la collaboration, usant des intervenants quand meilleur leur semble.

En solo, ils ne se refont pas : Dark Horse, cavalcade heavy défonce tout sur son passage et ouvre la voie, tambour battant. Plus loin, ils se remettent au sludge sur Worms will feed/Rats will feast (plus converge comme titre, tu meures d'un AVC) aux ambiances sudistes. Le labyrinthique Losing Battle ; le lumineux Dead Beat ou le terrain miné Slave Driver, avec ses rythmiques de charges explosives, confirment cependant qu'ils savent toujours s'y prendre.

Les collaborations sont quant à elles de différentes natures, par coup de pouce, que ça soit un solo inspiré comme celui de Sean Martin d'Hatebreed sur le survolté Reap What You Sow à tendance new-yorkaise (évidemment) , ou l'hadoken musical Cutter avec le chanteur d'Himsa, qui vient conversé avec un solo de guitare verbeux, mais encore la participation d'Uffe Cuderlund (Entombed/Morbid, rien de moins) sur le loudringue Wishing Well, puissant et efficace.

Parfois, l'osmose prend des traits plus racé, en témoigne Effigy avec les potos de Cave In, à la guitare entêtante et cinématographique. Notons Damages où la quatre cordes de Trivikrama Dasa de 108 apporte une touche rampante et claustrophobe. 
L'un des moments marquants restent la participation gothic country de Steve Von Till (des éminents Neurosis) sur Cruel Bloom où sa personnalité avale tout autour, malgré la participation d'autres acteurs folk. 
Dans la même logique, les excellents Genghis Torn et Trap Them contribuent à ce moment cathartique et suspendu (dans la poussière) qu'est la longue balade glauque Wretched World.

Au final, quel disque ! D'une grande variété, maîtrisé, à l'honnêteté presque étonnante mais sans faille. Restant l'oeuvre de ses géniteurs avant tout mais affichant une grande fraîcheur, Axe To Fall fait plus que réussir son paris, en évitant les pièges, en restant authentique, entériné par une liste d'invités de grandes classe, judicieuse. Une leçon. 

A
"Anytime anybody writes a song, that's one less thing that you can do and still be original. You can't come along and write "Iron Man" today. All the heavy riffs that are that simple are already taken. So, you've gotta find new riffs, and as more of those become taken, there's fewer places to go."
Kurt Ballou

samedi 28 janvier 2023

La Muerte - (1987) Every Soul By Sin Oppressed


La Belgique n'était pas prête à ça. Alors qu'à la même époque les controversé Front 242 durcissent le ton et intimident les ménagères de plus de cinquante ans, les La Muerte déboule par la porte arrière et te fout un pied dans la gueule. Tout de noir, mèches rebelles, sourires d'enterrement, on dirait un groupe cold wave : il n'en est rien. Porté par un chant sale et agressif, expliquant l'étiquette métal qu'on leur colle, leur punk blues très heavy et noisy soulève un nuage de poussière opaque. 

Pied au planché, So Bad, impérieux, t'envoie toute sa délicatesse à la figure avec authorité. Burné, la plaque enchaîne les rafales de plomb : l'urgent Big Trouble, près à en découdre avant d'être rattrapé ; Banjo King bluesy, schizo et musclé à souhait ; ou encore Motorgang, où l'on suit les routes filant à perte de vue, sous la chaleur du goudron, à travers des plaines aux odeurs arides, jusqu'au prochain bar à whisky (à en croire le clin d'oeil à l'Alabama Song glissé entre les gémissements animaux de Marc de Marais).

Relevons l’apparition par deux fois de l'ami Arno (Hintjens) à l'harmonica. La première fois sur la très longue complainte, The Rope's Around Your Neck, balade blues désespérée, résignée, au bord de la folie, chant à bout de souffle et cet harmonica qui geint. La seconde sur une reprise soufré de l'increvable Mannish Boy de Muddy Waters et son chant menaçant, enragé. Une intervention inspirée qui nous rappel qu'il ne manquait pas de feeling (et qu'il nous manque tout court).

L'album se termine sur l'instrumental Guilty, aux ambiances de brasero, où Dee-J sème ses arpèges à la fois spleen et sombres suivi de You're Not An Angel, tendu et oppressant, au porte de l'ambiant. Un premier LP pas pour rigoler où le groupe établie solidement les bases de son style pour les plus de 30 prochaines années et développe son univers entre western spaghetti, gang organisé et psychopathie. A l'époque, il y avait Dorothée qui arrivait à la télé. On était vraiment pas près à ça.

B+
(oil sex whiksy)

The WRS - (2022) Capicúa

Sur Discogs Si tu sors plus de deux albums, en Belgique, t'es obligé d'avoir une couv' d' Elzo ( Le Prince Harry, My Dilige...